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Dimanche, 28 Mai 2017

  •   Farhat Othman
  • jeudi 23 février 2017 16:04

Tunisie : voyage au bout de la nuit politicienne (opinion)

Illustration non signée publiée sur le site web La Fédération professionnelle des journalistes du Québec. 

Pour l’auteur de cette contribution*, « la crise en une Tunisie est d’abord politique, avec des dirigeants pratiquant toutes les faussetés possibles et les bassesses imaginables ».

 

L’enregistrement audio d’une discussion de Nabil Karoui, patron et Nessma TV et dirigeant de Nidaa Tounes, qui circule depuis deux jours sur Facebook, illustre le « zéroïsme » de sens de notre époque postmoderne. Ce n’est pas spécifique à notre pays mais bien plus grave qu’ailleurs, car le peuple est outillé soit pour un sursaut éthique soit pour un total désastre.

On y entend des propos illustrant ce qu’est être un responsable politique et médiatique irresponsable en un pays en pleine déroute sur tous les plans, surtout éthique.

 

Responsables irresponsables

 

Pourtant, s’il est un domaine où le peuple de Tunisie est capable de s’illustrer, de revendiquer une certaine aura, c’est bien celui de la morale du fait de ses traditions humanistes et de sa culture islamique soufie.

Or, on sait bien que l’excès de justice est injustice. Pareillement, l’excès de morale est immoralité comme l’excès de religion est religiosité. D’où cette organisation terroriste de l’Etat islamique (Daech), abjection absolue d’un islam revenu à l’Anté-islam.

C’est pareillement en politique, ainsi qu’elle est incarnée par une classe politicienne pratiquant toutes les faussetés possibles et imaginables, jusqu’à instrumentaliser la vérité pour mieux servir le mensonge.

C’est la nuit de la politique en Tunisie, moins celle d’un peuple réduit à calquer son comportement sur celui de ses supposées élites délitées, car en postmodernité, c’est le peuple qui est à l’image de ses responsables, même et surtout quand ils sont irresponsables, et non le contraire.

La crise en une Tunisie au chapitre de la faillite est d’abord une question d’éthique et de justice.

On l’a vu encore dernièrement avec le président de la république hésitant encore, sur une question relevant du droit des jeunes à une vie privée libre, à faire ce qui tombe sous le sens, la dépénalisation du cannabis, une drogue douce dont les ravages viennent moins du produit, bien moins nocif que le tabac, parfaitement légal, que de son interdiction.

Or, en la matière, il suffisait de demander aux ministres de la Justice et de l’Intérieur, chacun dans son domaine, de mettre fin aux effets dans les faits de ce qui reste symbolique de la dictature et de ses lois scélérates brimant la société et sa jeunesse.

 

L’impératif de l’éthique

 

On est bien au-delà du degré zéro de la politique puisqu’on ose mettre en spectacle une pratique bafouant ses lettres de noblesse, la faisant relever, au mieux, de l’opéra bouffe.

Et cela n’épargne personne, puisqu’on a vu, sur un autre registre certes, un ancien président y aller de son laïus sur les mœurs du peuple.

Jusqu’à quand cela doit-il durer? Au lieu d’alimenter de telles mœurs, se comporter en chiffonnier, singeant malotrus des rues et barbouzes des bas-fonds de nos villes, ne faut-il pas se réveiller en fin à ce que commande l’esprit du temps, la spiritualité.

Or, elle est bien prégnante dans le peuple et les islamistes ne se privent pas d’en user avec malignité, se faisant ainsi passer pour les plus propres de la classe au pouvoir ou les moins indignes de l’exercer.

Il est temps d’oser transfigurer notre pratique pour le moins dévergondée de la politique en misant sur l’éthique.

C’est ce que je nomme « poléthique »; ce qui est fatal et impératif en ces temps troubles.

Il est bien temps de mettre fin à la descente forcée aux abysses de l’immoralité de notre pays et de son peuple méritant le meilleur! L’impératif catégorique est éthique et c’est simplement être responsable, donc juste.

Cela impose en premier de veiller à son propre comportement, non seulement en paroles, mais aussi en actes. Or, être éthique et juste dans un État se voulant de droit, c’est d’abord abolir les lois injustes et non s’en réclamer. Et elles sont trop nombreuses pour les citer. Je rappellerai juste, pour coller à l’actualité, celle déjà précitée sur le cannabis, l’inégalité successorale et l’homophobie.

Agir et le faire en conscience, c’est la seule façon de relever la politique du niveau où elle se trouve aujourd’hui et de la sauver du discrédit actuel du fait du caniveau où elle est tombée.

Et ce n’est pas mission impossible, car les repères, balises et référents spirituels ne manquent pas chez le peuple pour en assurer le succès.

À la condition toutefois de ne plus vouloir singer un Occident qui a désenchanté son monde en répudiant sa religion, la remplaçant par le matérialisme, une religion civile où il est toujours un Dieu tout-puissant : Mammon.

« Cet article a été publié initialement sur Kapitalis. Nous le republions ici avec l’aimable accord de son auteur.

 


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