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Vendredi, 20 Avril 2018

  •   El Kadi Ihsane
  • vendredi 1 décembre 2017 15:48

Pourquoi Chakib Khelil ne peut pas faire de la prospective pour le gouvernement algérien

 

La chronique hebdomadaire de El Kadi Ihsane sur El Watan s’est arrêtée sur la conférence  de prospective de Chakib Khelil à l’ISGP à Alger. Une imposture.

 

Chakib Khelil conseille le gouvernement algérien dans une conférence très sélect tenue samedi 25 novembre à l’ISGP.  Il ne s’agit pas dans cet espace de s’indigner de l’existence d’un tel événement. Nous sommes sous le régime du 4e mandat, c’est à dire dans un monde parallèle aux normes constitutionnelles, et étrangères à la morale publique. Toutefois. Le personnage est fortement soupçonné d’avoir concouru à la ruine du  secteur qu’il a dirigé durant dix ans en lui faisant, entre autres, porter le poids de surcouts considérables en échange de commissions multiples perçues à travers un réseau de sociétés écrans largement éventé depuis six ans. Chakib Khelil est toujours attendu par la justice suisse pour des explications sur les flux sur ses comptes bancaires, et concerné par l’enquête judiciaire milanaise sur le réseau de corruption active de la compagnie italienne Enie et de sa filiale Saipem. Que sont donc allés écouter les dizaines de cadres de l’Etat et autres universitaires ce samedi à l’ISGP ?  Une recommandation pour éviter la corruption. Voilà le type d’humiliation matinée de sadisme, auquel on peut s’exposer en cédant au voyeurisme latent qui accompagne le sillage de l’ancien ministre de l’énergie de Abdelaziz Bouteflika. Chakib Khelil conseille donc au gouvernement algérien de ne plus recourir aux licences d’importation pour réduire les sorties de devises car c’est un mécanisme qui ouvre la porte à la corruption. Il fallait donc venir écouter le plus grand gibier de parquet en liberté en Algérie pour apprendre ce qui a été intégré par plusieurs décennies d’études académiques.  Mondialement admis ; la politique des quotas donnent un pouvoir souvent monnayable à l’administration en l’absence de régulateurs puissants, de contre pouvoirs civiques et surtout d’indépendance de la justice. Chakib Khelil aurait peut être du prévenir les algériens de ce risque « si méconnu », deux ans plus tôt au début des licences d’importation sur l’automobile. Un gisement d’affaires colossal qui a fait en un temps record, selon les accusations directes de nombreux concessionnaires algériens et étrangers,  du ministre Abdeslam Bouchouareb, le Chakib Khelil de l’industrie. Merci quand même pour le conseil. Dans une conférence dont l’intitulé parle de « prospective » il sonne comme une autopsie.

A contre temps sur la tendance

Non, le propos ici n’est pas de rappeler combien la conférence de Chakib Khelil en « visionnaire » est une invitation subliminale à l’encanaillement.  Juste d’insister sur l’angle mort de son parcours chaotique. Son incompétence à la fois académique et opérationnelle. C’est ce que veulent depuis des années mettre en lumière des cadres algériens du secteur de l’énergie. Sans réel succès. Avant même d’être corrompu, Chakib Khelil est incompétent. Trois illustrations de la courte vue de Chakib Khelil, le nouveau conseillé du gouvernement. D’abord la réforme de la loi sur les hydrocarbures. Au moment où il l’engage en 2002, toutes les études montrent que le marché pétrolier mondial est au seuil d’une onde structurelle haussière des prix. Alimentée à la fois par un pick-oil rampant - déclin des grands gisements historiques difficiles à renouveler-, et par la montée en puissance de la demande des pays émergents. Stratégiquement, ce n’était pas le moment de faire d’inutiles cadeaux aux investisseurs étrangers (régime des concessions). Aucun pays membre de l’OPEP ne s’est engagé dans la voix choisie par Chakib Khelil. En situation de tension sur l’offre, ce sont les compagnies nationales qui, de fait, reprenaient la main sur l’accès aux ressources. La loi Khelil – finalement adoptée en 2005 au moment où la tendance haussière s’était installée- a ouvert une brèche énorme dans la cuirasse de l’OPEP. Contrairement à ce que de nombreux observateurs pensent, ce n’est pas l’interpellation de Hugo Chavez qui a provoqué le rétropédalage maladroit de 2006, mais une protestation amicale des saoudiens auprès de Bouteflika. La loi de partage de production combattue par Chakib Khelil marchait très bien. Il n’y a pas que de l’intéressement dans ce qu’a fait le ministre (on a bien vu que c’est ailleurs qu’il monétisait son pouvoir), il y a une véritable cécité intellectuelle face aux tendances lourdes de l’industrie pétro-gazière. Une autre illustration la conforte. Un haut cadre du secteur a mis sous le nez du ministre de l’énergie dès le premier semestre 2008, une cartographie des forages dans le gaz et le pétrole non conventionnels au Texas, étalé sur deux années. Croissance exponentielle. Il s’agissait de dissuader le ministre de faire des acquisitions de capacités de regazéification sur la côte est américaine. La prospective disait clairement que le marché américain allait devenir autosuffisant en gaz naturel, grâce au schiste, et qu’il était urgent de ne pas en faire une destination pour le gaz algérien. Le ministre a sous-estimé le phénomène. Et Sonatrach s’est égarée dans une fausse piste.

Pas à jour sur l’électricité solaire

La troisième illustration de l’incompétence de Chakib Khelil c’est lui même qui la rapporte dans sa conférence événement à l’ISGP.  Le ministre a considéré  que la génération de l’électricité renouvelable (solaire essentiellement) était une activité qui ne pouvait pas attirer les investisseurs privés car elle n’était pas rentable et nécessitait des subventions publiques pour son développement. L’ancien ministre n’a pas mis à jour sa connaissance de l’évolution des tarifs du kw-h solaire dans le deux filières du photovoltaïque et du thermique. Les derniers appels d’offres en 2017 pour la réalisation de champs solaires en photovoltaïques au Chili et en Arabie Saoudite sont passés sous les 3 cents de dollar pour le kw-h. C’est moins cher que la génération de l’électricité par l’utilisation du gaz naturel. La génération de l’électricité solaire est en passe de devenir rentable dans des régions du monde ou la concentration solaire est comparable à celle de l’Algérie. Elle y attire les investisseurs privés. Pourquoi pas en Algérie ? Le ministre de l’énergie se trompait beaucoup sur le plan stratégique lorsqu’il était aux affaires. Il continue d’être léger dans ses pronostics en dépit du temps dont il dispose pour se tenir informer, en liberté. Il était nécessaire de le rappeler aujourd’hui. Puisqu’il conseille le gouvernement.


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6 Commentaires

  • Parce que ce monsieur fait peur c'est mon intuition qui me le dicte.

    Rapporter a samedi 9 décembre 2017 11:09
  • Merci el kadi ihsen d'avoir démystifié ce personnage. D'abord qui l'a empêché de mettre en œuvre ses conseils quand il etait ministre,12 ans avec une cagnotte qu'on ne reverra jamais. Pour l'incompétence j'ajoute que grâce à lui on importe milliards$ en essence. Pour sa " conférence" on connaît isgp (publique) et auditoire ( cadres publics) payés par ...république.

    Rapporter Mobencous samedi 2 décembre 2017 21:26
  • J'avoue rester perplexe devant le point de vue développé par cet article.
    Déclarer Khelil incompétent, c'est supposer qu'à la base il cherchait à défendre les intérêts de Sonatrach et de l'Algérie, mais qu'il en était simplement incapable. Ses intentions étaient saines, mais le pauvre n'était pas outillé. D'une certaine façon, c'est un peu le réhabiliter.
    Cela suggère aussi que, depuis qu'il a été écarté, les choses sont revenues à la normale. Les hauts responsables qui l'ont installé à la tête de ce secteur névralgique se sont eux-mêmes rendus compte de leur erreur et l'ont vite corrigée. Maintenant, ils ont remis Sonatrach et l'économie algérienne en de bonnes mains. La corruption, grace leur soit rendue, n'y a plus droit de cité.
    Sans le vouloir sans doute, c'est la fable que ce cher Ihsane nous invite à avaler. Si Khellil est réellement un voleur et un corrompu, ce que tout un chacun est fondé à penser, le débat sur ses compétences devient sans objet.

    Rapporter Ali Vattan samedi 2 décembre 2017 10:40
  • Dès qu'il s'agit d'énergie, EKI commence à dérailler peut être à cause de l'influence de ses amis pseudo-experts autoproclamés. Peut être que Chakib Khallil est un ladron, et est un corrompu, cela ne fait pas de doute, mais de là le traiter d'incompétent, il y'a un pas et les arguments qu'avance EKI montrent exactement le contraire...

    Ainsi Khalil est accusé par EKI de n'avoir pas vu en 2002 " l' onde structurelle haussière des prix. Alimentée à la fois par un pick-oil rampant ..". Bien vu, mais 15 ans après, il est où le peak-oil ? il a eu en 2007 ou va venir en 2025 ou 2050 ? 15 après l'élaboration de sa loi, il y'a jamais eu autant de pétrole de produit... Il ne faut pas oublier que quand Khallil est arrivé aux affaires, le pétrole valait 20 USD et que la Russie était en plein boom de production et les experts (les vrais pas les khortis qui viennent 15 ans après vous dire ce qu'il fallait faire) prédisaient une bataille de production et la loi de Khallil était clairement pour l'augmentation de la prospection et la production tout azimuts. Question à EKI et ses experts, depuis que sa loi a été abandonnée et la loi actuelle passée en 2005, combien de pétrole ou de gaz a été trouvé en Algérie ? presque zéro, et je ne m'étonne pas que ce soit les Saoudiens avec El-Ghawar ou les vénézuéliens avec l'Orenonque soient venus donner des conseils très désintéressés à l'Algérie...
    On peut être malhonnête mais compètent, ou bien honnête mais complètement incompétent (là à part Boumediene ou Abdslam Belaid je ne vois grand monde..) mais on peut aussi être les deux: et malhonnête et incompétent comme le cas de Bouchouareb vient nous le montrer...

    Rapporter De Omni vendredi 1 décembre 2017 20:33
  • Chakib Khelil n'a qu'une seule mission qui a été mise entre parenthèses pour quelques années: réformer la loi minière pour autoriser le capital étranger à devenir propriétaire de réserves gazières en Algérie. Cette mission qui est en train d'être pleinement réactivée risque d'aboutir prochainement.
    Le message délivré ces dernières années par ses commanditaires intouchables est clair et net: ça passe ou ça casse!
    C'est une mission prioritaire qui lui octroie tous les pouvoirs, notamment celui de choisir personnellement tous les responsables du secteur de l'énergie (tous originaires d'Oujda). Il n'aura son quitus qu'une fois ce travail accompli. Il pourra alors savourer les plaisirs de jouir des dizaines de millions de dollars qu'il a mis de côté sur les plages de caraïbes et continuer à collectionner les tableaux de maîtres.

    Rapporter ristourne vendredi 1 décembre 2017 19:53
  • La publication du compte rendu sur la conférence donnée à l'ISGP par le conseilleur C. Khellil m'a inquiété au sujet de la ligne éditoriale de "Maghreb Emergent". L'article de fond ci-dessus de El Kadi Ihsane, qui situe à sa vrai place la personne de C. Khellil, me fait pousser un ouf ! de soulagement.

    Rapporter Slimane Azayri vendredi 1 décembre 2017 16:45
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