Connexion S'enregistrer

Connexion à votre compte

Identifiant
Mot de passe
Maintenir la connexion active sur ce site

Créer un compte

Pour valider ce formulaire, vous devez remplir tous les champs.
Nom
Identifiant
Mot de passe
Répétez le mot de passe
Adresse e-mail
Répétez l'adresse e-mail
Captcha
Mercredi, 28 Juin 2017

  •   Abderrahmane Mebtoul
  • jeudi 28 juillet 2016 12:22

Algérie- Pour les devises, le fer et le phosphate ne remplaceront pas de sitôt les hydrocarbures (opinion)

L'investissement dans les mines est lourd et nécessiterait en Algérie des partenariats avec les majors mondiaux.

Le Pr Abderrahmane Mebtoul démontre, statistiques mondiales à l’appui, que le développement des exportations de fer et des phosphates ne permettra pas de remplacer les revenus déclinants des exportations d’hydrocarbures. Il invite les médias à ne pas diffuser de « déclarations utopiques » comme celle prétendant que l’Algérie économiserait 30 milliards de $ durant les trois ou quatre années à venir grâce au secteur minier.

 

 

Le 27 juillet 2016, une émission de télévision, que je ne nommerai pas ici, m’a profondément choqué. Elle a fait intervenir quelques soi-disant experts qui affirmaient, sans retenue et sans analyse chiffrée, que grâce à l’exportation du phosphate et du fer à l’état brut ou semi-brut, l’Algérie fera face à la baisse du prix du pétrole. Inconscience ou démagogie ? Pourquoi induire en erreur tant l’opinion publique que les décideurs du pays ? On se souvient bien de ceux qui avaient promis au gouvernement un cours de pétrole à 70 dollars US entre janvier et juin 2016 alors que le cours le 27 juillet 2016 a clôturé à 41,88 $ le Wit et 43,84 $ le Brent.

Tant pour le phosphate que pour le fer (brut ou semi-brut), la commercialisation dépend tant des contraintes d’environnement, du management stratégique interne, de la teneur chimique - donc de leur pureté qui détermine le coût d’exploitation et la croissance -, et, enfin, de la croissance de l’économie mondiale.

Le phosphate est un élément clé entrant dans la composition des engrais, qui sont d’une importance cruciale pour la sécurité alimentaire mondiale. Le prix mondial du phosphate brut est resté stabilisé autour de 115 $ (en moyenne mensuelle en 2015) la tonne métrique. Selon les prévisions de la Banque mondiale, la tendance générale et à moyen terme des prix des produits phosphatés reste orientée à la baisse : le phosphate brut se négocierait en 2020 autour de 80-85 $ la tonne métrique, celui du DAP autour de 377,5 $ la tonne métrique (contre 464$ au mois d’avril 2015) et le TSP à près de 300 $ S la tonne métrique contre 380 aujourd’hui.

Ainsi, si l’on exporte 3 millions de tonnes de phosphate brut annuellement à un cours moyen de 100 $/t entre 2017 et 2020, nous aurons un chiffre d’affaires de 300 millions de dollars. Comme dans cette filière les charges sont très élevées (amortissement et charges salariales notamment) avec un minimum de 40%, le profit net serait de 180 millions de dollars. En cas d’association avec un partenaire étranger selon la règle des 49/51%, le profit net restant à l’Algérie serait légèrement supérieur à 90 millions de dollars. Pour une exportation annuelle hypothétique en vitesse de croisière de 30 millions de tonnes an - ce qui supposerait de trouver des débouchés et un lourd investissement -, le profit net ne dépasserait pas 1 milliard de dollars. On est loin des profits générés par les hydrocarbures.

Pour accroître le profit net, il faut donc se lancer dans des unités de transformation hautement capitalistiques avec des investissements lourds et à rentabilité à moyen terme. Sur un marché aussi concurrentiel que l’UE, l’engrais /urée était vendu à plus de 350 euros la tonne en 2014 et a été coté le 27 juillet 2016 à 270 euros la tonne et le prix de l’ammoniac sur le marché mondial est très volatile pouvant varier ces trois dernières années entre 450 et à 600 euros la tonne, soit entre quatre et cinq fois le brut. Pour une grande quantité exportable, il faut des investissements très lourds et à rentabilité à moyen terme (pas avant 2020 si le projet se réalise en 2016). Et pour une importante quantité exportable, il faut un partenariat du fait du contrôle de cette filière par quelques firmes au niveau mondial.

 

L’exportation du fer n’est pas non plus une panacée

 

Pour le fer, les réserves mondiales sont évaluées par les organismes internationaux à 85.000 millions de tonnes (Mt). L’Algérie n’est pas citée dans les statistiques internationales mais selon les données algériennes, ses réserves (gisements exploitables) varient entre 1.500 et 2000 Mt. La production mondiale de fer s'élève 3,32 milliards de tonnes, et de très loin, la Chine est le premier producteur, suivie par l'Australie et le Brésil.

Le prix du fer est fluctuant. Il a été coté le 27 juillet 2016 à 56 $ la tonne métrique. Si l’on s’en tient aux statistiques de l’Union européenne en termes d’importation, les cours ont évolué ainsi : 84,49 euros la tonne métrique en janvier 2009, 116,84 en janvier 2012, 83,77 en janvier 2013, 96,27 en janvier 2014, 63,51 en janvier 2015, 48,23 en janvier 2016. Il est prévu un prix à l’importation entre 50 et 58 euros entre septembre et décembre 2016. La banque canadienne SCOTIA, spécialisée dans l’évolution des cours des matières premières, prévoit, dans une note de conjoncture datée du 6 juillet 2016, un prix international entre 48 et 50 $ la tonne métrique entre 2017 et 2018, tout dépendant de la relance de l’économie de la Chine, dont les aciéries ont absorbé 70 % de la demande mondiale du minerai de fer entre 2014 et 2015. 

A un cours de 60 $ la tonne de fer (hypothèse optimiste), pour une exportation brute de 3 millions de tonnes /an, nous aurons un chiffre d’affaires de 180 millions $ dont il faudra retrancher 40% de charges (le coût d’exploitions est très élevé) ; resteraient 108 millions $ à se partager selon la règle des 49/51%, ce qui ferait moins de 55 millions $ pour l’Algérie.

Et même si on exportait 30 millions de tonnes /an, le profit net pour l'Algérie ne dépasserait pas 600 millions $/an.C’est que l’exploitation du fer de Gara Djebilet nécessitera de grands investissements dans les centrales électriques, des réseaux de transport, une utilisation rationnelle de l’eau, le règlement du problème de l’éloignement des sources d’approvisionnement, des mesures de protection de l’environnement et, surtout, une formation pointue des travailleurs. 

Seule la transformation en produits nobles peut donc procurer une valeur ajoutée plus importante à l’exportation. Ainsi, le cours de l'acier est très fluctuant et s'établit à 620 $ la tonne le 22 juillet 2016 contre 580 $ la tonne le 19 juillet 2016 et 449 $ pour les douze derniers mois. Il ne faudrait, cependant, pas renouveler les expériences négatives d’El Hadjar, qui, malgré les nombreuses promesses et les assainissements répétées, est toujours en difficulté.

Du fait de la structure oligopolistique de la filière mines, au niveau mondial, la seule solution est un partenariat gagnant/ gagnant avec les firmes de renom qui contrôlent les segments du marché international et qui n’accepteront pas la règle restrictive des 49/51% avec ses lourdeurs bureaucratiques, la souplesse et les décisions du temps réel régissant le commerce international.

Pour conclure, les télévisions algériennes doivent consulter des experts et ne pas diffuser des données biaisées qui induisent en erreur l’opinion publique. Elles doivent avoir un langage de vérité. Elles doivent éviter de diffuser des déclarations utopiques comme celle prétendant que l’Algérie économiserait 30 milliards de $ durant les trois ou quatre années grâce à ses mines, alors que l’économie productive de 2016 est embryonnaire. 


Évaluer cet élément
(4 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

4 Commentaires

  • Bouchareb est en train de brader l'Algérie -
    Le fer et le bauxite pour les français
    Le phosphore pour l'Indonésie
    Le manganèse pour la chine

    Rapporter Chat dimanche 4 décembre 2016 04:02
  • Remplacer la rente pétrolière par la manne fer/phosphates est une idée farfelue et scabreuse.Le pétrole comme le fer et le phosphate sont des matières premières,un don du ciel.Cette mentalité rétrograde qui consiste à remplacer une richesse tombée du ciel par un autre filon, don de dieu également, est tragi-comique et irresponsable.Après 54 ans d'indépendance sans liberté, de gabegie et de populisme débile et stérile,ceux qui ont conduit le pays à la ruine;à la risée du monde et à l'impasse économique et politique,sont définitivement disqualifiés pour redresser la situation.Dégagez SVP!

    Rapporter AKSIL jeudi 28 juillet 2016 18:35
  • J'ai une question simple: pourquoi dans ce projet prévoit on de construire une usine de transormation de gaz naturel pour produire de l'ammoniac dans la mesure où on en a construit déjà 2 à Arzew recemment au détriment de l'exportation du gaz naturel? Mebtoul n'en parle pas dans son article.. En termes de rente à l'exportation, les usines d'engrais (Fertiberia, Sorfert, Bawan et maintenant ce nouveau projet) valorisent négativement notre gaz (prix de vente inférieur au cout de production) et transferent un résidu de rente au partenaire étranger. J'en conclu que Chakib Khelil est toujours aux commandes et qu'on cherche à rapprocher l'heure du chaos ...avec le silence complice des experts et des politiciens.

    Rapporter fakou jeudi 28 juillet 2016 16:30
  • Voilà un article très bien documenté et aussi bien argumenté....comme j'ai l'habitude de ne pas partager le pessimisme, voire l'alarmisme du Professeur Abderrahmane Mebtoul...qu'il me soit permis de souligner la pertinence de cet exposé...construit sur des chiffres et une bonne et rigoureuse analyse de l'état des lieux...qu'il en soit vivement remercié...c'est tellement rare les "économistes" qui privilégient la culture de leur égo...tout en se perdant dans l'explication des théories d'économistes qui ont démontré à travers l'usage, leur totale ineptie...un bon point aussi pour la critique justifiée des débats et des débatteurs de l'Unique...en espérant que nos dirigeants se mettent enfin face aux réalités telles que celles décrites ici par le professeur Abderrahmane Mebtoul...c'est tellement beau la sobriété...bravo aussi d'avoir mis le doigt en direction des intrants et de leur prix de cession...quid du prix du gaz cédé à la fonderie du turc Tossyali? et inauguré en fanfare par Sellal...un exemple à méditer...surtout ne pas nous faire croire que c'est par amour de l'Algérie que cette usine a été construire non loin du site pétrochimique d'Arzew...proche du robinet et si loin des sources de minerai de fer...

    Rapporter Aziz MOUATS jeudi 28 juillet 2016 13:43
  1. En ce moment
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6

Vidéos

Le CPP résiste aux coupures d’Internet et attend un Macron algérien

Sondage

Ahmed Ouyahia a appelé le gouvernement Tebboune à privatiser les entreprises publiques en difficultés. Vous pensez que cette mesure est :

Vidéos

Maghreb Mobile Expo, un salon algérien dédié aux Smartphones- Saïd Benmesbah

A ne pas manquer

Prev Next

Nom de code "WannaCry" : Une nouvelle cyberattaque d'ampleur mondiale

Une cyberattaque de grande ampleur et de portée mondiale a visé mardi de grandes entreprises et des services publics dans plusieurs pays, notamment en Russie, en Ukraine, en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Danemark et en Norvège.

France : 2684 Algériens placés en rétention administrative en 2016, 925 expulsés (rapport)

   2684 Algériens ont été placés dans les centres de retentions administratives en France au cours de l’année 2016, indique un rapport annuel commun sur les centres de rétention administrative réalisé par cinq ONG.

Une promesse des douanes algériennes: La Tunisie en "cinq minutes" si...

  La Tunisie en cinq minutes !. Ce sont les douanes algériennes qui le promettent. Mais il reste une condition : il faut que les voyageurs utilisent la procédure en ligne en téléchargeant et en remplissant le formulaire avant de prendre la route. La durée de procédure de passage en douane des voyageurs par route vers la Tunisie est passée à cinq (5) minutes...