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Jeudi, 29 Juin 2017

  •   Abed Charef
  • lundi 19 septembre 2016 15:56

La nouvelle Algérie émerge sans conscience d'elle-même

Par sa démographie, par la nature de son armée comme par son économie, l’Algérie a gravi plusieurs paliers. Seule la vie politique reste décalée.

 

L’Algérie a changé. Nous ne vivons plus dans le même pays que nos parents, pour ne pas parler des grands-parents. Mais ces changements d’envergure n’ont pas été accompagnés de l’évolution nécessaire du modèle de gestion du pays, ni des institutions. Les dirigeants, les partis, les politiques, n’ont pas pris la mesure des changements survenus, et n’en ont pas tiré les conséquences. Ils n’ont pas adapté leurs analyses, encore moins les instruments de gestion du pays.

L’Algérie est aujourd’hui un pays de 40 millions d’habitants. Près de quatre fois plus qu’à l’indépendance. Elle est passée d’un petit pays de la dimension de la Belgique, à celui de nation moyenne en termes de population, proche de l’Espagne et de l’Italie. D’ici la moitié du siècle, il y aura autant d’habitants en Algérie qu’en France. Alger, à elle seule, compte aujourd’hui autant d’habitants que la moitié de l’Algérie à l’indépendance.

En termes de population, l’Algérie se situe désormais dans ce qu’on peut appeler le quatrième palier.  Après le premier palier (les géants que sont la Chine et l’Inde), le second (les pays de forte population comme les Etats-Unis, le Brésil et le Pakistan), et le troisième, concentrant plus de 100 millions d’habitants (Japon, Mexique, etc.), le quatrième palier regroupe des pays dont la masse démographique leur permet d’avoir une présence régionale, pour peu qu’ils réussissent à développer en parallèle leur économie et leur puissance militaire.

Un million de naissances par an

La population algérienne a aussi changé de profil. A domination rurale et analphabète à l’indépendance, elle est aujourd’hui urbaine et instruite. Les chiffres demeurent imprécis, mais on sait qu’une grosse majorité des Algériens vit dans les villes, contre seulement 20 pour cent à l’indépendance. Selon des chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), la situation serait même inversée aujourd’hui : 80% des gens vivent dans les villes. Cela débouche sur deux résultats immédiats : une population instruite qui connait ses droits (ou qui a l’impression de les connaitre), et qui conteste davantage.

Et ce n’est pas tout : le gros de la population algérienne a été récemment urbanisé. C’est donc une population qui a abandonné ses traditions rurales, mais qui n’a pas encore acquis les traditions urbaines. Un phénomène aggravé par un autre constat : les populations urbaines ont tendance à revenir à des traditions et des pratiques qui semblaient disparues en milieu urbain. Autant de bouleversements sociologiques qui rendent la gestion du pays extrêmement complexe.

D’autre part, et pour la première fois de son histoire, l’Algérie a dépassé, en 2015, le million de naissances par an. C’est le résultat d’un ensemble de facteurs qui ont convergé : augmentation de la population en âge de se marier, jeunesse de la population, et probablement une élévation du niveau de vie, avec une hausse du revenu et une résorption partielle de la crise du logement, le tout ayant contribué à ce baby-boom.

Explosion du PIB

Sur le plan économique, le PIB de l’Algérie a aussi changé de palier. Il a dépassé les 200 milliards de dollars, même si un probable reflux est attendu en 2016. Les recettes extérieures ont dépassé 70 milliards de dollars par an en 2013. Mais les importations ont aussi ont explosé : on était à 15 milliards au milieu des années 1980, mais on dépassera les 50 milliards en 2016, une année pourtant maigre. On ne gère évidemment pas 15 milliards de dollars, dont l’essentiel est encadré par des impératifs de fonctionnement précis (service de la dette, achat de produits alimentaires vitaux), comme on gèrerait 70 milliards.

Au plan de l’influence régionale aussi, le changement est significatif. Pendant longtemps, l’Algérie exerçait une certaine influence grâce au prestige de sa guerre de libération, et aussi grâce à l’appui de l’ex-Union Soviétique. Elle parvenait à appuyer de manière efficace des mouvements de contestation ancrés à gauche.

Aujourd’hui, la donne a changé. L’Algérie s’est équipée, en profitant de l’embellie financière de la décennie écoulée. Son armée a changé de nature : née dans la guérilla, elle s’est spécialisée progressivement dans la lutte contre la guérilla. Mais dans le même temps, et en raison d’un territoire immense, combinant désert, montagnes et façade maritime, et des impératifs de défense que ceci impose, elle s’est trouvée contrainte d’opérer des changements structurels d’envergure pour s’adapter à cette réalité.

Prendre le virage

Tous ces changements imposent un nouveau modèle de gestion du pays. Des méthodes nouvelles, avec des institutions modernes, des règles adaptées au monde qui émerge. Et c’est là que le bât blesse, car ceux qui ont la charge de gérer les affaires du pays s’accrochent encore à des méthodes désuètes, totalement inadaptées. Incapables de passer au monde politique moderne, animé par des partis et une société civile autonome, ils imposent un retour à ce qu’ils connaissent le mieux, la tribu, la région, ainsi que différents systèmes d’allégeance hors du temps. Lobbies et clans font office de centres de pouvoir occultes, au détriment des institutions, des responsables légaux et des élus. La règle légale disparait au profit de l’informel. Les ministres ne gèrent pas des secteurs de l’activité économique ou sociale, ils gèrent des équilibres de pouvoir.

C’est sur ce terrain que le pays a besoin de s’adapter. De sortir de l’archaïsme, pour entrer dans un monde moderne, où la règle du droit prime toute autre considération.

Dans de nombreux pays, c’est l’audace politique qui a permis de réaliser ou de favoriser les grandes mutations économiques et sociales. Quant à l’Algérie, elle change de fond en comble sur le terrain économique et social, et même militaire, mais le fonctionnement politique du pouvoir reste immuable.


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2 Commentaires

  • Il faut du temps et du courage à notre jeune population

    Rapporter Ouled zaoui samedi 24 septembre 2016 10:59
  • Le titre de l'article de M Charef pose, en creux, une question clef: une société peut-elle changer dans le sens du progrès et de la modernité si elle n'en a pas conscience? J'entend pas "conscience", une conception collective assez claire de l'état de départ, des origines/causes des situations qui méritent d'être améliorées voire changées et de leurs finalités sociétales.
    Sinon , cela équivaut à faire état d'un clivage profond entre un pouvoir et une élite qui le sert et le reste de la société qu'ils veulent soumettre à leurs vues ...sans y parvenir, le pouvoir croyant gouverner et la société faisant semblant d'être gouvernée mais n'en faisant qu'à sa tête...
    Le contenu de l'article tranche avec les analyses habituelles de M Charef qui en voulant prendre de la hauteur et faire dans la macro-analyse fait usage de notions qui obscurcissent le tableau qu'il esquisse plus qu'elles ne l'éclairent.
    Quelques remarques au fil de la lecture:
    1-Pourquoi utiliser la notion de "pays" plutôt que celle de société? Glissement dans la traduction des prénotions de "bled" et "moujtama3"?
    2- En affirmant qu'il n'ya pas eu de changement , nierait il que le fait que la Constitution de 1989 a été une évolution à 180 degrés... mais si les objectifs affichés n'ont pas été atteints ?
    3- Son analyse des causes de l'immobilisme qui perdure depuis des années concourant au blocage actuel serait, à le suivre dans son explication une question d'incompétence collective des dirigeants actuels? Suggère-t-il que si on met des compétences, il y aurait une chance pour aller vers le changement tel qu'il le défend? Alors la question serait " comment mettre la compétence aux commandes"? Je doute que cela soit avec l'adjonction des "Delivery unit" ou des "task-force" agissant sous la houlette des politiques actuels dont on ne saisit même pas le leadership réel
    4- En faisant appel à la démographie comme facteur explicatif lourd , A Charef veut donner à son "analyse " une apparence de robustesse car basée sur des «statistiques » donc sur des réalités objectives et vérifiables pour peu que l'on s'en donne la peine. Ce point de vue pêche par deux faiblesses. La première est qu’il ne fait ressortir la permanence des comportements des algériens en matière de nuptialité, de fécondité et de natalité qui d’ailleurs repartent à la hausse après une baisse significative d’une amorce de changement de comportement en la matière, fruit de la « planification des naissances » etc.. Ce qui peut s’expliquer par un retour au modèle conservateur comme référentiel des projets de vie ce qui est, probablement, rapport avec les faibles taux d’activité des femmes et, plus généralement, des jeunes de la tranche d’âge 20-35 ans. La seconde raison est que le journaliste ne tient pas compte des effets structurants du modèle familial majoritaire en Algérie à savoir le modèle traditionnel foncièrement égalitaire pour les hommes et discriminant envers les femmes. Les travaux d’E.Todd peuvent donner à ceux qui s'y intéressent un éclairage fondamentale et sociétale sur ce sujet qui, par bien des égards, fondent les spécificités entre les sociétés d’une même aire géographique voire culturelle.
    5-(5) le Pib est un indicateur qui ne montre que ce que l’on veut bien montrer comme dirait les (bons) économistes. Quelle est sa structure et en quoi cette croissance quantitative exprime-t-elle une évolution "positive"( dans le sens de la modernisation) de la base économique? La croissance du PIB est une conséquence directe de l’augmentation du prix international des hydrocarbures et ne résulte ni d’une hausse de la productivité ni d’une meilleure maîtrise de la chaîne des valeurs internationales par une remontée dans les filières agricoles ou industrielles afin de capter plus de valeur ajoutée.
    (5bis) Idem pour la croissance des exportations où le poids donc la dépendance aux hydrocarbures étaient moins forts les deux premières décennies après l’indépendance.
    (6) A Charef met l'accent sur le "respect de la règle légale" comme condition du changement dans le sens de la modernité. O.K! Mais pour que la règle légale soit respectée par la société, il faut qu’elle soit légitime à leurs yeux, qu’elle soit appliquée avec intelligence et rigueur et qu'elle ne donne lieu qu’exceptionnellement aux pratiques dérogatoires, celles qui autorisent ceux qui font les lois à octroyer des passe-droits et à garantir l’impunité à leurs soutiens alliés et à la cour d'affidés.

    7) la description que fait A.C du changement apparaît presque comme une conséquence objective voire indépendante de la volonté du pouvoir, une sorte d’effet naturel, combinaison de la dynamique démographique et des hausses des recettes pétrolières, deux grandes causes échappant totalement aux décisions du pouvoir. De même que sa confusion (volontaire?) des notions de « pays » et de « société » rend inintelligible le message qu’il souhaite transmettre.
    Mais convenons que le débat sur la dynamique asynchrone entre pouvoir et société en Algérie est un champ d’investigation fécond car il peut donner des clefs de compréhension des solutions réalistes pour un changement pacifique et inclusif vers la modernité.

    Rapporter Lahlou mardi 20 septembre 2016 01:17
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