Coucher de soleil à Bousaada (zitouni rachid ramdane/flickr)

Privilégiée par un potentiel naturel et culturel exceptionnel, Boussaâda nourrit la nostalgie de « l’âge d’or » de l’activité touristique des années soixante-dix du siècle dernier, tout en entretenant l’espoir d’une relance véritable et pérenne de celle-ci, à la faveur d’un retour, certes timide mais prometteur des touristes nationaux et étrangers.

 

Les avis ne peuvent qu’être unanimes à son sujet : Boussaâda, la « cité du bonheur », porte bien son nom tant elle exerce un attrait indéfinissable sur ses visiteurs. « Quand on y va, on y retourne indubitablement! », martèlent fièrement ses habitants. Cette localité du sud-ouest du Hodna dans les Hauts-Plateaux, au pied des monts des Ouled Naïl de l’Atlas saharien a été « bénie » par Dame nature par d’innombrables atouts, faisant d’elle une des destinations les plus prisées, au lendemain de l’indépendance, autant par les nationaux que les étrangers.

 Des touristes par processions

 « Je me souviens des processions de bus déversant les touristes étrangers. Les hôtels ne suffisant pas, on leur préparait des tentes mais ils appréciaient surtout dormir à la belle étoile du côté de l’oued et de la palmeraie. Souvent, ils frappaient à nos portes pour solliciter notre hospitalité et aimaient tisser des liens avec les locaux! », raconte, nostalgique, Abdelkader Mahmoudi, commerçant dans le vieux quartier de la ville.

Déplorant que celui-ci ne soit plus ce qu’il était à l’époque, il désigne de sa main les échoppes aux rideaux baissés, agencées selon leurs spécialisations en artisanat, en épices, en torréfaction… « Que reste-t-il de cette antique Casbah comme vous le voyez ? », lâche-t-il sur un ton amer.

« Pour ma part, je garde en mémoire l’image de ces nombreux Européens qui jouaient ici à la guinche (cartes) et qu’on recevait chez nous. Il leur arrivait même de dormir à même des cartons mais n’en avaient cure tant ils appréciaient notre région », témoigne Mohamed B., un autre natif de la cité, retraité de son état.

L’arrivée massive d’une population étrangère à la ville fuyant les affres du terrorisme durant la décennie 90 a accentué la déliquescence de cette cité, relèvent ses habitants qui expriment un « agacement » face à l’absence de civilité et pis encore, par le phénomène de la délinquance. Une situation qui les contraint à « limiter leurs fréquentations aux anciennes connaissances et à réduire leurs sorties de chez eux », avouent-ils.

Le retour de la sécurité aidant, les Boussaâdis se réjouissent aujourd’hui d’une reprise graduelle de l’activité touristique, depuis peu, illustrée par la « réapparition » de touristes étrangers, dont ceux prenant connaissance, pour la première fois, de cette pittoresque localité. « Même si elle est assez timide pour le moment, elle nous permet de croire que le tourisme retrouvera définitivement sa vigueur d’antan! », considère-t-on.

 

Des attributs historiques, naturels et culturels

 

La réputation touristique de Boussaâda, à laquelle on attribue une luminosité exceptionnelle, est grandement liée au personnage de l’orientaliste et artiste Alphonse Etienne Dinet, qui portait le nom de Nasseredine après sa conversion à l’islam.

Outre le patrimoine de Dinet, cette daïra de la wilaya de M’sila et relativement proche de la capitale (240 km), compte aussi d’innombrables sites naturels saisissants, dont le superbe mont Kerdada auquel elle est adossée. Ce mont renvoie aussi à l’hôtel éponyme qui constitue, pour de nombreux visiteurs, un prétexte pour se rendre à cette région, en raison de son architecture mauresque et de sa portée historique.

Boussaâda est notamment réputée pour son « moulin Ferrero », du nom de son concepteur, Antoine Ferrero, un italien émigré en Algérie vers 1867: Erigé le long de l’oued, au creux de la palmeraie, le lieu a de tout temps été prisé pour le décor sublime de ses gorges rafraichissantes et contrastant avec l’aridité environnante. Une réplique de l’ouvrage est érigée à l’entrée de la ville, en contrebas de l’ex- fort colonial qui surplombe celle-ci.

Par ailleurs, l’on retrouve la dimension historique de Boussaâda en arpentant son vieux quartier (Ksar) abritant, entre autres, le musée Etienne Dinet et l’antique mosquée « Ennakhla », bâtie en 1120 par l’une des figures religieuses de la région, Sidi Brahim El-Ghoul. L’on y visite également l’école de Sidi Thameur (ex-Louis Chalon), érigée par les colons français au siècle précédent et la Zaouïa d’El Hamel, l’une des plus connues d’Algérie.

Il est à noter, en outre, un fait historique peu anodin: c’est dans cette cité que l’Armée de libération nationale (ALN) était devenue, ), à l’issue d’un conclave de son Etat-major tenu le 27 août 1962, l’Armée nationale populaire (ANP), au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale du pays.

L’artisanat local (maroquinerie et tissage notamment) ainsi que l’art culinaire typique font également la notoriété de cette daïra associée à des mets comme la « Tchakhtoucka » et le « Zfiti », très appréciés pour leur saveur relevée. Partageant un des pans du patrimoine culturel des Ouled Naîl avec des wilayas limitrophes, Boussaâda se distingue également pour le style musical « naïli » à la cadence très écoutée.

En périphérie, « La cité du bonheur » propose d’autres sites naturels tout autant attractifs, comme la forêt d’ »Aïn Ghorab » ou encore « Djebel Messâad », fortement sollicités en temps de canicule pour la fraîcheur qu’ils procurent. Durant le ramadhan, des dizaines de familles y rompent le jeûne et ne rentrent chez eux qu’au petit matin. Le village El-Alleug, tout de « Toub » (argile) érigé, mais quasiment abandonné par ses habitants, constitue néanmoins une autre escale de découverte et de villégiature.