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Dimanche, 25 Février 2018

  •   Abderrahmane MEBTOUL*
  • dimanche 5 février 2017 16:34

Coopération sécuritaire et économique Algérie-USA: quelles perspectives?

Face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales, quelles sont les perspectives d’une coopération fructueuse pour une prospérité partagée entre la nouvelle administration des Etats-Unis d’Amérique et l’Algérie?

 

Devant différencier pour paraphraser les militaires stratégie et tactiques,  n’oublions jamais la puissance d’une Nation et l’efficacité diplomatique reposent  sur son économie  et  que les USA ont une stratégie planétaire. Le sous-secrétaire d’Etat adjoint pour l’Egypte et le Maghreb, John Desrocher s’est  félicité  le 03 février 2017  des efforts de l’Algérie dans la stabilisation de la région et «sa contribution de qualité» dans le règlement de la crise libyenne et  à la stabilisation de la région, soulignant par ailleurs  que les opérateurs économiques américains pouvaient contribuer à cet effort pour peu que l’Algérie «continue à améliorer son climat des affaires et à diversifier son économie.

1.- Poids des USA et de l’Algérie dans l’économie mondiale

A prix courant, le produit intérieur brut (PIB)  des USA pour une population de 324 millions d’habitants, en 2015 a été  de 17698 milliards de dollars, avec une croissance molle en 2016 selon le département du commerce en date de fin janvier 2017 de  1,6%,  Le PIB de la Chine a été de 11385 avec une croissance relativement la plus faible depuis 15 années (6,5% en 2016), le Japon 4116, l’Allemagne 3371, le Royaume Uni 3371, la France 2488, l’Inde 2183, l’Italie 1819, le Brésil 1800, le Canada 1573, la Corée du Sud 1393 et l’Espagne 1235 milliards de dollars. L’Union  européenne y compris la Grande Bretagne, avec un PIB de 180812 milliards de dollars pour une population  de 510 millions d’habitants,   reste la première puissance économique mondiale,  son taux de croissance en 2016 ayant  été supérieur à celui des USA.  Ainsi USA et  Europe pour moins d’un milliard d’habitants totalisent  plus de 40% du PIB mondial estimé à  75.700 milliards de dollars en 2016. Encore que pour avoir une appréciation objective, il faut diviser le PIB par la population.  Le constat est que l’économie des États-Unis reste  un moteur essentiel de croissance pour l’économie mondiale. Les fluctuations de son produit intérieur brut, le niveau de son commerce international et ses politiques monétaires sont suivis de près par les gouvernements mondiaux et les marchés financiers internationaux. Ses principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis sont la Chine, les deux partenaires de l’ALENA, Canada et Mexique, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La Chine et l’Allemagne occupent les deuxième et troisième rangs, respectivement. Les États-Unis restent la première nation commerçante (en valeur), leurs importations et leurs exportations. Des perspectives commerciales s’offrent ente les USA et l’Algérie en dehors des hydrocarbures, l’Algérie étant avant tout intéressée par le transfert du savoir-faire technique et managérial avec la présence d’importantes sociétés américaines, devant impulser la coopération notamment dans le domaine des nouvelles technologies, de l’industrie, les services, l’agriculture et le BTPH sans oublier la formation. Récemment, en dehors des hydrocarbures où les USA rappelons l’important  contrat  signé en 2013 entre le groupe Sonelgaz et le groupe américain General Electric (GE) pour un  partenariat un complexe industriel de fabrication de turbines à gaz en Algérie pour un investissement de 200 millions de dollars. Cette société, qui sera détenue à 51% par Sonelgaz et 49% par GE, produira à partir de 2017 entre six à dix turbines à gaz par an, soit une capacité de 2.000 MW, dont une partie pourrait être exportée. Par ailleurs, GE a remporté un marché de fournitures de turbines à gaz et à vapeur d’une capacité de 8.400 MW pour un montant de 2,2 milliards de dollars, destiné à équiper les six centrales électriques que l’Algérie prévoit de construire d’ici à 2017. Le Produit intérieur brut nominal de l’Algérie (PIB), déflaté par le cours du dollar qui s’établit en moyenne à 109/110 dinars un dollar,  devrait s’établir à 166 milliards de dollars (mds usd) en 2016 contre 172,3 mds usd en 2015, selon les prévisions du FMI pour une population dépassant 40 millions d’habitants.  Concernant la balance commerciale  comme client en 2015 les Etats  Unis représentent 1,977 milliards de dollars une baisse de 59,04% par rapport à 2014 et comme fournisseur 2,710 milliards de dollars soit une baisse par rapport à 2014 de 5,48%.Alors qu’en 2012, les exportations algériennes vers les USA en 2012 (source douanes algériennes),  ont été estimées  de  10,778 milliards de dollars et pour les  importations de 1,651 milliard de dollars. 

2.- Les Etats-Unis, futur concurrent énergétique de l’Algérie ? 

 La sécurité énergétique constitue le poumon de la stratégie tant économique que militaire des USA. Les USA importaient entre 2011/2012 près de 20% de leurs besoins en énergie principalement du Mexique du Venezuela, des pays du Golfe, de certains pays d’Afrique dont le Nigeria et l’Algérie. Quel a été  donc l’impact du rebond récent de la production américaine de pétrole et de gaz, menée par des essors technologiques qui ont permis  d'extraire ces ressources non-conventionnelles, et pour les  États-Unis de réduire leurs importations de pétrole et de gaz  et  récemment en 2016  de devenir exportateur vers l’Europe? Le développement des ressources non conventionnelles aux Etats-Unis, gaz et huile de schiste, ont un impact majeur sur les prix. Au vu de ces pronostics, le pays devrait donc accéder au Graal de l’indépendance énergétique d’ici 2020. L’autosuffisance énergétique annoncée de la première puissance mondiale aura sans nul doute des conséquences géopolitiques. En premier lieu, la politique américaine au Proche et Moyen-Orient subira probablement quelques infléchissements stratégiques dans la mesure où le facteur «dépendance énergétique» ou plus précisément, «sécurisation des accès et de l’approvisionnement en énergie» deviendra moins sensible. Cela entraînera une redéfinition des objectifs nationaux américains, où les Etats-Unis, qui étaient les plus grands importateurs de pétrole au monde, n’avaient pas hésité à déclencher ou favoriser des guerres ou conflits en Afrique, au Proche et Moyen-Orient ou en Amérique Latine, dans le but de sécuriser leur approvisionnement en énergie. Désormais bientôt autosuffisants, leur interventionnisme dans ces régions se fera en fonction de nouvelles considérations et notamment de celle liée à l’influence grandissante de la Chine. Cette nouvelle donne ne peut qu’entraîner de profonds bouleversements géostratégiques tant politiques qu’économiques notamment sur l’économie algérienne. Le développement des gaz non conventionnels en Amérique du Nord a fermé ce marché aux exportations algériennes et pesé sur les cours (marchés spot), ce qui pose la question de la rentabilité des exportations de GNL. Le «prix rentable» du MBTU, l’unité de mesure de l’industrie gazière, serait pour la Sonatrach de 9 à 10 dollars pour le gazoduc et de 13 à 14 pour le GNL. L’Algérie qui a des unités de GNL de moyennes dimensions avec des coûts relativement élevés par rapport à ses concurrents, nécessitant d’importants coûts de transport pourra-t-elle concurrencer pour approvisionner l’Asie, la Russie, l’Iran et le Qatar ? 

3.- Coopération sécuritaire entre les Etats-Unis et l’Algérie 

Le sous-secrétaire d’Etat adjoint pour l’Egypte et le Maghreb, John Desrocher, s’est  félicité  le 03 février 2017  des efforts de l’Algérie dans la stabilisation de la région  et  «sa contribution de qualité» dans le règlement de la crise libyenne et  à la stabilisation de la région, soulignant par ailleurs  que les opérateurs économiques américains pouvaient contribuer à cet effort pour peu que l’Algérie «continue à améliorer son climat des affaires et à diversifier son économie. Par ailleurs, la fiche technique en date de fin janvier 2017  du département d’Etat du nouveau gouvernement américain  note  que   l’Algérie est  un «partenaire solide concernant notamment  son intense  travail  dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et ses efforts pour la stabilisation de la région du Maghreb et du Sahel. Ces analyses rejoignent des documents classés top secret de la CIA et  du FBI  et d’un  document composé de 6 chapitres du service de recherche  en sécurité du Congrès américain qui traitent essentiellement la question du gouvernement et de la politique en Algérie,  élaborés entre 2013/2014 où les USA reconnaissent que l’Algérie est la puissance militaire et économique dominante dans la région du Maghreb,  représente un partenaire-clé des Etats-Unis  dans les efforts  pour lutter contre le terrorisme international  Cette coopération dans le domaine sécuritaire  a pris une telle intensité que les dirigeants des deux pays ont décidé de les structurer dans un cadre formalisé et de conférer un caractère régulier aux concertations bilatérales, pour une meilleure organisation et visibilité des rapports entre les deux pays. C’est dans cet objectif que le dialogue stratégique Algérie-USA a été établi et dont la première réunion s’était tenue en octobre 2012 à Washington, après la 5ème session du dialogue militaire conjoint algéro-américain. Les Etats-Unis considèrent ce Dialogue stratégique comme "le fondement" sur lequel les Etats-Unis et l’Algérie ambitionnent le renforcement de leurs relations futures dans les domaines politique, économique, culturel, scientifique et sécuritaire. Ce rapprochement entre l’Algérie et les Etats-Unis se traduit donc par la convergence de vues sur des dossiers d’intérêt régional et international. Mais n’oublions jamais que les USA ont une stratégie planétaire qui ne se différencie pas fondamentalement de celle de l’Europe (existant certaines divergences tactiques) avec pour fondement ses intérêts économiques et insistent sur l’intégration du Maghreb, sous segment du continent Afrique dont le contrôle économique à travers les rivalités notamment de la Chine constituera un enjeu majeur du XXIe siècle.

4.- Diversifier l’économie algérienne pour asseoir l'efficacité de la  diplomatie

N’oublions jamais que la rente des hydrocarbures, n’est pas la garantie du développement si elle est gaspillée et que la puissance d’une Nation et l’efficacité diplomatique  reposent  sur son économie.. Les récents événements, en Libye, au Mali, au Sahel, en Syrie, les importantes découvertes pétrole et surtout gaz en méditerranée orientale et la sécurité d’Israël à laquelle les USA accordent une importance stratégique, préfigurent d’importantes recompositions géostratégiques au niveau de la région. Les USA entendent jouer un rôle majeur dans cette reconfiguration et l’Algérie, sous réserve d’une meilleure gouvernance et plus de réalisme dans les nouvelles relations internationales, est un acteur incontournable pour la stabilisation de la région. Des stratégies d’adaptation s’impose à l’Algérie tant dans le domaine économique, politique que sécuritaire, tenant compte  de la nouvelle quatrième révolution économique mondiale qui s’annonce inéluctable, horizon ,2020/2030, loin des schémas périmés de l’ère mécanique et du BTPH des années 1970/1980. Cela pose l’urgence de  la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbure,  tributaire d’une bonne gouvernance, reposant sur l’entreprise et son fondement le savoir.et d’entrevoir  la transition énergétique ( nouveau modèle de consommation) prenant en compte la forte consommation intérieure, où avec les  subventions généralisées et mal ciblées, le risque étant l’épuisement de cette rente   horizon 2025/2030 avec une population dépassant 50 millions d’habitants. Il y va de la sécurité nationale.   Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(*) Professeur des Universités, expert international


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