L’Algérie est en quête d’investisseurs étrangers pour son secteur des hydrocarbures par l’assouplissement des clauses contractuelles et l’intensification de l’exploration.

 

En mars dernier, la compagnie pétrolière nationale Sonatrach a annoncé qu’une enveloppe de 9 milliards de dollars serait consacrée à l’exploration pétrolière. Une centaine de puits par an seront forés en moyenne sur les quatre prochaines années.

Globalement, l’entreprise devrait investir plus de 50 milliards de dollars, dont 70 % proviendront de ses fonds propres, dans le but de stimuler sa production pétrolière, en berne depuis 2008,  de 14 % et dépasser les 230 millions de tonnes d’équivalent pétrole d’ici à 2021.

Cette décision intervient à la suite de la baisse de la production de pétrole qui est passée de 1,09 million de bpj en décembre à 1,05 million de bpj en janvier et février selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

A la fin de l’année dernière, l’OPEP avait décidé de réduire la production mondiale de brut pour faire face à l’offre excédentaire et ramener les cours aux niveaux observés avant 2014. Le pays avait alors consenti une réduction de 50 000 bpj. Il n’y est cependant parvenu qu’à hauteur de 72 % selon les rapports de la presse à la fin mars.

 

Des décisions audacieuses

 

Afin de renforcer son secteur en amont, l’Algérie se tourne vers des territoires jusque là inexplorés, à l’image des régions du Nord et de l’offshore qui sont visés pour la première fois.

Sonatrach a ainsi signé en mars un accord d’exploration en pleine mer avec le géant pétrolier italien Eni afin de trouver de nouvelles réserves. Eni apportera son expérience après son exploration des gisements de gaz offshore au Mozambique.

Par ailleurs, un porte-parole d’Eni a évoqué dans une communication la contribution d’ExxonMobil par son savoir en matière d’exploration en eaux profondes et son expérience dans le Golfe du Mexique.

Sonatrach a également achevé l’année dernière une étude sismique offshore pour sonder les gisements d’hydrocarbures sous-marins potentiels. Elle aurait abouti à des « résultats intéressants » dans le port de Béjaïa sur le littoral est, ainsi que près d’Oran à l’ouest.

 

Un paysage en pleine mutation

 

D’autres raisons expliquent le renforcement des opérations en amont. Nourredine Bouterfa, ministre de l’Energie, a effectivement déclaré en début de mois qu’une révision de la loi des hydrocarbures algérienne était en cours d’examen. Dans sa déclaration, M. Bouterfa avait d’ailleurs fait référence à un allègement fiscal et l’amélioration des termes contractuels visant les entreprises étrangères du secteur afin de stimuler la compétitivité.

Le cadre juridique du secteur de l’énergie a souvent été critiqué par les acteurs internationaux qui le considèrent trop rigide pour permettre un engagement sur le long terme et plus important.

La dernière révision de ce code remonte à 2013, alors que le pays cherchait à renforcer l’attractivité de l’investissement dans l’exploration des ressources non-conventionnelles telles que le tight gaz, tight Oil et schiste. En avait découlé différents avantages et exonérations fiscales, notamment sur les activités professionnelles et la TVA.

 

Focus sur le gaz

 

L’Algérie fait partie des grands fournisseurs de gaz de l’Europe et continue également a suscité un intérêt renouvelé. Les autorités Algérienne souhaitent ainsi augmenter sa production de 13 % au cours des deux prochaines années afin d’assurer l’approvisionnement de son marché national et ses clients et partenaires européens en priorité.

Autorités algériennes et représentants de l’UE se sont rencontrés à la mi-avril afin de prolonger les contrats de fourniture en gaz à long terme, un grand nombre de ces derniers arrivant à échéance entre 2018 et 2019.

Pour mettre en avant son attractivité tout en gardant la flexibilité nécessaire afin de s’adapter au contexte du marché actuel, Sonatrach a annoncé en début d’année un assouplissement des contrats de fourniture de gaz, en abaissant la durée moyenne d’engagement de 20 ou 25 ans à 10 ou 15 ans.

L’ouverture progressive du pays aux investisseurs étrangers a permis une amélioration des relations avec les compagnies pétrolières internationales. Sonatrach et le géant pétrolier français Total ont signé un accord en avril en vue de régler les différends qui pesaient sur les termes des contrats portant sur les projets de gaz naturel de Timinoun et Tin Fouye Tabankort.

Situé dans l’ouest du pays, ce projet de Timimoun constitue la première phase du grand projet de gaz du sud-ouest, qui devrait ajouter 16 milliards de mètres cube à la production gazière algérienne d’ici à 2018.

« Parallèlement au développement de nouveaux gisements, des projets d’investissements sur des gisements en exploitation sont en cours afin d’assurer des apports supplémentaires en production, principalement au niveau d’Alrar, Hassi Messaoud et Hassi R’Mel, ajoute Abdelmoumen Ould Kaddour, PDG de Sonatrach, dans un entretien exclusif avec OBG en avril, dont l’intégralité sera publiée dans The Report : Algeria 2017. Nous poursuivons également nos efforts de développement dans le sud-est, à travers la mise en service des gisements gaziers de Tinhert, Isarène et des périphéries de Bir berkine et de Gassi Touil. »

Les différents accords signés avec les multinationales devraient améliorer les perspectives à court terme du secteur du gaz naturel. Les exportations de gaz devraient ainsi passer de 54 milliards de mètres cube l’année dernière à 57 milliards de mètres cube en 2017, selon les chiffres communiqués par Sonatrach.

 

Vue d’ensemble

 

Les hydrocarbures représentant les deux-tiers des exportations de l’Algérie et 35 % de son PIB selon l’OPEP, l’économie est vulnérable aux cours mondiaux des matières premières.

La baisse des cours du pétrole enregistrée depuis la mi-2014 a vu les recettes des exportations d’hydrocarbures baisser de 60,3 milliards de dollars à 35,7 milliards de dollars en 2015 pour atteindre 27,5 milliards de dollars l’année dernière.

Le gouvernement a été contraint en conséquence de resserrer ses dépenses de 9 % en 2016, une nouvelle baisse de 14 % ayant été approuvée cette année.

En dépit des efforts de consolidation budgétaire, le FMI maintient ses prévisions de déficit du budget gouvernemental à 9,3 % du PIB cette année. Les prévisions à long terme pourraient néanmoins faire place à une embellie si les mesures récentes en faveur de l’exploration et des partenariats avec les grands noms du pétrole et du gaz portent leurs fruits.