Pour le 4ème vendredi de la colère, les Bougiotes ou les Béjaouis étaient encore plus nombreux à prendre part à la marche de la dignité. Cette véritable démonstration de force était au moins aussi imposante que les marches du Mouvement culturel berbère ou du Mouvement citoyen de 2001.

La différence se situe au niveau de l’implication, massive et déterminante, des femmes, qui ont donné des couleurs à ce nouveau mouvement, qui suscite la sympathie un peu partout dans le monde.

Effectivement, la mobilisation des femmes a été plus nombreuse, aussi bien que le 8 mars dernier. En famille, seules ou accompagnées, les femmes ont tenu, aujourd’hui, à prendre part à la marche de la dignité, qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dont un cinquième des manifestants est composée de la gent féminine. Les enfants n’étaient pas en reste ; ils ont tenu à y participer avec des drapeaux algériens à la main ou autour du coup, voire en reprenant à leur compte des slogans, qu’ils ont crié à tue-tête.

C’est le cas de Dahlia, 11 ans qui a exigé de ses parents un drapeau national et de les accompagner à la marche. « Je ne veux pas rater de tels moments d’autant qu’à l’école mes camarades me parlent de ces moments de joie » et qu’ils ont immortalisés dans des clichés qu’ils s’empressent ensuite de poster sur Facebook. Hakim, son père, cadre d’entreprise, n’a pas hésité longtemps. « Nous vivons un moment historique : La chute de ce régime, qui a montré ses limites sur tous les plans. On ne veut pas, moi et sa mère, la priver de tels moments d’autant que nous sommes en passe de réussir une révolution des sourires.

Une autre dame, médecin, a préféré marcher en compagnie de sa fille et de son fils aîné. « J’ai insisté beaucoup auprès de ma mère pour venir. Mais comme vous pouvez le constater : elle est heureuse d’être là. Elle n’est pas la seule, par ailleurs. Il y a même des personnes avec des handicaps, qui ont tenu à marcher. Je sais qu’ils ont marché hier. » Ils sont aidés par les manifestants, qui n’oublient quasiment jamais, de sourire et de parler calmement et avec courtoisie, a-t-on constaté.

Abdenour, un militant politique très connu sur la place de Béjaïa, a expliqué, pour sa part, que « c’est le seul point positif que l’on peut aisément attribuer ou à mettre à l’actif du chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika : il a réussi, malgré lui, à unifier le peuple algérien. Ce que l’on n’imaginait même pas il y a plus d’un mois de cela. Il est vrai que les gens en avaient marre mais on était loin de croire que des millions d’Algériens allaient investir la rue sans aucun dérapage au point d’être cités en exemple dans le monde entier».

Les manifestants n’ont pas cessé de rejoindre la mobilisation à son point de ralliement : le siège de la wilaya. Mais c’est au niveau du rond-point de Nacéria, de la Cité CNS, que le gros des troupes a stationné pour filmer et prendre en photos les processions, qui arrivaient de tous les quartiers périphériques de Béjaïa.

Vers 15h30, les gens continuaient à arriver au moment où d’autres regagnaient leurs maisons avec le sentiment du devoir accompli. Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime : « Système dégage; non au prolongement du 4ème mandat, non aux prolongations ; pouvoir assassin ; mazalagh d’Imazighen, Nous sommes toujours des Amazighs, etc. »

La marche s’est déroulée dans le calme. Les premiers manifestants ont commencé à se rassembler aux environs de 10h30 au niveau de l’esplanade de la maison de la Culture Taous Amouche. Ils ont patiemment attendu 14h pour commencer à bouger. Les manifestants dont beaucoup de familles ont commencé à affluer des quartiers périphériques d’Ighil Ouazoug, Ihaddaden, Smina, Tala Ouriane, Sidi-Ahmed, la cité Seghir, Lakhmis, etc. A signaler que des bienfaiteurs ont distribué de l’eau en bouteille aux manifestants d’autant que le thermomètre a commencé à grimper. Les membres du Croissant rouge algérien veillaient, quant à eux, pour venir en aide ou secourir des manifestants susceptibles de faire un malaise.

Nabil Zenache