Les importations de ciments lors de ces deux premiers mois de l’année 2015 ont augmenté de 21% comparativement à la même période de 2014.

L’offre abondante, couplée à des conditions météorologiques contraignantes pour le BTP, n’a pas fait baisser les prix. Un sac de ciment importé devrait coûter 480 DA et celui produit localement moins de 400. Dans les faits, ils sont cédés à 700 DA sur le marché de détail.

Les importations de ciments lors de ces deux premiers mois de l’année 2015 ont augmenté de 21% comparativement à la même période de l’année précédente selon des données des Douanes algériennes. C’était, pourtant, une période de fortes pluies, pendant laquelle la plupart des chantiers étaient à l’arrêt.

Ainsi, et malgré le fait qu’il n’y a pas eu d’arrêts forcés dans les cimenteries durant les deux premiers mois de l’année 2015 et en dépit d’un hiver pluvieux forçant les entreprises de construction à ralentir la cadence des travaux, les importations de ciments continuent d’augmenter. Une des causes de cette frénésie importatrice est la crise en Europe, où les cimenteries sont en train de brader des stocks vieux, pour certains, de plus six mois selon des sources au fait des arcanes du secteur.

L’offre abondante, couplée à des conditions météorologiques contraignantes, n’a pas tiré les prix du ciment vers le bas. La tonne de ciment importée à 90 euros (ce qui donne un sac de 50 kg à près de 480 DA) revient plus cher que celle qui sort des usines algériennes (moins de 400 DA le sac de 50 kg, soit 30% moins cher que le ciment importé de France et 20% moins cher que celui importé de Grèce et du Maroc). Sauf que le sac de 50 kg continue à se vendre au détail à 700 DA. Des prix anormalement élevés qui ont poussé plusieurs voix à plaider l’encadrement du marché devenu une nécessité pour amener les prix à un niveau acceptable.

 

Des prix anormalement élevés ?

 

Lors de son passage sur le plateau de Radio M., l’économiste et ancien ministre des Finances Abdelatif Benachenhou a accusé le cimentier français Lafarge d’appliquer les prix les plus élevés du pourtour méditerranéen, en dépit de faibles coûts de production. Il a expliqué que cette firme s’est alignée sur les prix du producteur public Groupe industriel du ciment en Algérie (GICA) qui, lui, produit à des coûts élevés. Et de regretter que la présence de Lafarge en Algérie n’ait pas eu l’effet escompté, à savoir, produire un ciment à moindre prix.

Réda Amrani, spécialiste en politique industrielle, a abondé dans le même sur les ondes de Radio M., soulignant que les producteurs du ciment en Algérie, GICA et Lafarge, bénéficient surtout d’une énergie bon marché. Le coût de l’énergie qui représente selon lui 25 à 30% des coûts de production, donne un avantage comparatif important aux cimentiers qui produisent en Algérie. « C’est l’Etat qui est fautif ! Je ne vois pas pourquoi il ne régule pas le marché du ciment », a accusé Réda Amrani tout en expliquant qu’à la libération du marché, c’est tout le monde qui s’était aligné sur les prix pratiqués alors par le marché parallèle. Et ce, a-t-il relevé, même si les investissements ont été amortis et que rien dans la structure des prix pratiqués ne justifie plus cette tendance à la hausse.

 

L’innovation et le développement durable ont un prix selon Lafarge

 

Lafarge, n°1 mondial du ciment qui détient 40% de parts de marché en Algérie avec une production locale de près de 9 millions de tonnes par an, souligne que son objectif est d’ « offrir une gamme de produits de grande qualité à un prix stable tout le long de l’année, des solutions innovantes et durables offrant la meilleure réponse en termes de bilan technico-économique à ses clients ». Et de rappeler les axes majeurs de sa stratégie en Algérie : « L’amélioration de l’efficacité opérationnelle qui a permis d’augmenter la production nationale de plus de 2 millions de tonnes ces 5 dernières années, avec l’outil existant, soit l’équivalent d’une nouvelle cimenterie ; une politique d’investissement continue avec plus de 240 millions d’euros investis depuis 2008 portant la production à 9 millions de tonnes et un plan d’investissement de plus de 300 millions d’euros sur les deux prochaines années, avec le projet de la nouvelle cimenterie lancé en partenariat avec l’entreprise privée algérienne CILAS à Biskra d’une capacité de 2,7 millions de tonnes ; et proposer des solutions innovantes à partir du laboratoire de recherche de Rouïba dédié au développement de nouveaux systèmes constructifs (CDL) ».

Maghreb Emergent n’a pas eu de réponse à ses questions sur le marché du ciment algérien de la part du groupe GICA. La production actuelle des douze cimenteries de ce dernier ainsi que des deux usines de Lafarge est estimée à 19 millions de tonnes/an pour une demande de 22 millions de tonnes environ. Le déficit est estimé à 3 millions de tonnes que comblent les importations.

En 2014, on a enregistré l’importation de 5,2 millions de tonnes pour une valeur de 450 millions d’euros, soit 30% de plus qu’en 2013.