Les Algérois ont manifesté et ont surtout chanté pour la liberté et la démocratie ce vendredi 15 mars 2019.  Des chants en arabe algérien, en kabyle et en française ont été répétés par les manifestants. Youyous et instruments de toute sorte ont  rythmé cette manifestation festive.

Les slogans habituels étaient présents à la manifestation, mais ce sont surtout les chansons qui étaient audibles. Des chansons qui revenaient le plus étaient  évidemment les celles des supporters des clubs de foot.  Dans les escaliers menant de l’avenue Pasteur au 02 rue Didouche Mourad, plusieurs centaines de personnes de tout âge ont fait  un échange polyphonique. Une belle image qui a attiré l’attention des marcheurs qui ont fait une halte pour admirer le spectacle.  

Pas loin, un groupe de jeunes ont ramené une sono et passaient des chants patriotiques. Une grande foule s’est formée autour d’eux, chantant et lançant des youyous. Certaines personnes, notamment les plus âgées  émues, ont versé des larmes.

Vers la Grande poste des jeunes citoyens utilisant différents instruments chantaient des chants  engagés en kabyle. Ceux qui ne maitrisaient pas la langue se sont mis à danser.  Un peu plus en haut des personnes ont formé un cercle créant une véritable piste de danse où l’on pouvait danser sur des musiques variées.  Cette ambiance festive était partout à Alger, sourire et éclats de rire notamment sur les pancartes créatives.

Pourquoi cette joie ?

Lundi 11 mars 2019, le pouvoir algérien avait annoncé l’annulation de l’élection présidentielle et l’abandon du cinquième mandat pour lequel Abdelaziz Bouteflika s’est porté candidat. Beaucoup d’observateurs craignaient que le peuple cri gloire alors que le combat venait de commencer.

Aujourd’hui, les Algériens sont sortis encore plus nombreux que les trois  vendredis précédents. Ils sont plus déterminés,  plus conscients mais  surtout plus fiers de ce qu’ils ont achevé jusqu’ici.  Leurs pancartes l’expliquent bien et les manifestants sont catégoriques : le peuple veut  un changement structurel du système politique. Il refuse toutes les propositions et solutions proposées par les autorités. D’après plusieurs personnes rencontrées pendant la marche, les négociations et la discussion des solutions ne se feront qu’après le départ du régime.

Pour eux, toute cette joie affichée est une façon de militer. Leur révolution est pacifique, ils veulent montrer au pouvoir et au monde entier que l’Algérien est un citoyen digne de ce nom, qui mérite de vivre dans une démocratie et dans un Etat de droit.

Ils sont déterminés, et comptent continuer la mobilisation, avec une évolution remarquable dans les revendications. Ceux qui criaient non au 5e mandat, revendiquent maintenant  avec grande conscience le départ du pouvoir et répondent directement aux dernières décisions.  Des banderoles sur lesquelles on pouvait lire  refusant la tenue de la conférence nationale proposée par Bouteflika et rejetant  les déclarations du  nouveau Premier ministre, Noureddine Bedoui, et   celles du vice-premier ministre, Ramtane Lamamra.  Enfin, le  « non au 4+ » a remplacé le « non au 5e mandat ».