Il est impossible pour une  usine qui produit moins de 200 000 véhicules d’atteindre un taux d’intégration lui permettant d’être compétitive à l’échelle internationale et d’exporter.

 

L’Algérie est-elle en mesure de mettre en place une industrie automobile viable, commercialiser des véhicules à des prix complétifs et exporter ? Rien n’est moins sûr. Pourtant, le ministre de l’Industrie y croit dur comme fer.En  effet, il a rendu public récemment les listes des prix de sortie d’usine des véhicules légers montés ou fabriqués en Algérie dans le cadre, dit-on, de ses efforts pour veiller à ce que les tarifs de la production automobile nationale ne soient pas supérieurs à ceux de l’importation. Dans la foulée, le Ministre de l’Industrie, M. Youcef Yousfia soutenu que si ce n’est pas au gouvernement de fixer les prix des véhicules montés localement, il n’en demeure pas moins qu’il est habilité à contrôler les prix pratiqués tout en soulignant que les cahiers des charges stipulent que les véhicules montés en Algérie ne doivent pas être plus chers que ceux importés.

Bien plus, M. Yousfi, a même déclaré que l’Algérie était capable de développer une industrie automobile « forte » à même de couvrir les besoins nationaux et d’envisager l’exportation. Est-ce réaliste dans les conditions actuelles ?  « Les usines automobiles installées chez nous  sont conçues pour mourir par ce qu’elles ne produisent pas assez pour être compétitives. Elles n’étaient pas conçues pour être compétitives, mais juste pour satisfaire le marché local. Pour être complétive, une usine automobile doit produire au moins 100 000 véhicules par an, voire le double dans certains cas. Il n’y a aucun intérêt à installer une usine qui produit 30000 véhicules an », affirme Samir Bellal, économiste, en soulignant que  « ce type d’usine ne fait que pomper les ressources en devises du pays ». Samir Bellal estime par ailleurs qu’ « une usine automobile n’a d’intérêt que si elle destine l’essentiel de sa production à l’exportation ».

De son coté, Mokhtar Chahboub, ancien PDG de la SNVI et expert en industrie automobile, estime, dans un entretien qu’il a accordé il y a quelque mois à Maghreb Emergent, qu’il est impossible pour une  usine qui produit moins de 200 000 véhicules d’atteindre un taux d’intégration lui permettant d’être compétitive à l’échelle internationale et d’exporter. « D’abord, pour amortir l’investissement dans la phase tôlerie-peinture-cataphorèse, il faut produire entre 150 000 et 200 000 véhicules/an. Ensuite, la mise en place des équipements nécessaires pour cette phase coûte environs 160  millions d’euros », nous explique également M. Chahboub.

Or, pour l’heure, le première usine, Renault, espère atteindre, au mieux, 60 000 véhicules/an, ce qui la place dans l’impossibilité de s’engager dans la phase tôlerie-peinture-cataphorèse,  sans quoi, elle risque de travailler à perte. Même chose pour les autres usines, notamment Hyundai qui prévoit de produire 20 000 unités/an d’ici 2019 et Sovac qui compte produire 17 000 unités/an. Par conséquent,  si toutefois les propos de ces deux experts s’avéraient pertinents, aucune des usines de montage automobiles ne peut faire de la tôlerie-peinture-cataphorèse dans les conditions actuelles. Autrement dit, la taille de ces  usines de montages les condamne à ne pas atteindre un taux d’intégration leur permettant d’être compétitives et d’exporter.