L’Algérie doit investir en urgence dans le savoir, avant qu’il ne soit trop tard, préconise Abdelhak Lamiri (Ph. N. Rondeleux)

Un taux de croissance supérieure à dix pour cent est possible en Algérie, selon l’économiste Abdelhak Lamiri, qui plaide pour une priorité : la qualification de la ressource humaine, sans laquelle aucun décollage économique n’est possible.

 

L’économiste Abdelhak Lamiri a déclaré, mardi, que le prochain plan quinquennal, actuellement en préparation, contient deux innovations qui lui donnent de meilleures chances de réussir. Intervenant au cours d’une émission de radio, M. Lamiri a affirmé que le document annonçant le nouveau plan insiste sur la concertation, et invite à apprendre des erreurs du passé, ce qui constitue une évolution significative. Il a toutefois affirmé que c’est le « plan de la dernière chance », car l’Algérie dispose des ressources financières pour devenir un pays émergent, ce qui ne serait plus le cas si elle rate le train cette fois-ci.

Le gouvernement a innové en invitant tous les acteurs économiques et sociaux, syndicats, associations, entreprises, patronat, à la concertation, a estimé M. Lamiri, qui s’est félicité de cette démarche. Il a appelé à aller vers « un système de concertation décentralisé », déplorant que l’Algérie soit encore « un des pays les plus centralisés au monde ». C’est également « le seul pays au monde à croire que la stratégie des années 1970 pouvait réussir », alors qu’elle a échoué partout », a-t-il dit.
Selon lui, la cause de cet échec est liée à la préparation insuffisante de la ressource humaine et à la faiblesse du management. L’Algérie a « lancé de grands chantiers sans préparation des ressources humaines et de l’administration ». Les différents gouvernements ont « inondé les entreprises et l’administration avec l’argent public, sans les préparer, et sans moderniser le management », a-t-il dit.
Stop à l’assainissement inutile
Pour M. Lamiri, « les fondamentaux de l’économie algérienne ont souffert des mêmes maux » depuis l’indépendance, avec notamment une faible qualification de la ressource humaine et un défaut de management. Il reconnait que l’Algérie a « formé beaucoup de gens, mais il y a un écart avec la formation de niveau international ».
Ceci a conduit à des erreurs récurrentes. « On est au cinquième ou sixième assainissement » des entreprises publiques structurellement déficitaires. « Il faut dire stop », a-t-il affirmé, appelant à « respecter règles de l’économie de marché ».
Mais M. Lamiri considère qu’il ne s’agit pas d’un problème purement économique, mais plutôt politique. « Le problème est au niveau de la vision politique », dit-il. « La question du développement est à 90% politique », alors que le volet technique devient « facile » quand les politiques auront créé les conditions nécessaires et confié l’exécution aux techniciens. Il précise aussi que « dans l’ordonnancement des réformes, il faut privilégier l’efficacité ».
Une croissance supérieure à 10% est possible
M. Lamiri refuse toutefois d’être pessimiste. « Ça peut aller très vite » si les bonnes décisions sont prises, dit-il. Mais l’Algérie doit auparavant améliorer de nombreux paramètres. Elle doit passer de 680.000 entreprises actuellement à 1.5 millions. Elle doit aussi développement « l’industrie du savoir », un « maillon qui manque » pour évaluer les performances de l’économie et des politiques mises en œuvre. Elle doit investir différents créneaux d’activité, pour se créer une place dans l’économie mondiale, sans rien exclure. Il a cité l’exemple des « industries déclassées en Europe. On peut conquérir des marchés énormes en Europe si on les ramène », dit-il.
Une fois ces préalables assurés, il est possible de commencer à percevoir les premiers effets de la réforme dans deux à trois ans. A partir de ce moment, le pays peut entrer dans un cercle vertueux. L’Algérie pourra alors aspirer à un taux de croissance nettement supérieur. On peut « facilement » avoir un taux supérieur à dix pour cent », selon M. Lamiri.