Des commandes publiques pour aider les entreprises créées dans le cadre du dispositif Ansej.

Le gouvernement a annoncé l’arrêt de la saisie des du matériel des entreprises en faillite défaillantes créées dans le cadre des dispositifs Ansej et CNAC. Option tenable ? Le débat est ouvert entre ceux qui estiment que toute facilité accordée à ces entreprises serait « antiéconomique » et ceux pour qui cette décision est « réaliste » car « une saisie ne fera que permettre à des prédateurs de s’accaparer ce matériel ».

 

 

Annoncée mardi par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, lors d’une rencontre avec la Fédération nationale des jeunes entrepreneurs (FNJE), la décision d’arrêter « toute procédure de saisie » du matériel des entreprises défaillantes créées dans le cadres des dispositifs ANSEJ et CNAC suscite le débat sur sa pertinence.

Pour Rayef Kharroubi, expert international et économiste, « les crédits d’investissement accordés dans le cadre des dispositifs d’aide à l’emploi sont trop protégés, ce qui crée un aléa moral ». Toute facilité supplémentaire accordée à ces entreprises, ajoute-t-il, est d’une certaine manière antiéconomique.

Rayef Kharroubi explique : « En créant ces dispositifs, en impliquant les banques et en leur donnant des garanties à travers la mise en place d’un fonds de garantie, en bonifiant les taux d’intérêt, l’Etat ne fait que promouvoir une politique sociale qui ne dit pas son nom. » Pis encore, précise-t-il, « l’Etat est en train de détourner les banques de leur mission principale qui consiste à prendre des risques, ce qui fait que, une fois les crédits octroyés remboursés et l’Etat retiré du processus de développement de l’entreprise, les banques hésitent à les financer ou se retirent et entraînent de ce fait la disparition de ces entreprises [car] il ne s’agit pas simplement d’aider les entreprises à naître mais aussi les accompagner à travers la mise en place de mécanisme à cet effet. »

 

Ferhat Ait Ali : « Une décision réaliste »

 

Ferhat Ait Ali, expert financier, considère, quant à lui, que la décision de Mourad Zemali est « réaliste » car, selon lui, « une saisie ne fera que permettre à des prédateurs d’accaparer ce matériel, en lieu et place de ces jeunes, pour une bouchée de pain, laissant des créances irrécouvrables à la charge de ses jeunes avec des banquiers d’agence qui les feront chanter avec des huissiers pour couvrir ce qui était au départ une mesure populiste et à l’arrivée, une combine sous couvert de recouvrement ».

« Je suis pour l’effacement pur et simple de ces créances, comme pour le secteur public où des gabegies sont couvertes par le Trésor pour un total de 100 milliards de dollars pour 93.000 emplois à ce jour », explique Ferhat Ait Ali.

 

Kamel Kheffache : « Une décision extrême à ne pas appliquer immédiatement »

 

Pour sa part, Kamel Kheffache, économiste, estime que « la saisie du matériel des entreprises créées dans le cadre des dispositifs d’aide à l’emploi de jeunes est une décision extrême qu’on gagnerait à ne pas appliquer immédiatement ». Toutefois, il s’insurge contre la facilité avec laquelle le gouvernement à accorder des crédits à des jeunes sans expérience et sans vision d’avenir : « La démarche a été populiste au départ. C’est une mesure quasiment sociale qui n’a raisonnablement pas d’objectifs économiques majeurs. Aujourd’hui, il faut sauver ce qui peut l’être. La décision de suspendre de procédure de saisie a été prise, à mon avis, dans l’espoir que certaines entreprises se relancent. Aujourd’hui, perdre une entreprise, quelle qu’elle soit, est une mauvaise nouvelle pour notre économie. Temporiser pourra permettre de récupérer un jour certaines entreprises. ». Il propose de, toutefois, de « ne pas accorder un sursis indéfiniment aux entreprises concernées » et de « distinguer les catégories d’entreprises en fonction de la nature des difficultés qu’elles rencontrent et réserver un traitement spécifique à chaque catégorie »

Pour rappel, le Mourad Zemali a également souligné, dans la même déclaration en présence des adhérents de la FNJE, que son département œuvrera à suivre, sur le terrain, « l’application effective de la décision du gouvernement de consacrer 20% des projets pour les micro-entreprises créées dans le cadre des dispositifs d’aide à l’emploi et de leur réserver les projets de la sous-traitance ».