La semaine économique de El Kadi Ihsane analyse les risques systèmes pour l’économie-monde de l’année qui arrive.

Il y a dix années l’économie mondiale abordait en 2009, son annus horribilis du siècle. Les perspectives de la croissance mondiale pour 2009-2020 n’ont bien sûr rien à voir avec celle de la crise financière 2008-2010. Mais elles ne rassurent personne.  La croissance restaurée grâce à un triptyque détonnant  de déficits publics croissants, de politique du crédit accommodante et d’expansion soutenue des échanges mondiaux s’essouffle. Elle va ralentir en 2019 et en 2020. Rien de très grave au niveau de sa courbe. De 3,7 % à 3,5 % au niveau mondial, passage sous les 2% dans la zone OCDE, et « décélération » de 7% à 6% en Chine. Ce qui fait que le problème est ailleurs. La croissance de l’économie mondiale va ralentir sans avoir permis de retrouver les rythmes de croissance des niveaux de vie des grands pays d’avant la crise financière.

Les moteurs de la croissance contra-cyclique du début de la décennie passés se sont grippés, arrêtés ou inversés. La tendance est à moins de déficits publics, des taux d’intérêts directeurs en hausse, et des restrictions au commerce mondial. La séquence tension est en train de se mettre en place alors que les objectifs ne sont pas atteints pour effacer les dégâts sociaux de la destruction de valeur de 2008-2010.  La tension qui s’insinue dans la conjoncture économique mondiale en devient d’autant plus pesante que les peuples des grands pays industrialisés ont décidé de sanctionner électoralement et civiquement les politiques mondialistes qui ont changé la géographie de la prospérité à leur détriment. Ils ont amené Trump au pouvoir aux Etats-Unis, engagé la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne et multiplié les succès électoraux des partis xénophobes dans de nombreux pays jusqu’à et y compris lors de la présidentielle brésilienne.

La marge de manœuvre des politiques de croissance s’est démocratiquement resserrée au moment même où la demande sociale explose dans les grands centres de l’OCDE comme l’a montré le mouvement des gilets jaunes en France ce dernier mois.  L’économie mondiale va au-devant de nouveaux risques alors qu’elle n’a pas réussi à effacer les séquelles de la crise précédente.  Plus préoccupant, les moteurs de la croissance qui ont porté la relance mondiale de l’après crise des subprimes ont multiplié les bulles financières dont on connaît désormais l’effet dévastateurs sur les marchés lorsqu’elles finissent par exploser : bulle des actifs boursiers aux Etats-Unis, bulle de l’émission souveraine (obligations d’Etat) dans le G7, bulle de la dette publique dans l’OCDE,  bulle de la dette privée dans les grands pays consommateurs, etc… . Accepter que 2019 soit une année de ralentissement de la croissance mondiale n’est finalement pas le pire. Elle pourrait aussi être celle de la déflagration d’une  de ces nombreuses bulles. Et donc du début d’une nouvelle crise mondiale, après 9 années de croissance.

Le risque a le visage de Donald Trump  

Le scénario type de la gestion de la conjoncture tendue dans laquelle entre lentement l’économie mondiale est celui de la confrontation entre Trump et son environnement. Le président américain veut à la fois de l’argent bon marché pour soutenir l’investissement, du pétrole pas trop cher pour bloquer l’inflation, des produits chinois taxés à l’entrée pour encourager le made in USA, un mur à la frontière du Mexique pour bloquer l’immigration clandestine, et une poursuite de la baisse des impôts pour retenir son électorat en 2020.

Il est bien sûr impossible d’atteindre autant d’objectifs contradictoires en même temps. La FED (institution d’émission fédérale), est indépendante. Elle a poursuivi cette semaine la remontée de son taux directeur et annoncé qu’elle le ferait au moins deux fois encore durant l’année 2019. L’argent coutera plus cher aux Etats-Unis. Et la désaffection pour le papier américain (émission de bonds) a déjà débuté. Le financement du déficit fédéral par ce mécanisme a atteint de nouvelles limites qui expliquent le bras de fer sur le financement de la dépense pour la construction du mur avec le Mexique.  De même le prix du pétrole en baissant soulage l’industrie américaine mais menace celle du gaz et du pétrole de schiste s’il venait à poursuive sa baisse sous les 50 dollars durablement. La taxation des produits chinois est une source d’inflation interne assurée alors qu’elle ne garantit pas une issue favorable sur le plan industriel, les donneurs d’ordre ne viendront pas tous produire aux Etats-Unis s’il ne peuvent plus le faire en Chine.  Trump incarne le risque entropique du monde. Chaos des mesures contre et pour la même chose.

Dans les perspectives macro-économiques pour le monde publiées par la banque mondiale, les deux ralentissements les plus préoccupants sur la tendance de moyen terme sont celui des investissements et celui des échanges commerciaux mondiaux. Le premier indique que la profondeur de la demande solvable et sa répartition sont en repli (inégalités, crise des revenus). Le second montre que les entraves à la concurrence mondiale vont devenir aussi des entraves à l’innovation et à l’avancée de la productivité.  Sur les cycles longs, la croissance forte de la productivité dans l’économie mondiale finit toujours par produire plus de prospérité pour les populations, pourtant en hausse démographique. Le monde chaotique de Trump est politiquement anxiogène et économiquement mal-orienté. La preuve pour l’Algérie, par le prix du pétrole. Jamais à de tels sommets de volatilité.

Nationaliser ou créer un business ? 

Pour comprendre le décalage expansif de la dynamique domestique en Algérie avec celle du monde, le récit de la dernière petite perle locale. Les sociétés par actions créées en 2010-2011 pour lancer le professionnalisme en Algérie sont toutes sur le plan comptable en situation de dissolution juridique par les termes du code de commerce. Capital social consommé exponentiellement.

Que propose le gouvernement ? Le rachat des parts de ces SSPA par le trésor public, pour que le spectacle puisse continuer.  Une nationalisation en d’autres termes, puisque, cela n’a échappé à personne, il s’agit de l’argent du contribuable.  Question inévitable, est ce que le rachat des SSPA du football professionnel algérien par l’Etat va-t-il rééquilibrer leur business modèle et les rendre bancables dans la durée ?  Non bien sûr. Les charges seront toujours supérieures aux chiffres d’affaires. Quelle est donc la solution ? Baisser un peu les charges et augmenter beaucoup le chiffre d’affaires. Cela s’appelle créer une économie du football professionnelle, ou les recettes de billetteries de stades sont de vraies recettes, les droits de télévisions de vrais revenus, des ventes d’espace maillot un vrai marché et des entrées du merchandising une vraie ligne sur le bilan comptable.

L’Etat a construit l’autoroute la plus chère de l’Afrique mais pas une économie de l’autoroute, pas plus d’économie du tourisme alors que le parc des hôtels est passé au-dessus des 100 000 lits. Le gouvernement algérien ne sait pas créer le marché qui va avec les infrastructures et les activités des gens. Le football tunisien génère plus de revenus domestiques que l’Algérien. Les années Bouteflika resteront bien plus celles des dépenses d’équipement et des nationalisations.  Un monde enfoui. Mais tout de même plus cohérent que celui de Trump.