Alger pensait avoir touché un paroxysme populaire le 08 mars dernier. Ils étaient encore plus nombreux ce vendredi. « Bouteflika et son clan doivent partir ». 

L’affluence populaire au centre d’Alger a été encore plus forte ce vendredi 15 mars. Peut-être un demi-million de personnes a marché sur un circuit d’une dizaine de kilomètres entre place 1er mai et la Grande Poste et retour par Place Audin, boulevard Mohamed V jusqu’au palais du peuple et retour au centre ville par Didouche Mourad.

La foule était tellement compacte vers 15 heures sur place Audin que la police a accepté d’ouvrir l’accès du boulevard Mohamed V  qui conduit vers les hauteurs de la capitale, et le palais d’El Mouradia, destination contrariée des manifestants le 22 février et le 1er mars derniers.

Les marcheurs ont cependant évité de pousser plus loin leur avantage, et sont redescendu au centre-ville au carrefour du palais du peuple tenue par un impressionnant dispositif policier. Des heurts épars et moins importants que ceux de vendredi dernier, avec la police ont été signalé vers 17 heures sur ce parcours des hauteurs, sans incidences sérieuses sur le cours de cet après-midi ensoleillé. De manière générale les manifestations dans les villes de l’intérieur du pays (Oran, Constantine, Bouira, Bejaia, Tebessa, Skikda, ect…) ont été plus denses et plus nombreuses. Le mouvement pour le départ de Bouteflika continue de s’amplifier. 

« Un hors la loi »  

Les manifestants se sont montrés mieux organisés encore que les semaines précédentes. Des carrés étaient identifiés dans le cortège interminable qui venait de Place 1er mai vers la Grande Poste. Les mots d’ordre étaient mis à jour depuis que le président Bouteflika a annoncé qu’il reportait les élections et renoncé à être candidat à nouveau, mais qu’il comptait conduire la transition au-delà de la fin de son actuel mandat. « Un Etat de droit ne peut être construit par un Hors la loi » disait une des affiches du carré de Mouwatana, tandis que de nombreuses banderoles reprenaient la formule iconique du jeune manifestant intrus sur le direct de sky news « Trouhou Ga3 » (vous allez tous partir). Les citoyens étaient plus nombreux à brandir des affichettes,  rivalisant d’ingéniosité dans les mots d’ordre et les vannes à l’endroit du clan Bouteflika, du nouveau Premier ministre (Bedoui), de son adjoint (Lamamra) et de Lakhdar Brahimi.  

La présence des femmes n’est pas vraiment retombée après l’irruption spectaculaire du 08 mars dernier. Les familles étaient elles aussi plus nombreuses à sortir ensemble. Les garanties sur le non recours à la violence sur les parcours implicitement autorisés a contribué à détendre l’atmosphère.  Même les forces de l’ordre se sont montrées plus sereines dans la gestion des flux. « Il n’y avait  tout simplement pas de policiers entre place premier mai et la Grande Poste » témoigne un marcheur qui « n’a raté aucune marche depuis le 22 ». Les drapeaux algériens ont inondé l’espace public, dans la rue et sur les façades d’immeubles. Par endroit, l’emblème amazigh cohabitait avec l’Algérien. Des commerces liés aux marches  (tables à écharpes, drapeaux, casses croute rafraichissements,…) se sont développés de part et d’autres des parcours. 

« Pas une minute de plus » 

De ce qu’on montrait les manifestants en ce 4e vendredi de manifestations est qu’ils sont déterminés à en finir avec le régime politique en place. « Nous n’avons plus de slogans, dégagés », « Echaab Yourid Iskat Ennithab » (le peuple veut faire tomber le régime), Ennahiweh ou enwaliw labass », (On va enlever « le clan » et on ira mieux). Pas une minute de plus à  Bouteflika a remplacé dans les chants, le « Makach Al Khamsa, ya Bouteflika ».  « Le peuple s’est réveillé. C’est la fin pour vous », pouvez-t-on lire également sous différentes formes. Les manifestants se sont montrés très impliqués et en même temps sereins sur leur capacité à gagner. Les manifestants s’en sont beaucoup pris à la France et à Macron pour sa réaction favorable à la dernière lettre de Bouteflika où il ne retenait que son intention de ne plus se présenter aux élections mettant en sourdine sa volonté de conduire la transition alors que les Algériens ne cessent de réclamer pacifiquement son départ.