Algérie Smartphone
Le marché des smartphones se normalise. Les réseaux traditionnels ne fournissent plus que 10% des produits.
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C’est le temps des vaches maigres à Belfort, dans la banlieue d’El-Harrach. Certains grossistes de la téléphonie mobile dépassaient dix millions de dinars de chiffre d’affaires par jour. Ils passent à un demi-million depuis quelques temps.

Le marché de Belfort se meurt. Le plus grand marché de la téléphonie mobile d’Algérie, à El-Harrach (Alger), avec ses 300 boutiques et son activité fébrile, a perdu du terrain, pour se transformer progressivement en un centre secondaire, après avoir longtemps constitué le baromètre du secteur. Malgré la persistance d’un certain niveau d’activité, grossistes et détaillants n’arrivent plus à présenter des offres suffisamment alléchantes pour les particuliers et, surtout, pour les revendeurs qui affluent de l’intérieur du pays, et qui s’adressent de plus en plus aux grandes enseignes pour s’équiper.

Signe de cette évolution, les rues de Belfort ne sont plus aussi grouillantes que pendant la décennie où ce marché imposait ses prix et ses normes à toute l’Algérie. On trouve encore des revendeurs venus de lointaines wilayas, comme Sétif ou El-Oued, mais le chiffre d’affaires des commerçants a fortement diminué. Certains grossistes sont passés de dix millions de dinars de chiffres d’affaires par jour à un demi-million, affirme l’un d’eux. Une boutique de quelques mètres carrés se louait au-dessus de 100.000 dinars par mois, mais le marché s’est dégonflé, et le loyer a chuté, dit-il.

Les produits agréés par l’ARPT

Une lente reconversion vers le marché du détail est en train de s’opérer. Parallèlement à cette évolution, les grossistes se sont reconvertis dans la distribution d’appareils fournis par les grandes marques, dûment agréés par l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT). La mention est d’ailleurs nettement visible sur l’emballage de nombreux produits.

Selon un commerçant en vue à Belfort, les réseaux traditionnels ne fournissent plus que dix pour cent des produits. Tout le reste est fourni par des représentants officiels de fabricants, qui prélèvent une TVA à la base. « Le cabas n’est plus compétitif », dit-il. « A moins d’un coup de chance exceptionnel, un fournisseur informel ne peut plus concurrencer les nouveaux fournisseurs », dit-il.

En cause, la parité du dinar et l’accès au change officiel. Les acteurs des réseaux informels achètent la devise au marché noir. A 160 dinars pour un euro, ils ne peuvent faire face à celui qui passe par la banque et achète l’euro à 110 dinars. Même quand il paie les droits de douane et la TVA, l’importateur agréé est plus compétitif. Il peut aussi agir sur les avantages que lui offre sa situation : la sécurité, la légalité du réseau, mais surtout les économies d’échelle. Il n’est pas non plus obligé d’arroser des fonctionnaires à différentes étapes pour écouler son produit.

Vitalité et souplesse

Malgré ces handicaps, le marché de Belfort garde une petite marge de manœuvre qui lui permet de survivre. Son premier atout reste sa souplesse. Un nouveau produit, comme l’iPhone 6 ou le tout nouveau Galaxy S6 de Samsung, attendu en avril, qui ne sera disponible chez les concessionnaires agréés que plusieurs semaines après sa sortie, pourra être trouvé chez les marchands officieux immédiatement après sa sortie.

Autre signe de la vitalité du marché de Belfort, les grandes marques commencent à s’y installer. Certaines marques avaient des délégués commerciaux chargés de suivre le seul marché de Belfort. Aujourd’hui, elles y ouvrent des représentations officielles, pour être plus présentes. Ce qui montre clairement que si le marché de Belfort a perdu son aspect de « bazar  informel », il a acquis une autre stature.