Ce vendredi, 22 mars était un jour de week-end « ordinaire », à Alger, avec ses manifestations, ses rues fermées à la circulation, ses slogans et ses banderoles. Un vendredi où l’on sort en famille pour marcher et houspiller le pouvoir.

Ce cinquième vendredi de manifestations était pluvieux, du moins jusqu’en début d’après-midi. Mais la pluie était un détail négligeable et probablement aussi une motivation de plus pour les manifestants qui s’étaient réunis par centaines à la Grande poste sous une pluie battante, dès 11 heures.

Ce vendredi, la foule était dense, elle était aussi joyeuse que la semaine d’avant et un peu mieux équipée. Des vuvuzelas, des drapeaux et des accessoires en tout genre étaient en vente en grandes quantités dans les rues de la capitale. Bien avant le premier rassemblement des manifestants, et presqu’en même temps que la police, des commerçants avaient occupé plusieurs coins du centre-ville, installant étals et cartons pour vendre des drapeaux algériens, mais aussi amazighs et palestiniens. Des casquettes aux couleurs de l’Algérie, des écharpes, des parapluies et toute une panoplie d’objets pour réussir cette nouvelle journée de manifestations.

Ceux qui avaient décidé de boycotter le match Algérie-Gambie, programmé en début de soirée, se sont déplacés vers la Place Audin,  Didouche Mourad ou la Grande poste pour faire la fête dans la rue, chanter sous la pluie et brandir des fumigènes.  Aucun stade ne peut accueillir autant de monde que les rues et les avenues de la ville, et l’ambiance d’Alger n’a pas d’égal en ces jours d’effervescence populaire.  

Comme les autres vendredis, la musique résonnait entre les immeubles. La musique, toujours présente, comme une sorte de rituel pour exorciser un corps longtemps habité par des entités indésirables.

Comme les autres vendredis, les parents accompagnés d’enfants en bas âge étaient nombreux. Habillés ou carrément enveloppés dans des drapeaux, ces enfants étaient venus assister à la fête et respirer l’air nouveau qui a envahi le pays depuis quelques semaines.

A la fin de la manifestation, comme chaque vendredi, des jeunes ont nettoyé les rues où des dizaines de milliers de personnes avaient marché un peu plus tôt. Des véhicules clôturent cette journée de manifestations en klaxonnant joyeusement, des drapeaux flottant sur les toits.

Depuis le 22 février, les Algériens attendent la chute d’un régime vacillant, les dernières déclarations du FLN et du RND, étonnamment favorables au mouvement populaire sonnent comme des craquements dans les murs d’un édifice affaibli par les outrages du temps. Mais encore aujourd’hui rien de concret ne s’est produit du côté du pouvoir. Les manifestants ne désarment pas et se donnent déjà rendez-vous, vendredi prochain, pour manifester, chanter et appeler au départ du régime. Un autre vendredi ordinaire.