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Mardi, 26 Septembre 2017

  •   Nadir Allam
  • dimanche 3 septembre 2017 16:16

Echec de l’industrie automobile : Ouyahia impuissant devant la crise ?

 

Echec de la politique industrielle du pays. Trois choix devant Ouyahia : reconnaitre les erreurs des gouvernements précédents et reculer, essayer de « sauver les meubles » ou s’enfoncer.

 

Depuis sa nomination à la tête du gouvernement, Ouyahia a beaucoup disserté sur la crise qui se profile à l’horizon 2020 en raison de l’épuisement des réserves de change du pays, mais a très peu parlé de ce qui est considéré par ses prédécesseurs comme étant la clef de sortie de cette crise : la relance industrielle.  En effet, s’il est un sujet qui a délié les langues et fait polémique ces derniers temps, c’est bien celui de l’industrie automobile qui représente, nous dit-on, un axe stratégique dans la politique économique du pays. 

Le ministre de l’Industrie et des Mines de Ouyahia, Youcef Yousfi,  a déclaré  en marge de la cérémonie de passation des pouvoirs avec son prédécesseur Mahdjoub Bedda, que « l’industrie automobile sera l’un des dossiers importants inscrits à l’ordre du jour de son agenda et qu’il compte examiner avec les cadres de son secteur en vue de la développer ». Toutefois, pour engageante qu’elle soit, cette déclaration  n’a nullement été appuyée par le Premier ministre qui observe un silence de carpe à ce sujet. Pourquoi Ahmed Ouyahia refuse-t-il d’évoquer une question où il a pourtant mille et une bataille politiques et économiques à gagner ? S’agit-il d’une volonté délibérée d’éviter un sujet trop polémique ou s’abstient-il d’en parler parce qu’il n’a aucune solution à la crise qui mine le secteur ?

L’amer constat des experts

Le secteur de l’automobile a été présenté par le gouvernement comme une locomotive de la relance industrielle. C’est à travers ce secteur qu’il entend mettre fin au caractère mono-exportateur de l’économie algérienne et la diversifier. Toutefois, face à cette ambition,  plusieurs experts industriels et économistes ont exprimé leur scepticisme et trouvent la démarche du gouvernement fort impertinente.

« L’Algérie n’a pas d’atout à faire valoir dans le secteur automobile », estime Mohamed Achir, économiste. « Pour amortir l’investissement dans la phase tôlerie-peinture-cataphorèse, il faut produire entre 150 000 et 200 000 véhicules/an. Ensuite, la mise en place des équipements nécessaires pour cette phase coûte environs 160  millions d’euros Or, pour l’’heure, le première usine, Renault, espère atteindre, au mieux, 60 000 véhicules/an, ce qui la place dans l’impossibilité de s’engager dans la phase tôlerie-peinture-cataphorèse, sans quoi elle risque de travailler à perte. Autrement dit, elle est condamnée à faire du montage», nous explique également M. Chahboub, expert industriel. 

De son côté, Samir Bellal, économiste, considère que  « les usines automobiles installées chez nous, sont conçues pour mourir par ce qu'elles ne produisent pas assez pour être compétitives ». « Elles n’ont  pas été conçues pour être compétitives, mais juste pour satisfaire le marché local. Pour être compétitive, une usine automobile doit produire au moins 100 000 véhicules par an, voire le double dans certains cas. Il n’y a aucun intérêt à installer une usine qui produit 30000 véhicules an », affirme-t-il en soulignant que  « ce type d'usine ne fait que pomper les ressources en devises du pays » et qu’ « une usine automobile n'a d'intérêt que si elle destine l'essentiel de sa production à l'exportation ». 

Ouyahia face à un dilemme : politique ou économie ?

Face à ces observations qui sont partagées par plusieurs acteurs du secteur, y compris certains responsables qui ont déjà eu à qualifier  l’industrie automobile « d’importation déguisée » et évoqué le caractère « capricieux » du projet, le Premier ministre est pour le moins gêné, lui qui est réputé pour sa rigueur dans le traitement des dossiers économiques.

Mais grand dilemme : mettre un pavé dans la marre et susciter le courroux des  partenaires de l’Algérie ou se murer dans le silence et regarder s’évaporer les devises du pays  avec dépit ?  Autrement dit, faire de l’économie ou faire de la politique ? Jusque-là en tout cas, Ahmed Ouyahia n’a pas dit son mot sur l’industrie automobile ? Va-t-il décréter la mise à mort du secteur et reconnaitre l’erreur monumentale du gouvernement qui a été relevée par les experts ou essayer simplement de redresser la situation en agissant en pompier ? Les deux options sont possibles surtout que le Premier ministre ne rate aucune occasion de répéter que des jours sombres se profilent à l’horizon.

Néanmoins, dans cette intervalle d’évaluation et de réflexion que le gouvernement semble se donner, le constat sur l’échec de la politique industrielle de Bouteflika se consolide et les signes de cet échec se font de plus en plus patents : les devises du pays s’évaporent, les avantages fiscaux accordés aux investisseurs n’apportent nulle contrepartie, le chômage augmente passant de 10, 5 à 12.3, le déficit de la balance commerciale s’approfondit, la pénurie des véhicules s’accentue.

 


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5 Commentaires

  • @Hayy: Vous faites erreur, l'usine dont parle Djamel n'est pas celle de Tanger comme vous dites mais de Casablanca comme il l'a écrit. Elle existait avant celle de Tanger et produit effectivement autour de 60000 vehicules an, notamment la Logan et a toujours été rentable.

    Rapporter Kahoui mardi 5 septembre 2017 05:06
  • Un constructeur ou un sous traitant qui veut produire pour l'Europe/L'Afrique ,va naturellement s'installer au maroc ou à la rigueur en tunisie
    Il faudrait être fou pour envisager une seule seconde l'Algérie.un marché instable qui passe de 600.000 à 60.000 unités ( calqué sur le prix du pétrole ), une instabilité politique et réglementaire énorme, une économie de marché défaillante ,un climat des affaires qui fait peur ....ect
    Elles sont là les priorités du pays ,se doter d'un système financier et bancaire sérieux , tailler dans l'ogre bureaucratique ,libérer les énergies ( dans le numérique et les nouvelles technologies).il y a la infiniment plus d'emplois et richesses à exploiter que dans cette stupide stratégie auto qui fait juste rire jusqu'à rabat

    Rapporter Sam lundi 4 septembre 2017 10:11
  • @Djamel, l'usine de Renault Tanger n'est pas de 60.000 mais a produit en 2016 plus de 270.000 voitures avec une capacité actuelle de 340.000 et des projections REALISTES de 400.000, c'est donc un mauvais exemple à prendre.
    De plus l'article dit que les petites usines ne sont pas rentables ou intéressantes pour les constructeurs et pas pour les pays qui les accueillent. Et si c'est pas intéressant pour eux, ils ne feront rien de sérieux. Ce ne sont pas des organisations philanthropiques.

    Rapporter Hayy ibn Yaqdhan lundi 4 septembre 2017 07:37
  • @djamel2 : Vous avez tout à fait raison en relevant que cet article alarmiste dresse un constat sombre sur l'industrie automobile qui est tendancieux et erroné. Vouloir établir un bilan négatif définitif sur cette industrie alors qu'elle a tout juste 2 ans est effarant. Ne pas voir qu'elle est dans un processus d'augmentation progressif de la cadence de production est diffamatoire. Pire tous ces experts, dont on sait qu'ils ont eu pour certains à gérer les usines de production nationales de véhicules, qui nous annoncent la mort programmée de cette industrie, semblent vouloir justifier leur propre échec à lancer réellement cellle ci. Qui a décidé que Renault va s'arrêter à 60000 véhicules par an? Ses responsables n'ont jamais dit cela! Au contraire ils parlent d'une croissance continue vers un objectif de 100 000 / an. Ils disent également qu'ils ont fermement l'intention de passer à la phase carrossage et tôlerie. .C'est quoi ces clercs de malheur qui passent leur temps à dénigrer tout ce qui se fait dans le domaine industriel et établir des constats d'échec ? Sont ils influencés par les partisans du retour aux importations de voitures en l'état ou concessionnaires qui ont englouti des montagnes de devises sans rien créer ?

    Rapporter Kahoui lundi 4 septembre 2017 03:09
  • Il faudrait faire une analyse un peu plus approfondies. Je ne crois pas du tout qu'il soit juste de dire qu'une usine de moins de 200.000 n'apporte aucune valeur ajoutée. Preuve en est, Renault possède bien une usine à Casablanca qui ne produit "que" 60.000 véhicules par an. Or cette usine exporte bien et est donc tout à faire compétitive. On constate aussi que la plupart des usines visent bien une production d'au moins 75.000 véhicules à moyen terme et pourront donc être rentable. Enfin, Il ne faut pas perdre de vue que le but ultime c'est surtout de créer de la valeur ajoutée locale, de résorber le chômage et de rééquilibrer la balance des devises. Donc on peu parfaitement être satisfait de fabriquer des véhicules qui coûteront plus cher si ces trois critères sont remplis. Les véhicules produit localement seront de toutes façon moins chères grâce au différentiel de droits de douane entres véhicules importée et les pièces utilisées pour la fabrication locale.

    Rapporter djamel2 dimanche 3 septembre 2017 19:42
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