La rentabilité de la SCAEK est la plus élevée des filiales du groupe GICA (photo : site web de la SCAEK).

Au terme de deux semaines de souscription de son titre, la société des ciments d Ain El Kebira (SCAEK) n’a pas atteint 1% des près de 19 milliards de dinars qu’elle souhaite lever en augmentation de capital. Fiasco prévisible.

La souscription du titre SCAEK, la société des ciments de Ain El Kebira filiale du groupe public GICA (Groupe industriel des ciments d’Algérie), a atteint 0,7% du total des actions émis en bourse d’Alger jeudi 26 mai, en fin de journée, selon une source IOB en charge de l’opération. Ce montant est inférieur à 180 millions de dinars souscrits par les investisseurs et les épargnants deux semaines après le lancement de la levée de fonds en bourse d’Alger le 15 mai dernier. A ce rythme l’opération, qui doit être bouclée le 13 juin prochain, est partie pour être le plus retentissant échec dans les introductions de titres de patrimoine à la bourse d’Alger depuis sa création, en 1997.

Les analystes s’étaient montrés réservés lorsque la SCAEK a confirmé fin avril dernier auprès de la Société de gestion des valeurs boursières (SGVB) la date du 15 mai 2016 pour lancer la souscription pour un montant 18.953.600.000 dinars, le plus important jamais sollicité à la bourse d’Alger pour une émission d’actions. Les 14 premiers jours de la souscription dépassent toutes les craintes en termes de désaffection pour le titre SCAEK, au point où la viabilité de l’opération peut être remise en cause si les investisseurs institutionnels ne viennent pas au secours de ce sinistre. 

 

Une opération abandonnée par ses propres promoteurs

De nombreux risques guettaient la souscription SCAEK lancé le 15 mai dernier. L’opération entrait directement en concurrence avec l’emprunt national, un concurrent hors norme bénéficiant du soutien politique de l’Etat. Les objectifs de rendement, le prix de l’action et la politique de dividendes affichés pour le titre SCAEK sont apparus peu attractifs. Ils sont en plus adossés à une filière, celle de la production de ciments, menacée de se trouver en surcapacité dans les trois prochaines années avec l’arrivée en mode production de quatre nouvelles cimenteries pour une demande domestique en recul.

Deux facteurs sont venus aggraver ce handicap de départ de la levée de fonds de la cimenterie de Ain El Kebira, l’amateurisme de ses promoteurs et la dégradation du climat des affaires ce mois de mai avec les révélations des Panama Papers et l’affaire Rebrab-El Khabar.

En effet, l’introduction en bourse de la filiale d’Ain El Kebira du groupe GICA a été peu préparée à la fois auprès de la place d’Alger et auprès de l’opinion à travers les médias. Le portage de cette opération est faible est très peu visible. Le management de Ain El Kebira est peu impliqué dans la réussite de l’opération, comme si son sort n’en dépendait pas. L’actionnaire GICA n’a pas été d’un grand appui, et le ministre de l’Industrie, représentant en dernière instance de l’actionnaire public, est lui-même personnellement occupé à d’autres batailles entre ses entreprises off shore à justifier et sa volonté de bloquer les investissements de Issad Rebrab. Cela fait beaucoup trop de facteurs contraires pour espérer vendre et faire vendre le papier SCAEK au public et même aux institutionnels. 

Une opération qui peut être annulée

La succession des déboires de la levée de fonds de la cimenterie de Ain El Kebira « peut déboucher sur l’annulation pure et simple de l’opération. Elle viendrait à l’initiative de l’émetteur la SCAEK, qui, trop loin de ses objectifs de renforcement de ses fonds propres, peut décider de renoncer au recours à la bourse pour financer son développement », a estimé un expert financier contacté par Maghreb Emergent. « Mais, a expliqué la même source, l’annulation, si elle devait s’avérer nécessaire peut aussi provenir des souscripteurs qui n’iraient pas au bout de leur acquisition des actions souscrites car ils ne souhaiteraient pas détenir une infime partie de capital face à un actionnaire public qui devait initialement descendre à 70% du capital ».

En tout état de cause, la cimenterie de Ain El Kebira, qui n’a pas déployé beaucoup d’enthousiasme dans cette opération d’augmentation du capital par la bourse d’Alger, devra redimensionner son plan d’investissement. Dans la notice visée par la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB), le régulateur du marché financier, il est dit que la SCAEK vise le plus que doublement de sa production de ciment les trois prochaines années en passant de 1, 3 million de tonnes à 3 millions de tonnes.

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