Les liasses de billets ne s’exhibent plus de façon ostentatoire sur les trottoirs de Port Saïd (Alger). Les cambistes ont l’air de riverains joyeux ou de simples teneurs de murs. Ils font signe à leurs clients potentiels de façon quasi-imperceptible.

 

 

Depuis la visite inédite des forces de l’ordre le 12 avril 2015, la présence des cambistes à square de Port-Saïd s’est interrompue brièvement pour finalement se faire discrète. Un dispositif important avait été déployé afin de quadriller le quartier. La police avait arrêté de nombreux cambistes et saisi l’argent que ces derniers transportaient au moment de leur venue. La volonté affichée par le nouveau ministre Abderrahmane Benkhalfa de développer des bureaux de change semble s’inscrire dans la continuité des événements du 12 avril. Leur développement permettrait « l’assèchement du marché parallèle ». La déclaration du ministre fait également écho aux propos tenus par l’ex gouverneur de la Banque d’Algérie (BA) Mohamed Laksaci devant les députés de l’APN en décembre 2014. Il évoquait alors l’augmentation des octrois d’agréments pour l’ouverture de bureaux de change, ce qui permettrait de rendre le circuit légal du change plus concurrentiel. 

Reprise prudente

En tout état de cause, les cambistes de Port Saïd se montrent sceptiques devant les mesures annoncées. Interrogés sur la reprise de leur activité, les cambistes  ont des divergents. Rédouane, étudiant en master, achète la devise sur le marché informel pour arrondir ses fins de mois. Il estime que les affaires ont chuté. « Il n’y a plus de travail depuis la descente de la police ; comme l’Etat a décidé de remettre de l’ordre, les gens ne viennent plus », nous dit-il. Quelques mètres plus loin, Farid juge que l’activité va bon train, de nouveau : « On ne craint pas leur retour (des policiers, Ndlr) ». Selon Farid, l’opération du 12 avril 2015 était dictée par un pur pragmatisme et ne répondait pas à une volonté sincère de réguler ou d’enrayer le marché parallèle de la devise Selon sa lecture, les policiers et ceux qui ont ordonné l’intervention « étaient en panne de liquidité, ils sont donc venus se servir, ils ont pris ce qu’ils voulaient prendre ». Et d’ajouter : « maintenant on ne les verra plus ». Mourad abonde dans son sens. Il soutient que la couverture par la presse du marché de change parallèle a amené les autorités à feindre de prendre les choses en main. Il affirme, par ailleurs, sa détermination : « on vendra de l’argent tant qu’on le pourra, et si on ne le peut plus alors on vendra de la cocaïne ».

 Petits cambistes, grossistes et demi-mesure

 

Le ressentiment de certains cambistes quant à la descente policière est perceptible. Ainsi, Youssef dénonce une différence de traitement flagrante entre « petits cambistes » et «grossistes ». Seuls les cambistes « pauvres », qui habitent le quartier et s’adonnent au marché parallèle par nécessité, auraient subi des saisies. Les grossistes n’auraient pas été inquiétés. Selon ce cambiste, « ils (Les grossistes)ont même été prévenus à l’avance puisque beaucoup n’étaient pas présents le jour de la venue de la police ». Pointant une file de voitures stationnée non loin du square, il explique que leurs coffres sont « remplis d’argent ». Il indique que ces véhicules appartiennent à des cambistes privilégiés qui ne seront nullement inquiétés.