Le processus politique en Algérie vit des moments historiques dans une période de questionnements quant au parcours de cette jeune république de 57 ans, qui avec la fin de la génération révolutionnaire biologiquement en sursis, s’interroge sur les choix et non choix qui ont jonché son jeune parcours et qui a pu engendrer autant de réalisations que d’échecs sur divers aspects de la vie nationale.

Comme peuvent l’être la construction des institutions et la gouvernance, la capacité d’élaboration des modèles de développement et de prospective économique et sociale et la mise en place des instruments pour leur exécution, les moyens de promouvoir le bien être des Algériens, de leur prospérité individuelle et collective et les moyens de la pérenniser, les droits fondamentaux et autres droits admis par la collectivité comme sujets à régulation collective, tant sur le plan sociétal qu’économique, culturel que cultuel… Autant de sujets qui nécessitent une reformulation et la reconstruction d’un contrat politique national.

Dans des périodes de questionnements aussi profonds, de rupture avec l’ordre établi et de fragilité institutionnelle, le propre des démarches politiques est de proposer la reconstruction sur la base de fondements consolidés par un large consensus l’édifice institutionnel par la participation effective des citoyens. Elles se déploient notamment quand les institutions sont balbutiantes à travers une reformulation constitutionnelle, pierre angulaire de tout régime politique, qui dans des périodes de refondation ne peuvent se contenter d’amendements constitutionnels, mais d’une reformulation visionnaire du rôle des institutions, du système de gouvernance et des modalités de son contrôle, et des règles de droit qui constituent les fondements nationaux, individuels et collectifs.

Toute refondation constitutionnelle se doit d’être issue d’un processus constituant, soit par l’élection d’une assemblée constituante, soit à travers un référendum populaire sur un texte issu du consensus politique. La crise de confiance et le besoin immense de sens politique et de participation des citoyens à l’édifice national exigent que cette reformulation constitutionnelle soit l’émanation de l’élection d’une assemblée constituante par des élections incontestées et incontestables. 

L’incapacité aujourd’hui de produire une élection incontestée et incontestable exige de tout acteur ou observateur politique un réalisme redoublé pour permettre au pays de sortir de l’ornière étriquée des tenants d’un pouvoir, incapables d’une quelconque reformulation nationale mais de la continuité de l’échec car otages de leurs choix, de leurs parcours d’acteurs décisifs du passif et de l’actif et prisonniers d’une appréciation qui ne peut être que biaisée des réalisations et errements, de la bonne employabilité ou du gaspillage incommensurable de ressources nationales incapables d’une quelconque réappropriation ou regard critique, rendu encore plus impossible quand on se définit soldats en activité au service du pays. 

Doit-on rester condamnés à subir les coups de boutoir issus des rapports de forces politiques capables de pondre une trouvaille juridique si significative de leur logiciel politique, celle de la politique du fait accompli, sans aucun respect pour le droit. Biberonnés d’une tradition de clandestinité issue des impératifs de l’extraordinaire révolution nationale, ils sont incapables d’institutionnaliser les rapports de pouvoirs d’une manière transparente dans le cadre du droit, allant jusqu’à considérer la transparence comme un danger pour la sécurité nationale, car incapables de consacrer les instruments de la gouvernance d’un état moderne, fondé sur un pouvoir et des contre-pouvoirs légitimes et consensuels. 

Comment peut-il en être autrement quand on considère que le destin national est le monopole d’acteurs cardinaux, capables d’élever des papes, des pères de la cause nationale, capables de fumée blanche comme de fumée noire et de régressions loin d’une quelconque fécondité, si ce n’est de perpétuer une emprise sur un destin confisqué, et de permettre une constellation de satellites de différentes pondérations et distances autour d’un noyaux dure du système de régenter les gravitations ou autres projectiles con-stellaires. Au risque d’un débat stratosphérique, le réalisme politique veut qu’on -puisse admettre que ce système cosmique puisse tourner autrement qu’autour d’un soleil unique, capable de pulvériser tout météore imprévisible qui s’approcherait de trop près de l’astre, absorbant son énergie et sa matière. Il est plutôt souhaitable du système politique que de s’asseoir sur des pôles mobilisateurs d’énergies, attirant sans brûler les éléments les plus moteurs dans la formulation de solutions et la consolidation de la stabilité du système politique par un équilibre des pôles et des projets d’avenir, en constante reformulation et maturation. 

Doit-on se résoudre à reformuler un système politique autour d’un soleil qui éclairerait le destin national et accepter qu’il constitue une telle masse de propositions tout azimut qu’il risque de produire le trou noir politique qui engloutit les énergies et dans lequel on perpétue la clandestinité d’un pouvoir incapable d’accepter les éléments constitutifs de la bonne gouvernance fondée sur une suffisante transparence dans la formulation de projets émanant des entrailles de la société et structurés et priorisés par des élites responsables et clairvoyants produits des polarités politiques. Doit-on se résoudre à la personnification du combat politique, produisant quelques luminosités occasionnelles des circonstances qui perturberaient les longues nuits polaires, afin de redonner un minimum de vie dans un désert politique sciemment entretenu, pour nous produire un combat intra-muros aussi polarisant que porteur de risque de confrontation tout azimut, de danger pour la cohésion nationale. Ou se mobiliser pour ne jamais plus permettre le froid politique et exiger un système solaire éclairé par plusieurs sources d’énergies renouvelables de la volonté des peuples et de leur soif dans la formulation de consensus, d’équilibres capables de déminer le champ politique et produire les solutions d’une participation effective de la société dans la formulation des solutions et la construction de son avenir. Maintenir des flammes sans lesquelles l’appel à la puissance de l’éclairage astral continuera à justifier sa centralité dans la bonne marche du système solaire.

Un système aussi parfait soit-il ne peut faire l’économie de la participation effective de ses forces vives dans sa constante réforme, ne peut faire l’économie d’une identification à des ambitions individuelles au service de la collectivité, au risque de produire l’irresponsabilité collective d’un pouvoir anonyme, loin de correspondre aux idéaux de novembre, même si l’ambition collective qu’il a porté s’est cristallisée contre toute personnalisation du pouvoir, sous les impératifs de la clandestinité. Il est temps de cristalliser l’ambition collective issue de l’appel du premier novembre dans un système politique capable de produire les personnes et projets enrichies par les expériences, les réussites et les échecs des uns et des autres, pour permettre une production continue de solutions et d’alternatives, loin d’atrophier un corps national par l’hypertrophie d’une colonne vertébrale oubliant que son mouvement est d’autant plus alerte et rapide qu’il possède les organes et muscles qui définissent sa bonne marche et son déploiement. Il est naturel que les organes vitaux soient capables de produire les processus de survie en période grave d’agression ou de longue maladie, appelant à la mobilisation effective des parties saines du corps national, mais il est anormal qu’on ne puisse concevoir le fonctionnement du corps national sans les anticorps, capables de continuellement défendre la bonne marche nationale. 

Aucune solution fondamentalement hiérarchisée ne peut prendre la mesure des innombrables défis qui attendent la bonne marche du corps national, sans une participation active de la société à l’élaboration et à l’exécution des solutions aux défis du moment. Une direction des ressources aussi centralisée et compétente soit elle, peut permettre la structuration d’un groupe autour d’objectifs tactiques et stratégiques d’un périmètre d’intervention réduit à la portée d’une forte concentration des prérogatives, que cela soit dans l’organisation d’entreprise ou l’organisation d’un commandement militaire. Cette centralité et forte hiérarchisation devient un frein insurmontable si on ne permet pas à la société de respirer de ses pleins poumons et d’employer son ingéniosité dans la formulation et l’exécution de solutions à divers sujets complexes et multidisciplinaires dont le spectre peut dépasser le système solaire et aborder des cieux aussi vastes qu’inconnus.