Galas Ouargla
Il est devenu de plus en plus difficile aux pouvoirs publics d’organiser des soirées artistiques ouvertes au grand public. L’opposition des groupes de citoyens aux initiatives artistiques initiées par les autorités sont devenu récurrentes au cours de ces derniers mois. Plusieurs galas artistiques ont été tout simplement annulés à cause de la pression exercée, dans la rue et sur les réseaux sociaux, par des groupes d’individus qui donnent souvent un caché religieux à leurs actions.

Le 27 octobre dernier, le wali de Constantine annule un gala artistique que devrait animer le chanteur de Raï El Houari Mannar, le 31 du même mois, à l’occasion du 63è anniversaire de déclenchement de la guerre de libération nationale. Le wali a fini par céder aux grandes campagnes menées sur les réseaux sociaux contre ce jeune chanteur pour des raisons liées à sa vie privée et à son style musical. L’annulation de cette activité a servi d’exemple pour d’autres wilayas du pays.

Comme chaque année, les services de la direction de la culture de la wilaya de Bejaia ont tracé un programme artistique riche en activités pour animer les soieries du mois du ramadhan. Sauf que cette année, des voix se sont élevées à Bejaia pour protester la programmation des galas du raï. Islamistes, partisans du MAK, élus locaux, militants politiques, députés, chanteurs locaux et pages facebook locales ont tous soutenu cette campagne intitulée « Contre les chanteurs des cabarets ». Le 23 du mai, les services de la wilaya annonçaient l’annulation du gala.

Samedi dernier, le gala artistique animé par le chanteur raï Kader Japonais dans la ville de Béchar a failli tourner au drame. Et pour cause ? Une manifestation organisée par des dizaines d’habitants de la ville devant l’entrée de la salle qui a abrité l’activité. Les manifestants ont demandé aux autorités d’arrêter le gala et de distribué l’argent cette activité aux nécessiteux de la région. Pendant leur sit-in organisé devant l’entrée de la salle, les manifestants ont scandé des slogans appelant à la relance économique, au renforcement du développement local et la création des postes d’emploi. Les organisateurs de l’activité ainsi que les forces de l’ordre ont trouvé d’énormes difficultés à convaincre les protestataires de se disperser dans le calme et laisser le gala se dérouler normalement.

Jeudi soir, des dizaines de manifestants ont réussi à forcer les autorités locales dans la wilaya de Ouargla à annuler une semaine culture programmée au théâtre de verdure de la ville. Après la prière du Maghreb, des foules nombreuses ont démarré des mosquées en direction de théâtre de verdure pour demander l’annulation des galas programmés ces jours-ci. Après un sit-in qui a duré jusqu’à une heure  tardive de la nuit devant l’entrée du théâtre de verdure. Les autorités ont fini par céder en annonçant l’annulation toutes les activités artistiques programmées pour cet été. Quant aux motifs de cette action, une source locale a indiqué à Maghreb Emergent que les manifestants estiment que l’argent dédié à l’organisation des galas devait servir le développement local. « Les protestataires estiment qu’il est inconcevable d’organiser des galas dans une ville qui manque de tout. Ils réclament des piscines, du travail, des logements et autres », dit-elle

Des appels pour bloquer d’autres festivités

La réussite des actions menées à Constantine, Bejaia et Ouargla ont servi d’exemple pour d’autres wilayas. Dans la wilaya d’El Oued, des activistes sur les réseaux sociaux ont lancé des appels à une mobilisation populaire contre le gala qui devraient animer trois chanteurs raï jeudi prochain dans leur ville. Les mêmes motifs ont été avancés pour mobiliser la rue. La page facebook wilaya de Sidi Bel Abbes a lancé de son côté un appel à la population pour qu’elle s’oppose à l’organisation du festival de la chanson raï dans la ville de Sid Bel Abbes cet été.

Explications d’un sociologue

Sociologue et journaliste Samir Larabi nous explique ce phénomène par trois facteurs. Il cite en premier lieu le recul de l’autorité de l’Etat. « L’annulation de deux activités culturelles à Constantine et Bejaia suite à des pressions a ouvert la voie d’autres groupes de tenter d’empêcher des activités artistiques dans leurs localités », a-t-il expliqué. Il ajoute : « Les autorités publiques n’auraient pas dû céder face à ces courants ». Le deuxième élément est lié à la domination de la culture conservatrice. « Nous assistons au retour des idées conservatistes que certains essayent d’imposer à toute la société algérienne. On a tendance à interdire toutes les activités de divertissement dans ce pays », dit-il. Le troisième et dernier élément est lié à la crise économique qui frappe le pays. « À chaque occasion des extrémistes de tout bord apparaissent et tentent d’occuper le terrain en véhiculant des discours populistes », a-t-il expliqué

Interrogé sur l’ampleur que pourrait prendre ce phénomène au futur, il nous dira qu’il est encore prématuré pour le savoir. Par ailleurs, il estime nécessaire de faire barrage à ces tentatives qui visent à éliminer toute activité culturelle. « Rien ne peut justifier l’empêchement d’une activité artistique. Ceux qui ne sont pas intéressés par une activité culturelle quelconque n’ont qu’à ne pas s’y rendre », a-t-il suggéré. Et de conclure : « On ne peut pas imaginer l’interdiction du festival du raï à Sidi Bel Abbès ».