Algérie Maroc
Frontière entre l’Algérie et le Maroc (dr)

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« C’est moi qui a rédigé la note » préconisant la fermeture de la frontière algéro-marocaine en 1994. Ahmed Attaf, ancien ministre algérien des affaires étrangères, assume cette décision, mais déplore que la situation demeure figée.

 

 L’ancien ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déploré l’absence d’efforts pour débloquer les relations algéro-marocaines, mais il a reconnu que les raisons qui ont poussé à la fermeture des frontières en 1994 « sont toujours en vigueur ». Au cours d’une émission de télévision diffusée mercredi soir, M. Attaf, partisan de M. Ali Benflis pour l’élection du 17 avril prochain, a affirmé que le problème, aujourd’hui, « n’est pas tant dans la fermeture de frontières que dans l’absence d’efforts » pour débloquer la situation.

Assumant totalement la décision de fermer la frontière, il a déclaré : « c’est moi qui a rédigé la note » préconisant cette décision. « C’était une riposte » au rétablissement des visas par les autorités marocaines, a-t-il déclaré. En 1994, au lendemain d’attentats terroristes au Maroc, le Roi Hassan II avait décidé de rétablir les visas de circulation entre les deux pays. En représailles, le président Liamine Zeroual avait décidé de fermer la frontière entre les deux pays.

M. Attaf a affirmé que l’Algérie avait pris cette mesure comme ultime recours. Auparavant, les frontières sont restées ouvertes malgré les réseaux qui acheminaient armes et terroristes en provenance d’Europe, à travers le Maroc, pour alimenter les groupes armés sévissant alors en Algérie. Il a aussi déclaré que dans cette conjoncture difficile, des ressortissants algériens établis au Maroc avaient été spoliés de leurs biens. Ces affaires sont encore pendantes, a-t-il indiqué.

Créer une nouvelle dynamique

Affirmant sa conviction que « ni le problème du Sahara Occidental ni la question des frontières ne resteront indéfiniment » en suspens, il a appelé à lancer des « initiatives dynamiques pour régler les contentieux qui ont provoqué la fermeture des frontières ». Pour lui, « aucun algérien et aucun maghrébin n’est tranquille tant qu’il n’y a pas d’effort pour avancer » sur ces dossier. « Ce n’est pas la fermeture de frontière en elle-même qui me préoccupe, mais l’absence d’efforts » pour dépasser les contentieux, a-t-il dit.

Car pour M. Attaf, le Maroc est un pays « frère ». Rappelant qu’il a entamé sa carrière de diplomate du temps de Houari Boumediene, M. Attaf a déclaré que, contrairement à une idée reçue, tous les chefs d’Etat algériens ont inscrit comme priorité le règlement du conflit du Sahara Occidental et la coopération avec le Maroc. Houari Boumediene considérait que « la sécurité du Maroc fait partie de la sécurité de l’Algérie », selon des documents auxquels M. Attaf a eu accès. Chadli Bendjedid (1979-1992) a « poursuivi inlassablement ses efforts, jusqu’à convaincre le Roi Hassan II de négocier directement » avec le front Polisario. Quant à Liamine Zeroual, dont M. Attaf a été secrétaire d’Etat puis ministre des affaires étrangères, « au cours de ma première entrevue avec lui, il m’a demandé de faire avancer » le dossier des relations avec le Maroc, a-t-il dit.

L’Algérie, première cible des groupes terroristes maliens

Concernant la situation sécuritaire dans la région, M. Attaf a déclaré que le Maghreb et le Sahel constituent désormais « une seule entité sécuritaire ». Selon lui, le conseil de sécurité des Nations-Unies considère le Sahel comme la première menace terroriste.

Il a déploré l’absence d’une structure sahélo-maghrébine pour assurer la sécurité de la région. « Il n’y a pas de vision. Ce n’est pas une question de moyens », a-t-il dit, ajoutant que si les pays de la région définissent une vision et mettent en place une politique, ils peuvent « ensuite demander l’aide des Nations-Unies, et même de l’OTAN ». Mais auparavant, « il faut une vision des pays concernés ». En l’absence de politique régionale, la vision sécuritaire qui s’impose est celle de la France, a-t-il déclaré.

Interrogé sur le bilan de l’intervention française au Mali, il a déclaré qu’il partage celle du président Bouteflika, rappelant que le chef de l’Etat avait félicité l’ancien premier ministre français Jean-Marc Ayrault pour ce qui a été fait au Mali. M. Attaf a toutefois déclaré que l’attaque des groupes terroristes maliens, qui avait servi de prétexte à l’intervention française, ne visait pas à prendre Bamako, mais à neutraliser des casernes dans la vallée du Niger. Les groupes terroristes n’avaient pas l’intention de prendre Bamako, mais de s’installer durablement au nord, pour organiser des attaques contre l’Algérie et contre les autres pays maghrébins, a-t-il dit.