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Frontière Algérie-Maroc: les américains agacés par la persistance d’un ‘conflit périmé’

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La lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel constitue une préoccupation centrale pour les Etats-Unis a indiqué, mardi, sur Radio M Francis Ghilès, chercheur au prestigieux think-Tank CIDOB (Centre d’études des affaires internationales de Barcelone). Il déplore que Rabat et Alger dépensent dans des achats d’armes qui ne seront pas utilisées. 

La visite de John Kerry à Alger aura un volet lié aux fournitures de gaz, et un autre sécuritaire, estime Francis Ghiles.   « Quand un secrétaire d’Etat américain vient à Alger, il voit les dirigeants politiques, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il rencontre les dirigeants sécuritaires ou de l’armée », dit-il. Interrogé s’il estime possible une rencontre avec les généraux Gaïd Salah et Toufik Mediène, respectivement chef d’état-major de l’armée et patron du DRS, Francis Ghilès affirme : « Ça me paraitrait tout à fait normal, c’est plus que plausible ». Il ajoute que « les Américains ont leurs interlocuteurs », et pour eux, « ce n’est pas une situation inédite». Francis Ghilès a écrit, il y a plusieurs années, que le général Toufik Mediène se trouvait en visite à Washington le 11 septembre 2001, une information jamais confirmée officiellement.

 Le Sahara Occidental, un « conflit périmé »

 Selon le chercheur, les américains sont excédés de la persistance du problème du Sahara Occidental qui entrave une bonne gestion de la sécurité au Sahel. « Quels sont les pays qui ont une armée, un appareil sécuritaire et une diplomatie au Sahel ? L’Algérie et le Maroc », répond-il. Il en tire une conclusion « évidente » : « si on veut faire avancer la sécurité en Afrique du nord et au Sahel, il faut un minimum de dialogue » entre l’Algérie et le Maroc, dit-il. Il déplore aussi que « les deux pays dépensent énormément dans l’achat d’’armes, mais personne n’imagine que les deux pays puissent se battre. L’argent va dans l’achat d’avions qui ne seront jamais utilisés ». Pour le département d’état américain, le conflit du Sahara Occidental est « un conflit périmé », affirme-t-il, de manière tranchante : « Aux yeux d’un certain nombre de gens au département d’Etat (américain), ce conflit n’a plus aucun sens. Il faudrait faire avancer les choses ». Selon lui, « les américains souhaitent vivement qu’il y ait un rapprochement, qu’on en finisse ». Pour Francis Ghilès, l’envoyé spécial de l’ONU Christopher Ross fait « un excellent travail » pour faire avancer le dossier. Sans préciser davantage, il affirme que « s’il y a une volonté politique », la solution devient possible. Il y a « tout un éventail de formules possibles », dit-il, insistant : « il y a 500 formules qu’on peut trouver ».

Francis Ghilès se déclare toutefois sceptique lorsqu’il s’agit de pressions, de concessions obtenues sous la contrainte ou de solutions imposées. Il préfère des solutions « gagnant-gagnant », dans lesquelles tout le monde est convaincu de sortir vainqueur. Mais il note que si le Maroc est un allié historique des Etats-Unis, contrairement à l’Algérie, longtemps classée dans le camp opposé, les choses évoluent très vite. « Avec ce qui se passe en Ukraine, en Russie, en Chine, toutes les cartes sont redistribuées. Le Maroc est proche des Etats-Unis, mais le Maroc a du mal à comprendre que les Etats Unis ont des intérêts tout aussi importants en Algérie », ce qui peut jouer contre Rabat, dit-il.

 L’Algérie n’a «absolument rien à voir» avec l’Ukraine

 Concernant la situation en Algérie, Francis Ghilès estime que la comparaison avec l’Ukraine est absolument exclue. Interrogé pour savoir si l’élection présidentielle du 17 avril peut déboucher sur un soulèvement à l’ukrainienne, il a affirmé que « la comparaison est nulle et non avenue ». Pour lui, « la situation géopolitique et historique est totalement différente ». Il a répété : ça « n’a absolument rien à voir », ajoutant : « pour moi, ce sont des affabulations, ça n’a aucun sens. Ça ne veut rien dire ». Il a également déploré que l’Algérie ne soit pas suffisamment audible à l’international. « Beaucoup, aux Etats-Unis, en occident, à Londres et Berlin, aimeraient que l’Algérie ait une voie plus forte sur la scène internationale, que l’Algérie soit pus présente. Elle aura les moyens ou pas, on verra », a-t-il dit, ajoutant : « ll est temps que ce pays s’exprime plus ». Interrogé sur le projet d’Union pour la Méditerranée, il a déclaré qu’il s’agit d’un pan de la politique extérieure de l’Union européenne, qui est un « échec ». Après 11 le septembre, « tout est devenu sécuritaire », et « une vue méprisante envers les arabes et les berbères » s’est développée dans les pays occidentaux, a-t-il dit. Depuis la crise ukrainienne, toutefois, l’occident a un nouvel ennemi, la Russie.