L’Office national des statistiques annonce  le 30 juillet 2016, concernant son enquête d’avril 2016 que le taux de chômage a baissé à 9,9% alors que le FMI, dans ses derniers rapports, suite à la chute du cours des hydrocarbures,  prévoit un accroissement pour 2016/2017 : mythe ou réalité, objet de cette présente contribution?

 

1.- La population algérienne est passée de 12 millions en 1965, de 34 591 000 le 1er juillet 2008, à 37,5 millions d’habitants en 2010, 39,5 millions d’habitants au 1er janvier 2015, et 40,4 millions d’habitants au 1er janvier 2016. L’augmentation du volume de la population résidente totale s’explique, par un accroissement relativement important du volume des naissances vivantes qui a atteint 1,014 million en 2014. En outre, l’indice de fécondité a connu une hausse en passant de 2,93 enfants par femme en 2013 à 3,03 enfants en 2014. En revanche, le taux de mortalité infanto-juvénile, qui exprime la probabilité pour un nouveau-né de décéder avant d’atteindre l’âge de cinq ans, a régressé passant de 26,1% en 2013 à 25,6% en 2014 (27,1% pour les garçons et 23,9% pour les filles). Selon l’ONS s’agissant de l’espérance de vie, elle est passée à 77,2 ans en 2014 contre 66,9 ans en 1990, soit un gain de 10 ans et 3 mois. Rappelons que selon l’enquête de l’ONS, le taux de chômage était  estimée  à 1,214 million soit un taux de chômage 10,6% en septembre 2014. Les jeunes et les universitaires étaient  les plus touchés par le phénomène du chômage avec les taux respectifs de 25 et de 16%. La structure de l’emploi selon le secteur d’activité fait ressortir un secteur tertiaire (commerce et services), en progression, ce dernier absorbant  59,8% de la main d’œuvre totale, suivi par le BTP (16,6%), l’industrie (13,0%) et enfin l’agriculture (10,6%). La ventilation selon le secteur juridique faisait  ressortir une dominance du secteur privé ou mixte, soit une part relative de 58,8% de l’emploi total, incluant la sphère informelle qui selon le ministère du Travail occuperait entre 25/30% de la population, étant à court terme une soupape de sécurité. Le salariat constitue la forme d’emploi dominante avec 65,3% tant au niveau du secteur privé formel qu’au niveau du secteur public mais avec d’importantes disparités salariales et également d’importantes disparités  selon le sexe, l’emploi féminin se caractérisant  par une plus grande concentration dans le secteur public (61,2% de l’emploi total).  Selon l’APS en date du 30 juillet 2016, citant l’Office national des statistiques (ONS) la population active a atteint 12,092 millions de personnes en avril 2016 contre 11,932 millions en septembre 2015. La population occupée (près de 10,9 millions de personnes) est répartie entre 3,11 millions d’employeurs et d’indépendants et 7,58 millions de salariés ainsi que 192.000 aides familiaux. Le secteur public emploie 4,56 millions de personnes (42%) contre 6,33 millions dans le secteur privé et mixte (58%)  et en  fonction du milieu de résidence, une population occupée de 7,33 millions de personnes travaille dans le milieu urbain contre 3,56 millions dans le monde rural. Selon le secteur d’activité (y compris les entités administratives), il est observé que celui du commerce et services est le plus grand employeur (61,7% de population active), suivi du secteur du BTP (16,6%), de l’industrie (13%) et de l’agriculture (8,7%). Toujours selon cette enquête, concernant  avril 2016,  le taux de chômage en Algérie a baissé à 9,9% en avril 2016 contre 11,2% en septembre 2015, avec une population en chômage estimée à 1,198 million de personnes, les chômeurs de longue durée (cherchant un emploi depuis une année ou plus) constituant 66,7% de la population en chômage Mais le fait le plus important  de l’enquête  est que la part des chômeurs qui accepte des emplois inférieurs à leurs aptitudes professionnelles est de 71,6%, ne correspondant pas à leur profil pour 68,4%, des emplois pénibles pour 28,7% et des emplois mal rémunérés pour 73,1%. Selon l’ONS,  le taux de chômage a baissé essentiellement chez les hommes à 8,2% en avril 2016 (contre 9,9% en septembre 2015) tandis que chez les femmes, le taux de chômage a connu une quasi-stagnation en s’établissant à 16,5%. Pour les personnes âgées de 25 ans et plus, le taux de chômage est de 7,5% avec un taux de 5,9% chez les hommes et de 13,7% chez les femmes. Quant au taux de chômage des jeunes âgés entre 16 et 24 ans, il a baissé à 24,7% en avril dernier (contre près de 30% en septembre dernier) avec 21,8% chez les jeunes hommes contre 40% chez les jeunes femmes. Par niveau de qualification, il est observé que la baisse enregistrée dans le taux de chômage a concerné davantage la population non qualifiée et celle pourvue d’un diplôme de la formation professionnelle que les universitaires.. Ainsi, au sein de la population en chômage, il est constaté que 53,3% sont des personnes non diplômées (639.000 chômeurs), 24,1% sont des diplômés de la formation professionnelle (289.000 chômeurs) et 22,6% sont des universitaires (270.000 chômeurs). Que penser de ces données   malgré les licenciements et les fermetures de nombreuses entreprises? Le 07 février 2016, j’avais  réalisé une enquête sur le terrain, loin des bureaux climatisés de nos bureaucrates, dans une commune au sein d’une wilaya supposée être une wilaya prospère du point de vue économique et que dire pour les communes déshéritées. Le nombre de jeunes que j’ai estimés à plus de 100 personnes de 18/30 ans désherbaient des trottoirs sachant que dans 10 jours la situation deviendrait la même. Une dizaine faisaient semblant de travailler et 80 autres les regardaient : quel gaspillage de cette force de travail qui aurait pu être utilisée ailleurs et surtout avoir une formation. Le nombre de communes en Algérie étant de 1541, si on généralisait uniquement pour ce cas, il y a 154.100 emplois improductifs.  N’a-t-on pas assisté par le passé au communiqué de l’APS en citant l’ex Ministre du travail en  date du 08 août 2011 affirmant  «quelque 1.090.435 emplois ont été créés durant le 1er semestre de 2011,  que  le chômage était déjà en 2011 en voie d’éradication s’établissant  à 15% en 2007, 11,3% entre 2008 et 2009, 10,2 % en 2010, 10% en 2011 et 9,5% en 2012 sur une population active estimée à environ 11 millions à la fin de 2012 ». Cela signifie qu’avec une demande additionnelle d’emplois d’environ 350.000 ou 400.000 par an , minimisant d’ailleurs la demande féminine, que le taux de croissance réel a permis en plus d’absorption de ce flux, de réduire le stock précédent.

 2.-Il existe une loi économique valable pour tout pays : ne créant pas des emplois par décret, ou des emplois administratifs  improductifs,  le taux d’emploi est fonction de l’entreprise, du taux de croissance et des structures des taux de productivité, renvoyant à l’économie de la connaissance. Or pour les emplois permanents, le fonctionnariat est dominant en Algérie expliquant la bureaucratisation de la société. Selon la direction générale de la fonction publique le nombre de fonctionnaires au 01 janvier 2015 est de 20020.172 dont 1.608.964 à temps plein (79,64%) et 411.208 agents contractuels (20,30%). Les administrations centrales de l’Etat représentent 313.171 agents soit 15,50%, les services déconcentrés de l’Etat 813.725 agents soit 41,57%, l’administration territoriale 312.009 agents soit 15,4%, les établissements publics à caractère administratif 449.268 agents soit 22,24% et les établissements publics à caractère scientifique et technologique 105.999 agents soit 5,25%.Il ya lieu de relever la jeunesse car les moins de 30 ans représentent 274.074 agents, les 30/40ans 735.756 agents et les 41/50ans 668.725 agents , les 59/59 ans 92.580 et les plus de 60 ans seulement 20.944 agents. Par grands secteurs , l’intérieur et les collectivités locales représentent 29,22% , l’éducation nationale 29,34% avec un effectif féminin de 297.394 sur un total de 592.831 agents , la santé publique 13,19% avec un effectif féminin de 138.581 sur un total de 266.525 agents , l’enseignement supérieur 8,50% avec un effectif féminin de 95.118 sur un total de 171.761 agents, les Finances 4,15%, la formation professionnelle 2,80%, la justice 2,16% et les autres secteurs 10,64%. Dès lors comment avec un taux de croissance selon les rapports internationaux de trois pour cent entre 2004 et 2016 peut-on avoir créé autant d’emplois malgré une dépense publique importante qui aurait du  permettre  un  taux de croissance supérieur à 10%, un  rapport pour la région MENA  montrant que l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport à des pays similaires. Des calculs précis, que je peux mettre à la disposition des lecteurs, montrent clairement que sur les 5/6% de croissance hors hydrocarbures, officiellement 80% l’ont été par la dépense publique via les hydrocarbures et que les entreprises évoluant dans le cadre des valeurs internationales contribuent à moins de 20% du produit intérieur brut. Pour preuve, l’Algérie exporte 97/98% en hydrocarbures brut et semi-brut avec les dérivées et importe plus de 70% de ses besoins. Toujours dans ce cadre, 70% de la dépense publique ont été absorbés par les infrastructures, dont le BTPH, qui ne sont qu’un moyen, l’entreprise et le savoir étant dévalorisé. Pour preuve, le poste services est passé de 2 milliards de dollars en 2002 à   10/12 milliards entre 2010/2015. Le dernier rapport américain du 30 juillet 2016 montre clairement  l’urgence d’améliorer le climat des affaires en Algérie NON PAS UNIQUEMENT PAR  DES LOIS , le rapport étant sceptique quant au nouveau code d’investissement que le Ministre du secteur   a brandi comme solution miracle. Le rapport insiste sur l’amélioration du  fonctionnement  de la société, pour plus de  cohérence et de  clarté du suivi de la dépense publique caractérisée  par des surcouts exorbitants,  recommande l’amélioration du  système d’information au temps réel, , débureaucratiser l’ économie, dynamiser la Cour des Comptes  et un système fiscal qui doit être  rénové.  Après la fin des chantiers, que deviendront ces milliers de travailleurs en espérant une non-chute brutale du cours des hydrocarbures due à la crise mondiale ? A-t-on médité la crise immobilière en Occident, notamment en Espagne ? L’actuelle structuration économique et les différentes institutions chargées de promouvoir l’investissement et l’emploi, organes bureaucratiques, ont-ils eu les résultats escomptés ? Déjà dans notre rapport de 2008(1) nous  avons-nous noté le peu de performance  confirmée par la tertiairisation de l’économie (83% de la superficie économique), la dominance des entreprises unipersonnelles à responsabilité limitée (Eurl) avec 48,84%, suivies des sociétés à responsabilité limitée (Sarl) avec 41,96%. Quel est le bilan de toutes ces institutions chargées de promouvoir l’emploi, de la règle des 49/51%   Il ne suffit pas de donner des intentions mais les réalisations effectives en distinguant la part en devises et la part en dinars, tant des équipements que des entrants, le tout afin de dresser des balances devises et technologiques prévisionnelles non biaisée, projets par projet,  tenant compte de la concurrence internationale. Quel a été le devenir des projets qui ont bénéficié des avantages financiers et leur durée de vie et le nombre de faillite ? Cette euphorie actuelle où la majorité des jeunes déposent des dossiers à l’ANDSEJ se concrétiseront-ils par l’émergence d’entrepreneurs dynamiques alors que les nombreux privés  déjà installés souffrent de contraintes d’environnement (bureaucratie, système financier inadapté, foncier, rareté de main-d’œuvre qualifiée adaptée) ? A-t-on tenu compte des sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques. Il s’agit de ventiler les emplois à valeur ajoutée, des emplois non productifs ou faiblement productif — le commerce de détail connaissant  une implosion selon le dernier recensement du Centre national du registre de commerce et de surcroit comme le montre la récente enquête d’avril 2016,  les temporaires qui constituant le plus gros des effectifs. Dans ce cadre, quelle est la structuration des effectifs recrutés par niveau de qualification, la ressource humaine étant une richesse bien plus importante que toutes les richesses d’hydrocarbures ? Enfin, quelle est la part de l’emploi informel en distinguant les emplois à valeur ajoutée et de la sphère informelle marchande spéculative dominante.

3.-Quel serait le taux de chômage redressé par les sureffectifs, les emplois improductifs permanents  et les emplois fictifs temporaires?  Car, comment mener une bonne politique sans avoir un tableau de bord clair évitant de falsifier les données. Il s’agit de dire la vérité, rien que la vérité, et ne pas verser dans la sinistrose, ni dans l’autosatisfaction, source de névrose collective. Les Espagnols n’ont pas honte d’affirmer que le taux de chômage de 24% est dû à la crise économique. Invoquer des données qui ne correspondent pas à la réalité, surtout à l’ère d’internet où le monde est devenu une maison de verre, favorise tant le divorce Etat-citoyens que le discrédit de l’Algérie au niveau international. C’est que, corrigé, le taux de chômage et le taux de croissance officiel sont des taux artificiels irrigués par la rente des hydrocarbures avec des salaires sans contreparties productives pour calmer le front social. Il en est de même pour l’inflation que l’on comprime artificiellement par des subventions généralisées et non ciblées source de gaspillage et de fuite de produits hors des frontières, donc avec des impacts mitigés sur le pouvoir d’achat des Algériens, faute de production suffisante et de mécanismes clairs de régulation avec la dominance de la sphère informelle qui contrôle les principaux segments clefs des produits de première nécessité. Cela traduit les liens dialectiques entre la logique rentière et l’extension de cette sphère, de la nécessité de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, qui renvoie à une autre gouvernance. Et à l’urgence d’imaginer dès aujourd’hui un nouveau modèle de consommation énergétique car l’Algérie sera importatrice, tenant compte de la forte consommation intérieure. Sans cela, des tensions sociales sont  inévitables  avec des incidences politiques désastreuses. Car le  taux de chômage déclaré de 9,9% ferait pâlir les pays  développés alors que les emplois temporaires se concentrent en majorité sur  des segments comme faire et refaire les trottoirs ou désherber les routes sans  création véritable de valeur ajoutée. La solution de facilité est de bureaucratiser la  société en croyant au miracle juridique, pondre des lois que contredisent les pratiques sociales. En fait la réussite des réformes  renvoient   à la refonte de l’Etat conciliant la modernité et la préservation de notre  authenticité, dont l’objectif stratégique serait plus de libertés,  d’efficacité économique, de justice sociale et de moralité des institutions.  L’on devra privilégier les intérêts supérieurs de l’Algérie au moment où d’importants bouleversements géostratégiques s’annoncent  par un langage de vérité, ni sinistrose, ni autosatisfaction source de névrose collective. D’autant plus que l’économie dépendra encore longtemps des recettes de Sonatrach, en espérant que les prévisions en date du 25 juillet 2016 de  la banque américaine Morgan Stanley qui assure  que les cours de l’or noir pourraient redescendre à 35 dollars le baril, ne se confirment pas. L’inflation et le chômage que l’on comprime artificiellement en Algérie par le canal de la rente des hydrocarbures, taux largement supérieurs aux données officielles, sont les conséquences de la maladie interne  du corps social devant éviter d’incomber toujours la responsabilité à l’extérieur, discours qui ne portent plus. Sans les subventions généralisées, non ciblées, le taux d’inflation approcherait les 10% et s’amplifiera avec le dérapage du dinar, en cas de non accroissement de la production et de la productivité réelle. Sans les emplois improductifs et en plus en cas de réduction de la dépense publique, le taux de croissance, le taux de chômage dépasserait largement les 9, 9%, risquant  de s’accroître, tout dépendant de la dynamisation des segments productifs en termes de coût /qualité dans le cadre des valeurs internationales.  

En résumé,  gouverner étant prévoir, il s’agira, de mobiliser tous les Algériens, supposant une grande moralité,  afin  de mettre en place des stratégies d’adaptation tant sur le plan économique, social, militaire, sécuritaire  et politique tenant compte tant des mutations locales qu’internationales

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– Audit réalisé sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul avec une équipe pluridisciplinaire composée d’experts algériens de différentes spécialités : « quelle politique de l’emploi et des salaires pour l’Algérie » (Présidence de la République 8 volumes 2008/2009) 

(Voir mon interview sur le  dernier rapport américain au quotidien gouvernemental arabophone  El Massa  31/07/2016)   

* Professeur des Universités, expert international