La jonction des deux affaires Khalifa suscite le mécontentement des avocats

Une vingtaine d’anciens responsables d’entreprises nationales et de mutualités de travailleurs de différents secteurs d’activités ont été auditionnés ce mercredi, en qualité de témoins dans le procès de l’affaire Khalifa qui se tient au Tribunal criminel auprès la Cour de Blida.

 

Ils étaient interrogés sur les raisons qui les ont poussés à déposer les fonds des entreprises et des  institutions dont ils avaient la charge auprès de la banque Khalifa. Ces anciens responsables avaient les mêmes observations à présenter au juge Antar Menouar : « Entre 2001 et 2003, les taux d’intérêts des banques publiques baissaient sensiblement, parallèlement à l’augmentation de ceux de Khalifa Bank, qui ont atteint les 13% vers la fin de l’année 2002 ».

Le versement des dépôts à terme de ces entreprises et institutions publiques avoisinait les 15 milliards de dinars. Ces sommes n’auront jamais été remboursées depuis la chute de l’empire Khalifa en mai 2003, hormis la récupération des intérêts des dépôts par certaines entreprises.  L’Entreprise Nationale de l’Imprimerie de la Presse a pu recouvert 17 millions de dinars des 20 millions déposés en février 2002, avec un taux d’intérêt de 9.5%, selon le témoignage de son PDG de l’époque, M. Hamouche Abdelkrim, qui affirme que le liquidateur de la Banque Al Khalifa, M. Badsi Moncef, leur a fait une reconnaissance de dettes pour les dédommagements postérieurs.

Le ministère public prend la défense du secteur public et tire sur le privé

Insistant sur l’incapacité de remboursement de la banque Khalifa à ses déposants « malheureux », le Ministère public met l’accent à chaque comparution de témoin sur les risques et les pertes qu’encourent les dépositaires dans les banques privées qu’il qualifie de non sûres et risquées. « Si c’était à refaire, vous déposeriez vos fonds dans une banque privée dont les garanties ne sont pas sûres, d’autant plus que l’argent de vos entreprises est de l’argent public ? ». Ces assertions font réagir Me Lezzar, avocat de Abdelmoumene Khalifa, qui dénonce cette charge  solennelle contre le secteur privé : « Arrêtez de diaboliser  le secteur privé au lieu de l’encourager pour le bien de l’économie du pays. Pour l’ouverture de mon compte bancaire, j’ai perdu un temps précieux pour la réunion de toute la paperasse requise que notre bureaucratie ne fait qu’alourdir, tandis que l’ouverture de mon compte à Khalifa Bank à l’époque s’est faite instantanément et avec une flexibilité encourageante », répond-il.