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Aissa Manseur note qu'il «est plus judicieux de penser à un mégaprojet d’amenée d’eau pour ces zones céréalières qui sont en ‘’manque’’, irriguer les 3.5 millions d’ha réservés aux céréales nous conduit inéluctablement à l’autosuffisance et dégager également un surplus très important pour l’exportation ! ».
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L'ECHEC DE LA GROUND WATER ECONOMY
Il faut se garder du traitement théorique des chiffres. Comme le fait remarquer avec justesse Mr Manseur, il est certain que donner la priorité à l'agriculture sous pivot à partir de l'eau fossile des nappes phréatiques du Sud (grounwater economy) ne présente aucune garantie concernant la durabilité de ce dispositif. Le Pr. Amor Hallitim et une équipe de chercheurs, spécialistes des sols algériens, ont montré comment dans le Sud sous pivot, chaque tour d'irrigation apporte du sel au sol. En 4-5 ans, cette pratique aboutit à une baisse des rendements du blé par salinisation des sols. Cependant, il ne s'agit pas de tomber dans l'excès inverse et vouloir irriguer à tout prix « 3,5 millions d'ha » au Nord du pays. Dans son intervention à Maghreb Emergent, le Pr Omar BESSAOUD a tout a fait montré les limites de la mobilisation des eaux de surfaces vers le secteur agricole face aux besoins croissants de l'industrie et de l'adduction en eau potable des villes. Le dépouillement de la presse nationale montre qu'en divers points du pays, les autorités locales sont souvent obligées d'arbitrer au détriment du secteur agricole l'attribution de quota d'eau ; l'adduction en eau potable des villes ayant la priorité absolue.

PENSER AGRICULTURE NON-IRRIGUEE
En la matière, le salut ne viendra pas du ciel. La production nationale de céréales n'augmentera pas par la seule irrigation. La solution passe aussi par la modernisation des pratiques agricoles en sec. En la matière, l'expérience des artisans syriens et irakiens est à étudier. Dès 2005, bénéficiant de l'aide de la coopération internationale dont celle venant d'Australie, ces artisans et céréaliers ont mis au point des modèles low-cost de semoirs pour semis direct. Non seulement ces semoirs sont à la portée de toutes les bourses, mais ils ont la capacité à préserver l'humidité du sol ; chose que ne fait pas le labour. En Algérie, comme le dit un spécialiste de la question en matière d'érosion et de fertilité « el harth, 'adou al ardh », « le labour est l'ennemi du sol ».
Le transfert de technologie opéré depuis les grandes plaines céréalières australiennes a porté sur ce qui semblerait être un détail mais a toute son importance dans le cas de la céréaliculture algérienne. Les dents de ces semoirs Made in Syria dessinent dans le sol un petit sillon au fond du quel sont enfouis semences et engrais. Dès l'automne, ce sillon joue le rôle d'un micro-impluvium collecteur d'eau de pluie (rainwater harvest). Alors que traditionnellement nos agriculteurs retardent parfois les semis jusqu'en novembre – ce qui pénalise le rendement – ce type de semoir permet de valoriser les pluies d'octobre et de semer à temps. Quant à la germination-levée des céréales, des photos l'attestent, elle est alors impeccable.

FABRIQUER DES OUTILS POUR L'AGRICULTURE PLUVIALE
Afin de mieux se convaincre de l'intérêt de ce genre de techniques modernes en agriculture non-irriguée, rien de mieux que de visionner le témoignage de Mr Attouati Mohamed fellah à M'Sila et chez qui des équipes de techniciens et ingénieurs du Haut Commissariat au Développement de la Steppe (HCDS) et de l'Institut Techniques des Grandes Cultures (ITGC). Le témoignage et la truculence de ce fellah qui a les pieds sur terre, font plaisir à entendre*.
De même que pour désherber les cultures et éviter qu'elles ne soient concurrencées au niveau de l'humidité du sol, il existe des moyens mécaniques simples : herses étrilles et houes rotatives**.
Alors, comment développer localement ce type de techniques en cultures non-irriguées? Tout d'abord en donnant plus de moyens aux équipes de terrain du HCDS et de l'ITGC. Ensuite, en fabriquant localement ce type de matériel. Des actions sont certes déployées dans ce sens. Ainsi, l'entreprise CMA-SOLA a produit à Sidi-bel Abbès un prototype de semoir, mais les essais traînent en longueur. Mais, il faut savoir que dès 2005, autour d'Alep et de Moussoul, les artisans locaux ont produit dans 8 petits ateliers 92 semoirs et transformés plus d'une dizaine d'autres. Pourquoi notre retard ? Que font le Madr, l'OAIC, nos CCLS, les fabricants ou importateurs en matériel agricole? Que font nos ingénieurs agronomes?

MISER SUR IRRIGUE ET NON-IRRIGUE
Chacun l'aura compris, notre développement agricole repose sur l'utilisation harmonieuse de l'agriculture irriguée et non-irriguée. Les faibles moyens dénoncés par le Pr Omar BESSAOUD pour développer l'agriculture en sec (90% des superficies) n'en a que plus de poids. En Algérie, nous ne pourrons pas irriguer toutes nos surfaces agricoles. Nous n'avons pas les quantités d'eau nécessaires.
Mais au delà du débat sur le « tout-irrigation dans le sud » prôné dans les couloirs du Minitsère de l'Agriculture se pose la question de l'aide à la petite paysannerie algérienne (1 million de familles). C'est elle qui occupe depuis les temps le territoire et développant des trésors d'ingéniosité approvisionne les villes en viande, fruits et légumes. Consacrer des moyens à l'agriculture non-irriguée, c'est aussi s'intéresser à ce type d'acteurs économiques dont parle avec une chaleur peu égalée Mr Omar BESSAOUD en lui rendant toutes sa noblesse.
Djamel BELAID. Ingénieur Agronome.

Notes :
(*) Ce témoignage est disponible à l'adresse : youtu.be/5daD0qjWHTk. Il rend compte de l'utilisation d'un semoir fabriqué en Syrie et importé par l'Algérie.
(**) Voir sur youtube « Désherbage mécanique Arvalis ».