Abderrahmane Benkhalfa, analyste économique et financier/Ph: Y.Bouktache

Pour imposer le silence au nouveau ministre des finances, M. Abderrahmane Benkhalfa, il faut le bâillonner. Depuis son entrée au gouvernement, ce n’est plus nécessaire. Il a été rendu muet par la complexité de la situation financière du pays.

 

Trois semaines après sa nomination, le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa n’a donné aucune indication sur ses choix économiques et financiers. D’habitude très volubile, attiré par les médias, volontiers séducteur, affichant avec un sens de la communication très marqué, M. Benkhalfa a changé d’attitude en mettant l’habit de ministre.

Salah Khebri, ministre surprise de l’énergie, n’a pas non plus fait de déclaration. Il a toutefois l’excuse de ne pas être un homme exposé sur le plan médiatique. Il n’a jamais fait de déclaration publique, et les grandes lignes de son programme ont été tracées par le Premier ministre Abdelmalek Sellal lors de l’installation du nouveau patron de la compagnie publique Sonatrach. Sa discrétion n’est donc pas une surprise, à l’inverse de M. Benkhalfa, qui semble avoir pris un virage à 180 degrés sur ce terrain.

L’absence médiatique de M. Benkhalfa est d’autant plus remarquée que son entrée au gouvernement devait constituer le curser de la nouvelle politique économique. L’homme affichait des intentions très osées-réforme des entreprises, des banques, révision de la parité du dinar, aménagement progressif des subventions, notamment le carburant, révision des investissements publics, etc.-, à l’opposé de ce que faisait le gouvernement Sellal jusque-là.

Augmentation de taxes, et rien d’autre

Rien n’a filtré de ses intentions jusque-là. Différentes fuites plus ou moins organisées plaident pour lui. On lui prête ainsi le souci de préparer une loi de finances complémentaires qui devrait contenir l’essentiel des changements souhaités. Les premières mesures rendues publiques, et qui ressemblent à des ballons sonde, ne contiennent cependant rien de révolutionnaire. On n’y trouve aucune innovation. Il s’agit de très classiques augmentations de taxes (véhicules neufs, tabac, alcool), le tout précédé de campagnes rudimentaires sur la nécessité de maitriser les importations et sur les dangers du tabac.

« M. Benkhalfa découvre qu’être ministre des finances ne signifie pas qu’on est maître à bord. Il ne dispose d’aucune marge », estime un économiste familier du ministère des finances. « Sa tâche consistera à un volet technique pour appliquer les orientations traditionnelles » émanant du sommet de l’Etat, ajoute cet économiste. Ces directives sont intégralement maintenues, et rappelées par le Premier ministre Abdelmalek Sellal : on ne touche pas aux acquis sociaux.

Pas d’innovations

Le nouveau ministre de l’Energie, lui aussi resté très discret, s’est contenté d’un rapport présenté au Conseil des ministres dès sa nomination. Mais à l’exception de deux volets concernant les économies d’énergie et la part plus grande qu’il veut accorder au renouvelable, il ne fait pas preuve d’innovation particulière, et n’apporte surtout aucun élément nouveau sur les moyens de réaliser ses objectifs. Son discours, lors de l’installation du nouveau PDG de Sonatrach, Amine Mazouzi, n’a même pas été rapporté. C’est le discours de M. Sellal qui a fixé les règles : augmenter la production et ramener plus de recettes en devises au pays.

« Entre marteau de la baisse des recettes, et l’enclume de la paix sociale à préserver, le nouveau gouvernement n’a qu’une seule issue, la fuite en avant », résume un économiste. « A moins que M. Benkhalfa ne fasse des arbitrages douloureux, et réussisse surtout à les faire avaliser par le pouvoir politique. Ce qui constituerait une divine surprise », ajoute cet économiste, qui se montre cependant très sceptique. Le silence du ministre des finances montre bien cet embarras. Pour imposer le silence à M. Benkhalfa, il faut le bâillonner. Ce qui semble bien être le cas.