emploi
Pas moins de 55% des travailleurs du secteur privé toute activité confondue n’ont aucune couverture sociale. En chiffres, ils sont 3,6 millions d’Algériens à travailler sans déclaration aux services de la sécurité sociale à savoir la Cnas pour les salaries et la Casnos pour les non-salariés, a constaté Maghreb Émergent après analyse des chiffres officiels communiqués par les différentes institutions de l’Etat durant ce mois de juillet.

En comparant les chiffres annoncés le 4 juillet dernier, par le directeur général de la Caisse nationale des retraites (CNR), Slimane Melouka sur les ondes de la chaine 3 de la radio à ceux révélés aujourd’hui le 29 juillet par l’APS sur les employés des deux secteurs public et privé en Algérie en se rend compte rapidement que plus de la moitie des travailleurs du secteur privé n’est pas déclarée à la sécurité sociale.

Le 4 juillet dernier, Slimane Melouka avait annoncé que le nombre de travailleurs cotisants à la Caisse nationale des retraites (CNR), ne dépasse pas les 7,4 millions. Ce chiffre concerne le total des travailleurs déclarés à la sécurité sociale à l’exception des hauts cadres de l’Etat et les affiliés du ministère de la Défense nationale qui ont des caisses à part. Selon les données publiées ce dimanche, par l’APS en citant l’Office national des statistiques (ONS), les travailleurs du secteur public représentent eux seuls 4,09 millions des 7,4 millions de travailleurs déclarés à la sécurité sociale. Par ricochet, le nombre de travailleurs du secteur privé déclaré à la sécurité sociale est de 3,3 millions.

La même source (APS) nous fait savoir que le nombre total des travailleurs du secteur privé recensés par l’ONS est de 6,9. Ce qui signifie que 3,6 millions de travailleurs du secteur privé ne sont pas déclarés à la sécurité sociale.

Un manque à gagner pour le CNR et l’assurance maladie

Ce chiffre de 3,6 millions de travailleurs algériens qui évoluent dans le secteur informel explique en grande partie les grands déséquilibres qui affectent la trésorerie de la Caisse nationale des retraites. En intégrant ces 3,6 millions de travailleurs non déclarés, le CNR pourrait maitriser ses finances et éviter de recourir à nouveau, à un amendement des modalités du départ en retraite dans un contexte sociopolitique actuel marqué par la multiplication des tensions dans plus d’un secteur.

3,6 millions de contributeurs perdus par le fisc

Les services des impôts sont le deuxième perdant après la Cnas dans cette affaire. Avoir 3,6 millions d’emplois dans le secteur informel veut dire qu’il existe 3,6 millions de revenus imposables entre 10 et 15% qui sont perdus à jamais. L’intégration de ces emplois dans l’asphère formelle aidera à l’amélioration significative des recettes fiscales.

Des chiffres qui déshabillent les officiels

La révélation de ces chiffres remet en cause encore une fois, la crédibilité du discours officiel notamment en ce qui concerne la création d’emplois entre 2000 et 2015. En effet, les responsables de l’Etat et des partis politiques majoritaires au parlement n’arrêtent de venter la création entre 5 et 6 millions de postes de travail entre 2000 et 2015, or on ne trouve aucune trace à ces postes d’emplois ni dans les chiffres de la CNR, ni dans ceux de l’ONS. Cette donnée témoigne aussi de l’échec de toutes les tentatives menées par les pouvoirs publics pour éradiquer le secteur de l’informel en l’intégrant dans circuits de l’économie formel. Ni les campagnes de chasse aux marchés de l’informel menées par le gouvernement d’Abdelmalek Sellal, ni les efforts consentis par les services de la Cnes et la Casnos pour lutter contre le travail non déclaré n’ont donné de résultats.