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Dimanche, 21 Janvier 2018

  •   Yassine Temlali
  • samedi 13 janvier 2018 14:00

Algérie - Yennayer : entre politique, fête populaire et « tradition inventée »*

Illustration publiée sur www.vinyculture.com.

En instituant le 12 janvier « journée chômée et payée », le gouvernement algérien ne se réfère pas, en réalité, au calendrier agraire maghrébin, selon lequel Yennayer, cette année, doit être célébrée le 14 janvier. Il officialise une tradition récente, qui le fête à date fixe, les 12 janvier, comme si le décalage entre ce calendrier et le calendrier officiel de l’État pouvait être arrêté pour l’éternité.

 

 

Le 27 décembre 2017, le président Bouteflikaa annoncé en Conseil des ministres sa décision d’instituer Yennayer journée chômée et payée à partir du 12 janvier 2018. La liste des jours fériés en Algérie comprend ainsi, désormais, une fête dont les origines remontent probablement à l’époque de l’occupation romaine de l’Afrique du Nord, sinon plus loin encore.

Yennayer, pour rappel, est le jour de l’an dans le calendrier agraire nord-africain. Celui-ci étant calqué sur le calendrier dit « julien », l’année commence plusieurs jours après le jour de l’an du calendrier grégorien, en usage presque partout dans le monde. Le décalage entre les deux calendriers ne cesse de se creuser depuis le XVIe siècle. Il est actuellement de treize jours, et Yennayer devrait être célébré cette année le 14 janvier.

En déclarant le 12 janvier « journée chômée et payée », le gouvernement ne se réfère pas, en réalité, au calendrier agraire maghrébin. Il officialise une tradition récente, qui fête Yennayer à date fixe, les 12 janvier, comme si le décalage entre ce calendrier et le calendrier officiel de l’État pouvait être arrêté pour l’éternité.

Le mot « Yennayer », qui désigne le mois du même nom et son premier jour, est souvent revendiqué comme un mot authentiquement « amazigh ». Il n’en dérive pas moins du latin İanuarius signifiant, simplement, « janvier ». La thèse selon laquelle il est un mot berbère composé de yen (un) et ayer (mois) relève d’une étymologie plus « identitaire » que réellement scientifique. D’abord, si on prête crédit à cette étymologie, tous les premiers jours de tous les mois devraient s’appeler Yennayer ! Ensuite, le mois de janvier porte un nom presque identique, Yanayer, sous d’autres cieux, comme, par exemple, en République arabe d’Égypte.

 

Le Journal officiel, ultime refuge des noms de mois berbères ?

 

Dans ses commentaires de cette décision présidentielle, la presse algérienne, l’Algérie Presse Service (APS, agence de presse officielle) comprise, a qualifié Yennayer de « jour de l’an amazigh ».Ce que ne fait pas le communiqué du Conseil des ministres du 27 décembre 2018, car l’estampiller officiellement comme étant « berbère »,alors qu’il est célébré à Tlemcen et Ténès aussi bien qu’en Haute-Kabylie et dans les Aurès, réduirait son aspect« intégrateur »et ouvrirait une brèche dans ce qu’un ministre du gouvernement Ouyahia a appelé « l’unité identitaire des Algériens ». D’ailleurs, le calendrier qu’inaugure Yennayer reste en vigueur, quoi qu’à une échelle très restreinte, dans d’autre pays. En Algérie, il était utilisé par les berbérophones aussi bien que par les arabophones, et avec la modernisation des travaux agricoles, il a été malheureusement abandonné par les uns comme par les autres !

Il est ici intéressant d’observer que les noms de certains mois de ce calendrier en voie de disparition survivent d’une curieuse manière, dans l’édition arabe du solennel JORA, le Journal officiel de la République algérienne, où août est appelé ghoucht, juin younyou et juillet youlyou. Lesquels noms, sans cesser d’être parfaitement autochtones, se retrouvent dans les calendriers officiels d’États du Proche-Orient, preuve que le monde ancien était moins culturellement cloisonné que notre « village »contemporain.

Tel que fêté en Algérie, ce que les Kabyles de Haute-Kabylie appellent thabbourth useggwas, la porte de l’année, consistait en un ensemble de rituels remplissant une fonction magique et donnant lieu à de grandes réjouissances. Les bombances qui le marquaient étaient censées tempérer l’angoisse d’agriculteurs dont les récoltes dépendaient d’un ciel versatile. Elles étaient destinées à conjurer le spectre de la disette qui, avant les pétrodollars, planait en permanence sur les campagnes.

Ces développements sur l’étymologie de Yennayer et sur sa signification magico-agraire originelle ne seraient pas d’un grand intérêt s'ils ne démontraient que sa célébration à date fixe, les 12 janvier, en tant que « jour de l’an amazigh », est une « tradition inventée » pour employer la terminologie des historiens britanniques Eric Hobsbawm et Terence Ranger. Elle n’entretient qu’un rapport lointain avec le symbolisme initial de thabbourth useggwas, fête populaire nord-africaine.

Cependant, ce n’est pas parce qu’une tradition– ici la célébration de Yennayer comme « jour de l’an berbère »–ne remonte pas à l’Antiquité qu’elle est forcément sans ancrage dans la société. Et les Algériens ne sont pas seuls à faire passer pour très anciennes des traditions culturelles tout à fait contemporaines. Le « niqab », contrairement à ce qu’affirment les islamistes, ne date de l’époque du Prophète mais du XXe siècle. Le kilt écossais, nous expliquent Eric Hobsbawm et Terence Ranger dans L’invention de la tradition, date du XVIIIe siècle et a été inventé– qui plus est– par un Anglais ! Tandis que l’apparat dont s’entoure la monarchie britannique ne remonte pas à plus loin que le XIXe et le XXe siècle.

D’ailleurs, tout en étant un phénomène récent, la célébration de Yennayer sous le nom de « nouvel an amazigh » – et non pas comme fête agraire populaire –est, d’une certaine manière, plus ancrée dans la culture nord-africaine qu’une autre « tradition inventée » :l’usage du calendrier de l’Académie berbère qui - revanche politico-magique sur Nasser et le nassérisme ? - commence avec l’installation sur le trône d’Egypte, il y a près de trois millénaires, de Shoshenq, général libyque (autrement dit proto-berbère) de l’armée égyptienne.

 

Recul des cercles arabistes au sein du régime

 

La décision d’instituer Yennayer jour férié a été annoncée en même temps qu’une instruction donnée par le président Bouteflika au gouvernement« de ne ménager aucun effort pour la généralisation de l'enseignement et de l'usage de tamazight » (nom donné à une langue berbère standard, en cours d’élaboration)et « d'accélérer la préparation du projet de loi organique portant création d'une Académie algérienne de la langue amazighe ».

Ces mesures marquent une nouvelle étape dans la décrispation, forcée mais réelle, du régime vis-à-vis du fait culturel et linguistique berbère. Elles confirment l’affaiblissement des cercles d’obédience arabiste en son sein corroboré par un fait d’une assez grande évidence : le retrait diplomatique de l’Algérie de la région arabe, où, du reste, l’arabisme recule incontestablement devant les patriotismes locaux (égyptien, irakien, etc.). S’il était encore de ce monde, le fondateur de l’Académie berbère, Mohand Arab Bessaoud, serait bien surpris qu’une « Académie algérienne de la langue amazighe »puisse être créée par Abdelaziz Bouteflika, compagnon de ce Houari Boumediene dont l’arabisme ombrageux fut pour beaucoup dans le développement du berbérisme.

Cette décrispation, qui s’est accélérée ces deux dernières années, a commencé en 1995, suite à une année de boycott de l’école en Kabylie, avec le lancement de l’enseignement des langues berbères qui, a-t-on dû remarquer en haut lieu, n’a pas transformé les berbérophones en Aliens, dangereux pour la pureté identitaire de leurs compatriotes arabophones. Elle s’est poursuivie en 2002, dans un contexte de manifestations populaires contre la répression policière en Kabylie, elles-mêmes réprimées dans le sang. Elle s’est concrétisée davantage en 2016, avec l’officialisation du tamazight, aux côtés de l’arabe.

 

Le régime veut barrer la route aux indépendantistes kabyles

 

Comme on le voit, c’est en Kabylie principalement que s’est joué l’avenir des revendications culturelles et linguistiques des berbérophones algériens. Même l’institution de Yennayer jour férié a été revendiquée en Kabylie plus qu’ailleurs, alors que cette région –avant le développement du mouvement culturel berbère, bien sûr - le célébrait moins que d’autres comme nous l’enseigne l’Encyclopédie berbère.

Les récentes mesures en faveur de la culture et de la langue berbère sont sans doute des visées électoralistes, à l’approche des périlleuses présidentielles de 2019, auxquelles nous ne savons pas si Abdelaziz Bouteflika, malade depuis maintenant treize ans, briguera ou non un cinquième mandat. Cependant, il n’est pas exclu que le régime ait aussi pris la mesure, dans le contexte instable que vivent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, de l’extrême délicatesse de la situation politique en Kabylie, où l’influence des partis traditionnels de cette région (FFS et RCD)est en recul, le privant d’interlocuteurs « raisonnables » et ouvrant la voie au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

Ce mouvement, en dépit de ses divisions, anciennes et nouvelles, n’a pas disparu. En outre, le projet d’autonomie qu’il défendait avant d’opter pour un projet d’indépendance pure et simple, gagne de nouveaux adeptes parmi les élites politiques kabyles. C’est ce que montre la naissance récente d’un « Rassemblement pour la Kabylie »revendiquant pour cette région une « large autonomie » dans le cadre de l’État algérien, à la manière du MAK à ses premiers débuts. Et comme on le sait, par l’exemple même des mutations de ce mouvement depuis sa fondation, rien n’empêche l’autonomisme, dans certaines conditions locales et régionales, d’évoluer vers l’indépendantisme.

 

(*) Cet article a été publié initialement sur le Middle East Eye (édition française).

 

Yassine Temlali est journaliste, traducteur et chercheur en histoire. Il a suivi des études de lettres françaises et de linguistique à Constantine et Alger et prépare actuellement, à l’université d’Aix-en-Provence/Marseille (France), un doctorat en histoire de l’Algérie contemporaine. Il collabore à plusieurs publications en Algérie et à l’étranger. Il est l’auteur de La genèse de la Kabylie. Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie 1830-1962 (Alger : Barzakh, 2015/Paris : La Découverte 2016) et de Algérie. Chroniques ciné-littéraires de deux guerres(Alger : Barzakh, 2011). Il a également collaboré à plusieurs ouvrages collectifs, dont L’histoire de l’Algérie à la période coloniale : 1830-1962 (Alger : Barzakh/Paris : La Découverte, 2012).


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10 Commentaires

  • Je suis pour l'indépendance de la Kabylie et je trouve l'article de Y.Temlali exellent et très objectif.Il a raison de dire que Yennayer ne vient pas de Yiwen/Ayyur comme certains ont voulu le faire croire. D'ailleurs cette thèse a été démontée brillamment par le Pr Allaoua Rabhi (Docteur en linguistique amazigh) dans un article publié dans la défunte revue Passerelles.

    Rapporter AKSIL dimanche 14 janvier 2018 21:52
  • Bonjour,
    Cet article écrit par un "doctorant" me parait vraiment amateur, je m'explique.
    Sans rentrer dans le fond du sujet, aucun scientifique ne peut écrire un article ou même un paragraphe sans s'appuyer sur d'autres travaux et citer d'autres auteurs. Le travail scientifique est un travail de critique et de collaboration sur le long terme.
    chacun de nous tous peut remplir des pages et des pages comme chacun le fait sur son compte FB ou en éditant des commentaire.
    Je dis alors à M Yassine Temlali vous avez beaucoup de chance que votre commentaire personnel sur la question de Yennayer ait trouvé une rubrique pareille !

    Rapporter Algerien dimanche 14 janvier 2018 12:54
  • Il est heureux que parmi les intellectuels algériens des personnes comme M. Temlali continuent à écrire pour éclairer l'opinion nationale avec des idées claires, dénuées de préjugés, en se basant sur des faits objectifs et prouvés par la recherche historique et l'anthropologie.
    Toutes ses contributions sur la question amazigh dans ses liens avec l'identité algérienne fourmillent en arguments de fond qui sont autant d'idées que peuvent mettre à profit ceux qui sont dans le champ politique agissent pour donner un fondement solide à l'identité algérienne dans une forme qui prenne en charge toutes ses composantes. qu'elles soient linguistiques, culturelles ou religieuses et refusent les amputations quelque soient les raisons.
    Cela exige un meilleur accès aux informations, existantes ou à produire- sur les traditions, les langues, les usages sociaux qui font la richesse de la nation algérienne à travers ses régions, son histoire, etc...
    C'est un chantier gigantesque dont la réalisation sera bénéfique pour tous les citoyens algériens jeunes et moins jeunes. Car rendre disponibles et accessibles ces connaissances, réduirait les faux clivages, les préjugés et les méfiances qui sont le carburant des aventuriers de tout bord qui sèment la haine, prêchent la division et nient les réalités sociologiques et culturelles de l'Algérie dont la diversité constitue une richesse inestimable pour peu qu'elle soit préservée.
    Y. Temlali poursuit les travaux pionniers de ceux qui depuis 1949 s'obstinent à contrer ceux qui veulent plaquer des concepts préfabriqués pour définir l'identité de la Nation Algérienne Moderne alors que le bon sens exige qu'elle reflète, à la fois, son histoire millénaire et les idéaux forgés par les luttes contemporaines d'abord, celles pour la renaissance de l'idée la Nation Algérienne ensuite celles pour sa réalisation dans le cadre d'un État indépendant . Une tâche difficile et complexe, qui reste à achever mais qui le sera d'autant plus facilement si ceux qui souhaitent l'atteinte de cet objectif se mobilisent et relayent l'action de cette partie de l'élite algérienne qui garde sa lucidité et son indépendance malgré les sirènes de tout bord.
    Bravo à ME pour ses efforts afin de relayer ces analyses et opinions.

    Rapporter LAHLOU dimanche 14 janvier 2018 05:07
  • IL faut sortir du Mythe De La Nation Kabyle, décolonisez vos esprits.

    Rapporter Dz samedi 13 janvier 2018 23:36
  • Bravo et merci pour cet article magistral!

    Rapporter mohammed.chouieb samedi 13 janvier 2018 19:28
  • Je parie un dinar dévalué que les brobros ne seraient pas contents du contenu de cet aricle. Ils ne tarderont pas, j'en suis persuadé, à s'en prendre violemment à YT en le taxant, même s'il n'est pas kabyle, de KDS

    Rapporter Abu al alaa samedi 13 janvier 2018 18:13
  • L'annonce de l'officialisation de Yennayer,une revendication des berbéristes kabyles n'a pas soulevé de liesse populaire en Kabylie.C'est un indice parlant qui signifie que les kabyles ne sont pas dupes et que la vision culturaliste a échoué.La société kabyle a évolué depuis 2001,le courant autonomiste/indépendantiste ,malgré la chape de plomb des médias algériens,gagne du terrain.L'impasse algérienne indépassable est une aubaine pour les partisans du divorce à l'amiable avec l'Algérie arabo-islamique.

    Rapporter Anemlay samedi 13 janvier 2018 17:49
  • ⴰⵣⵓⵍ
    Assgwas Amgaz 2968 pour tout les Amazighs du monde entier.
    les Prénoms Amazighs sont encore interdit en Algérie,Maroc,Tunisie,Libye,Egypte

    je suis Pour l indépendance de la Kabylie.
    comme :
    Bouteflika et ces Copains qui sont pour l indépendance de la Palestine et du Sahara Arabe Occidentale.

    thanmirth= ⵜⵀⴰⵏⵎⵉⵔⵜⵀ

    Rapporter Yennayer= ⵢⴻⵏⵏⴰⵢⴻⵔ samedi 13 janvier 2018 16:58
  • Bravo pour cet article d'une objectivité remarquable.

    Rapporter raphia samedi 13 janvier 2018 16:11
  • Très bon article et une bonne objectivité historique en dehors de la "Yeneromania" actuelle qui est trop spontanée pour ne pas être suspecte...
    Néanmoins, il semble très paradoxal que des démocrates autoproclamés s'accommodent d'obtenir des concessions d'un régime autocratique finissant, ce qu'ils ne peuvent obtenir d'un régime réellement démocratique...

    Rapporter De Omni samedi 13 janvier 2018 15:10
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