Ahmed Attaf, lors de son passage de « L’invité du direct » de Rdio M. (photo : Ahmed Sahara).

 

L’ancien chef de la diplomatie algérienne a fait fort sur Radio M. Il a, en tant que secrétaire général du BP Talaie Al Houria, qualifié de « pas sérieux » le cadrage budgétaire triennal. Il a notamment relevé que le train de vie de l’Etat et les transferts sociaux sont mélangés dans le même grand chapitre du budget de fonctionnement.

 

Ahmed Attaf a le sens de la formule. Et cela s’est entendu durant les 52 minutes de son passage à « L’invité du direct », émission de Radio M aujourd’hui matin. Pour lui le cadrage budgétaire triennal du gouvernement s’appuie « sur des contre-vérités ». L’une d’entre elles est qu’il dit se référer au programme quinquennal du président Bouteflika, « un programme qui n’existe pas ». Toujours dans son préambule, Ahmed Attaf estime que « la structure de notre budget est elle-même archaïque » et qu’elle « date des années 1950 ». Le secrétaire général du bureau politique de Talaie Al Houria ne comprend pas que l’on maintienne les subventions dans le budget de fonctionnement. « Cela empêche le ‘’saucissonnage’’ des différents types de dépenses sociales pour comprendre où il faut agir ». Ainsi, le train de vie de l’Etat et les transferts sociaux sont mélangés dans le même grand chapitre du budget de fonctionnement. Il s’étonne au passage que le budget du ministère des Affaires étrangères ait augmenté de 15%. « Il s’agit de l’Etat et il doit avoir un comportement sérieux ! », a-t-il martelé ajoutant : « Ni moi ni le conseil des ministres ne connaissons le nouveau modèle de croissance économique ! » dont on parle depuis des mois. 

 

Un budget d’équipement divisé par deux en trois ans

 

« Après avoir lu intégralement le projet de loi de finances pour 2017, et après une journée d’études organisé par Talaie Al Houria, « je trouve que ce document est strictement fiscal et qu’il ne contient aucune mesure incitative de croissance économique », a affirmé l’ancien ministre des Affaires étrangères de Lamine Zeroual. Plus précisément, Ahmed Attaf déplore que «cumulativement sur les trois dernières années le budget d’équipement a fondu de moitié ». « Il faut être humble et voir comment font les autres pays dans la même situation que nous », a-t-il déclaré, s’inquiétant de cette forte baisse des dépenses d’investissement de l’Etat alors que les dépenses de fonctionnement sont maintenues.

Le parti que représente Ahmed Attaf aurait il agit différemment s’il était aux affaires ? « Il faut être raisonnable et bien admettre que dans le contexte actuel il faudra rationaliser les dépenses. Mais il n’est pas normal que ce soit toujours les couches populaires qui portent le poids des ajustements », a-t-il ajouté. Il a alors cité d’autres gisements qui peuvent contribuer à réduire les déficits des comptes de l’Etat parmi lesquels la lutte contre la surfacturation dans les importations ou celle contre la corruption. « Les subventions directes consacrées au peuple » ne représentent pas l’essentiel des subventions, par exemple de l’énergie. C’est en allant dans le détail par la modernisation du budget de l’Etat que l’on peut identifier les bénéficiaires et agir sur les réductions des subventions qui font qu’aujourd’hui par exemple « nous avons un problème de volume d’hydrocarbures disponible à l’exportation ».

 

La « patate chaude » des réformes tardives

 

Le dirigeant du parti d’opposition présidé par Ali Benflis a reconnu qu’il redoutait bien que « la patate chaude » des réformes structurelles qui comportent des mesures impopulaires soit laissée un jour à un gouvernement issu de l’opposition, dans une Algérie qui aura failli économiquement. « On a perdu deux années et demie depuis le 14 juin 2014, date du retournement du marché pétrolier à la baisse » a-t-il rappelé pour expliquer qu’avec ce cadrage triennal qui ne dit pas comment la conjoncture va se redresser sans mesures incitatives, la perte de temps continue face à la crise qui arrive.

Ahmed Attaf a illustré son propos avec le projet adopté « en grande fanfare au conseil des ministres » d’ouvrir le capital de deux banques publiques. « Cette disposition a disparu dans le document qui est arrivé à l’assemblée nationale. Qui l’a retiré ? Pourquoi ? »

L’invité du direct de Radio M était intarissable, ce jeudi, sur la faible capacité du gouvernement à conduire les réformes dont a besoin l’économie algérienne « la structure de l’économie algérienne est telle que je l’ai connu il y a quarante ans ». Le PLF pour 2017 ne l’a changera visiblement pas aux yeux de Ahmed Attaf. 

 

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