FMI Algérie
Le Fonds veut davantage d’assouplissement des réglementations du marché du travail (Ph. FMI)

FMI Algérie

 

L’Algérie a « d’importantes marges de manœuvre sur les plans extérieur et budgétaire », mais plusieurs menaces « pèsent sur sa stabilité macroéconomique », selon le FMI. Les « déficits devraient se creuser », prévoit cette institution financière internationale dont certains membres de son Conseil d’administration recommandent « la création d’un fonds souverain ».

Dans un communiqué, publié jeudi 11 décembre, résumant la situation économique et financière de l’Algérie, le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) établi un diagnostic et averti des menaces à venir. Si « l’activité économique s’est raffermie en 2014 », le déficit budgétaire « devrait se creuser à plus de 7% en raison du recul des recettes d’hydrocarbures » accompagnée du « nette hausse des dépenses d’investissement » et autres « dépenses courantes », estime l’institution. Pour l’exercice 2014, le FMI prévoit une croissance du PIB « à 4,0% contre 2,8% en 2013 » et une « progression du secteur des hydrocarbures pour la première fois en huit ans » et « dans les autres secteurs ». Il note un « net repli » de l’inflation « pour se situer à 2,1% » grâce en partie « au resserrement de la politique monétaire », explique le communiqué.

« L’Algérie continue à avoir d’importantes marges de manœuvre sur les plans extérieur et budgétaire mais les menaces qui pèsent sur la stabilité macroéconomique s’accentuent », affirme le Fonds. Il explique que « pour la première fois en près de 15 ans, le compte des transactions courantes devrait se solder par un déficit » et qu’à moyen terme, « les déficits devraient se creuser », portés par « la forte consommation intérieure d’hydrocarbures et la baisse des cours du pétrole », au moment où « les importations, stimulées par les dépenses publiques, continuent d’augmenter ». Le FMI note que « les exportations ne sont pas suffisamment diversifiées et l’IDE est freiné par les restrictions sur l’actionnariat ». Selon la même source, les recettes hors hydrocarbures « sont inférieures à leur potentiel, la masse salariale est élevée, et les subventions et transferts sont coûteux, représentant environ 26% du PIB ».

Une stabilité économique et des insuffisances

Si, pour le FMI, l’Algérie « jouit d’une stabilité macroéconomique », elle a besoin « d’une croissance plus rapide » pour « créer suffisamment d’emplois ». Le Fonds estime que les investissements effectués dans le secteur public « sont peu efficients ». Alors que dans la croisse du secteur privé « est entravée par un lourd climat des affaires », un « secteur financier insuffisamment développé » et « une intégration internationale limitée ». Sont également pointés du doigt « les rigidités » du marché du travail et « l’inadéquation des qualifications » qui « limitent » l’impact de « croissance économique ».

Les administrateurs du FMI qui « se félicitent du regain d’activité économique, du nouveau recul de l’inflation et de l’ampleur des marges de manœuvre », ils « constatent en même temps des vulnérabilités croissantes dans un contexte de baisse des prix du pétrole ». Un contexte marqué par la « détérioration de la situation budgétaire et du solde des transactions courantes » et une « diminution de l’épargne budgétaire et des réserves de change ». Ils préconisent de prendre rapidement des mesures pour préserver la stabilité macroéconomique, en les complétant par des réformes de grande envergure pour diversifier l’économie, améliorer la compétitivité et promouvoir une croissance solidaire et la création d’emplois.

Contenir les dépenses courantes

Le FMI appelle à « la nécessité d’un assainissement » des finances publiques, « ancré sur des règles budgétaires crédibles pour remédier au déficit budgétaire croissant ». Le Fonds estime que les recettes hors hydrocarbures peuvent être augmentées par l’élargissement de « l’assiette fiscale » et « en renforçant l’administration des impôts et en réduisant les exonérations fiscales ».

Les administrateurs du FMI conseillent « d’intensifier les efforts pour contenir les dépenses courantes, notamment la masse salariale », mais également de « remplacer progressivement les subventions par un dispositif ciblé de transfert monétaire pour protéger les plus vulnérables ». Ils « saluent l’intention des autorités de passer à un cadre budgétaire à moyen terme et de continuer à renforcer la gestion des finances publiques ». Ils « se félicitent de l’élaboration prévue de nouveaux instruments de politique monétaire, avec l’appui du FMI, pour assurer la gestion des liquidités ».

« Un petit nombre » parmi les membres du Conseil d’Administration, souligne le communiqué du FMI, recommande « la création d’un fonds souverain constitué de l’épargne pétrolière afin d’accompagner les efforts de stabilisation économique et d’assurer l’équité intergénérationnelle ».

Le FMI met en garde contre le « risque de réapparition de tensions inflationnistes » et encourage les autorités monétaires algériennes à « rester prudentes et à se tenir prêtes à absorber davantage de liquidités et à augmenter les taux d’intérêt ». Il suggère « une augmentation des émissions de bons du trésor pour contribuer à résorber les liquidités », ce qui permettrait de réduire « le besoin de recourir au fonds d’épargne pétrolière pour financer le budget ».

Priorité à la sauvegarde de la stabilité extérieure

Le communiqué du FMI explique que les membres de son Conseil d’administration « reconnaissent d’un commun accord que la sauvegarde de la stabilité extérieure est prioritaire ». Elle devrait se traduire par « une stratégie efficace, visant à diversifier les exportations du pays tout en améliorant la capacité d’exportation du secteur des hydrocarbures ». L’Algérie est appelée à « intensifier » ses efforts « d’ouverture aux échanges commerciaux », « d’assouplir les restrictions sur l’investissement direct étranger » et de « créer un climat des affaires plus favorable aux exportations ».

Le FMI appelle aussi à « des réformes structurelles plus vastes pour accélérer la croissance sous l’impulsion du secteur privé et réduire encore le chômage ». Les réformes visées concernent l’amélioration des infrastructures, la productivité et l’efficacité de l’investissement public. « Ils encouragent aussi les autorités à poursuivre leurs efforts pour assouplir les réglementations du marché du travail, remédier à l’inadéquation des compétences, et promouvoir l’emploi des femmes et des jeunes. Il serait également utile de procéder à une évaluation exhaustive des politiques actives du marché du travail pour en connaître l’efficacité globale », note le communiqué du FMI. L’institution souligne également « la nécessité d’améliorer l’accès des petites et moyennes entreprises au secteur financier et de remédier aux lacunes existantes dans le cadre de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) ».