Image journaux algériens
« Un colonel s’occupe de la distribution des pages aux médias favoris dans les officines du DRS. L’Etat avec son monopole a cassé le marché de la publicité », assure Omar Belhouchet.

L’ouverture du champ  audiovisuel au privé s’est effectuée dans une totale précipitation, suite à la panique des pouvoirs publics  devant le tumulte du printemps arabe, a indiqué Omar Belhouchet, directeur de publication d’El Watan, lors de son passage sur Radio M. Cette ouverture dans l’urgence a pêché par un manque de modèle de régulation contrairement à celui vu à la faveur de l’ouverture démocratique à l’ère  Hamrouche. Une ouverture réfléchie, organisée et surtout assumée. L’ouverture de la presse au secteur privé était soutenue, alors qu’en 2011 l’ouverture du champ audiovisuel a été une ouverture par effraction.

« Celle-ci a été imposée par les révoltes arabes et il y a eu panique dans le sérail», note-t-il en ajoutant : «l’on a choisi quelques têtes d’affiche auxquels l’on a donné des moyens sans stratégie aucune». Il fait ici un comparatif et convie à l’exemple la commission nationale à l’époque de Mouloud Hamrouche,  présidée par l’ex-ministre, Mohamed Ghrib, auquel il reconnait le talent et l’intégrité et qui a su travailler en partenariat et en parfaite intelligence avec les représentants des collectifs naissants, dont celui d’El Watan. Il énumère tout un mode d’action, une stratégie et des moyens alloués à l’aide de ces journaux qui allaient éclore dans l’effervescence démocratique d’alors.

Le secteur privé de la presse est né avec l’aide nécessaire qui s’est immédiatement traduite par des capacités de travail, dont des mesures phares comme celle qui a consisté à capitaliser deux années de salaires. Soit six millions de dinars pour El Watan, précise Belhouchet, et qui ont permis de payer  ses frais d’impression. Il cite également une année de soutien au prix du papier, pour l’ensemble des titres. « Je n’ai pas été pistonné je n’ai pas reçu de publicité ni de milliards à flots… », se défend-t-il.

« Il fallait tenir le pari et relever le défi, nous avions abordé des sujets qui étaient tabous à El moudjahid,  ceux-ci allaient de sujets d’ordre social comme la sexualité jusqu’aux grands dossiers  ésotériques de l’histoire de la guerre de libération nationale en rapport avec des personnalités comme comme Abane Ramdane, Messali El Hadj ou Krim Belkacem… Certains journaux ont rapidement réussi car nous avions commencé à faire notre métier. La rencontre avec les lecteurs était grandiose», témoigne Belhouchet qui épingle l’Etat sur son implacable monopole sur la publicité.

« Le monopole de l’Etat sur la publicité est une machine de guerre», assène-t-il. Et de poursuivre : « Nous ne pouvons pas nous lancer dans l’aventure des chaines privées si le monopole de l’Etat sur la publicité est maintenu.  C’est ce que nous avions maintenu à l’aune de l’ouverture démocratique dans un communiqué», précise-t-il en imputant l’établissement de ce monopole en 1993 à Belaid Abdesselam,  premier ministre.

« Le monopole de l’Etat sur ce créneau est une machine de guerre utilisée par les pouvoirs publics pour punir ceux qui ne sont pas sur le droit chemin. Affaiblir l’expression dans notre pays et continuer à sévir», soutient-il.

IInterpellé sur la possibilité de gagner de l’argent sur le broadcasting tv Belhouchet répond immédiatement par la négation arguant que les prix de la publicité sur ces chaines sont en dessous du seuil tolérable et qu’il est impossible aux télévisions de continuer à fonctionner en pareil cas.

« Est-ce que ces chaînes de télévision ne profiteraient pas de ressources financières occultes», s’interroge-t-il. « Le système audiovisuel né en Algérie à l’issue du printemps arabe n’est pas fiable. Et la bulle risque d’exploser d’un moment à un autre. » Il cite au passage une chaîne sur la place d’Alger qui est en vente, croulant qu’elle est  sous une dette de quelques 800 à 900 milliards de centimes. A la question de savoir à quoi serait due la baisse des revenus publicitaires, Omar Belhouchet affirme que ce marché est chahuté et brisé par les pouvoirs publics. Selon lui, le chiffre d’affaires du marché publicitaire en Algérie est ridiculement bas.

« Ce chiffre d’affaires est inférieur à celui de la Tunisie ou du Maroc. Il est de 250 millions de dollars alors qu’au royaume chérifien il est d’un milliard de dollars pour un nombre égal d’habitants. Idem pour le pays du jasmin qui affiche 300 millions de dollars pour 11 millions d’habitants. Ce résultat s’explique par le monopole de l’Etat sur la publicité publique et institutionnelle. La rare publicité qui passe dans quelques journaux est celle orientée vers des titres « privés » crées de toute pièce par les autorités qui tentent de faire croire à une diversité médiatique», assène-t-il.  « Un colonel s’occupe de la distribution des pages aux médias favoris dans les officines du DRS. L’Etat avec son monopole a cassé le marché de la publicité. C’est antiéconomique, ce n’est ni plus ni moins qu’une opération politique d’étouffement de la presse et de la liberté d’expression», conclut-il.