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Divers dysfonctionnements peuvent déstabiliser le marché du blé. C'est le cas de la fraude aux "fausses livraisons" de blé aux Coopératives de Céréales et de Légumes Secs (CCLS) dépendant de l'OAIC .

TRAFIC DE LIVRAISONS DE BLE DUR
Le correspondant d'un quotidien national dénonce dans l'édition du 13.07.2017 de fausses livraisons de blé dur dans les docks de l'OAIC (Tiaret). Selon lui, du blé importé et cédé par l'OAIC à des minoteries au prix de 2500 DA le quintal est présenté au niveau des CCLS comme étant issu de la production locale. Les CCLS achètent alors ces lots de blé à raison de 4500 DA le quintaL

Au delà du courage du journaliste dénonçant de tels agissements, on peut se demander quelles mesures simples pourraient permettre de lutter contre ce type de fraude. Celles-ci sont de plusieurs ordres :
-analyser l'historique des livraisons d'une exploitation,
-prélever un échantillon de toute livraison réalisée au niveau des CCLS. Echantillon qui devrait être cacheté et conservé une année au moins à des fins d'analyses.
-réaliser des analyses concernant les impuretés de l'échantillon,
-réaliser des analyses concernant la composition de l'échantillon.

ANALYSE DE L'HISTORIQUE DES LIVRAISONS
Dans les cas de fraudes, outre sa production, l'agriculteur livre à la CCLS des remorques de blé importé. L'addition de ces deux origines implique donc d'importants volumes. En comparant avec les moyennes annuelles livrées habituellement par l'agriculteur, on peut donc soupçonner un cas de fraude. Surtout si l'agriculteur n'est pas concerné par des mesures telles : développement récent de l'irrigation ou exploitation de nouvelles terres. Un autre moyen de vérification concerne les quantités de semences, engrais, produits phytosanitaires et carburants achetés durant la campagne agricole. En général, il existe une corrélation entre ces intrants et les hectares cultivés.

ANALYSES CONCERNANT LES IMPURETES DE L'ECHANTILLON
Les céréales importées le sont selon un cahier des charges établi par l'OAIC. Ce cahier des charges est extrêmement strict. Il prévoit notamment que les lots de blés importés ne doivent pas contenir d'impuretés. Celles-ci concernent essentiellement les graines provenant de mauvaises herbes, d'autres cultures (lentilles, colza …) ou d'autres céréales (orge ou avoine). Le faible niveau d'impuretés dans les lots des blés importés est lié d'une part à la haute maîtrise technique des agriculteurs étrangers, notamment dans le cas du désherbage et d'autre part à la maîtrise des organismes de stockage. Ces derniers savent éliminer toute présence de graines de mauvaises herbes dans les lots de blé dans leurs silos.

ANALYSES CONCERNANT LA COMPOSITION DE L'ECHANTILLON
Chaque variété de blé dur ou de blé tendre possède une signature biochimique. Trois grains de blé suffisent pour analyser par électrophorèse les protéines. On peut alors observer des bandes caractéristiques qui correspondent aux différents types de protéines, notamment les gliadines et les gluténines. Ces techniques d'analyses sont à la portée de nombreux laboratoires universitaires algériens et de ceux de l'Institut Technique des Grandes cultures. Comme les variétés cultivées en Algérie sont différentes de celles qui sont importées, une simple analyse en laboratoire permet de déterminer le nom des variétés de blé dur constituant un lot.

SANCTIONNER LOURDEMENT LES FRAUDEURS
Il apparaît donc que la simple prise d'échantillons de blé permet une identification de l'origine des lots : production locale ou importation. Certes, cette identification se fait à postériori, c'est à dire après que les grains aient été réceptionnés et que le versement financier ait été opéré. Mais, dans un Etat de droit, rien n'empêche qu'après analyse, l'opérateur fraudeur soit identifié et lourdement sanctionné.