« Le changement viendra fatalement, la question est de savoir si l’on doit le préparer ou s’il surviendra dans la pagaille », assure Benbitour.

Changer ou périr, tel est le froid postulat de l’ex-chef de gouvernement, Ahmed Benbitour qui prédit de sombres lendemains pour l’Algérie, faute d’un sursaut salvateur qu’initiera l’élite.

Invité au Forum de Liberté, Benbitour dresse un tableau noir de la prochaine décennie, et évoque des lendemains peu amènes pour la santé économique du pays. L’ex-chef du gouvernement  échafaude son argumentaire sur un prix du baril en net recul, après les années fastes s’étalant de 2005 à 2013.  Cette vulnérabilité économique se traduit par une forte dépendance de l’étranger en matière de biens de consommation essentiels. 

Les recettes d’hydrocarbures ont drastiquement diminué passant de 63 milliards de dollars en 2013 à  27 milliards de dollars en 2016, a-t-il rappelé en signalant qu’en contrepartie, l’absence de planification aidant, la facture d’importation de marchandises est tombée de 55 milliards de dollars en 2013 à 49 milliards US$ en 2016 enregistrant une perte de valeur de 11%.

Selon l’invité du Forum, les ponctions sur les réserves en devises cumulées jusque-là et vont se poursuivre dans un contexte peu reluisant. A ce rythme, le stock des réserves de change sera inéluctablement épuisé à l’horizon 2020- 2021, avertit Benbitour qui ajoute que même le recours à l’endettement sera alors problématique, sinon impossible.   

Il plaide néanmoins pour une nouvelle vision économique, et exhorte à  accélérer le rythme des réformes et à  diversifier l’économie nationale. Il souligne particulièrement l’importance de la création  d’emplois pour les jeunes diplômés universitaires comme il encourage « les incitations à l’emploi dans le secteur privé ». Benbitour appelle en outre à faire du secteur de l’énergie un secteur de développement. Le pays doit s’engager dans la quatrième révolution industrielle et favoriser une décentralisation totale de la décision d’investir au  niveau régional, recommande-t-il.
Aussi, Benbitour martèle-t-il que le changement en Algérie est « inéluctable ». « Le changement viendra fatalement, la question est de savoir si l’on doit le préparer ou s’il surviendra dans la pagaille », dit-t-il. « Le changement interviendra car il y a une crise de fonctionnement du système (…) 2021 est une date fatale, il faut qu’on fasse des changements ou l’on se retrouvera dans une situation difficile, car il y aura même pénurie de moyens de consommation. On ne va pas y faire face avec la politique actuelle. J’espère me tromper, mais il faut s’y préparer sérieusement », s’alarme-t-il par ailleurs lors de la conférence-débat sous le thème « La mission des élites dans la sauvegarde du pays ». Elite qu’il encourage à saisir l’opportunité de prendre le leadership du changement. «L’innovation en matière d’organisation du travail politique peut venir de l’utilisation des possibilités offertes par les nouvelles technologies », indique-t-il non sans conclure en déclarant : « “Les élites ont perdu l’opportunité d’assumer le leadership du lancement de la Révolution de Novembre, elles continuent à le payer jusqu’à aujourd’hui. Si elles ratent une opportunité de prendre le leadership du changement, aujourd’hui, ce sera la marginalisation définitive ».