L’utilisation des pesticides et autres produits chimiques dans l’agriculture est incontournable. Les cultures peuvent faire l’objet d’attaque de maladies et la terre cultivée elle-même peut être infestée par les plantes adventices ou mauvaises herbes d’où la nécessité de faire face pour protéger les cultures et par conséquent la production.

Le Code de conduite international sur la gestion des pesticides adopté par les Etats membres de la FAO dont l’Algérie, stipule la possibilité d’interdire l’importation, la distribution, la vente et l’achat de pesticides très dangereux si  les mesures de réduction des risques  s’avèrent insuffisants pour garantir une manipulation du produit qui n’engendre aucun risque inacceptable pour l’homme et pour l’environnement. Partant de ce principe Il est donc impératif d’instaurer un débat sur l’utilisation des produits phytosanitaires en Algérie, il ne faut pas se leurrer nos produits agricoles ne sont pas bio, bien au contraire on enregistre une utilisation quasi anarchique de ces produits par nos agriculteurs, ceci ne peut qu’engendrer des effets néfastes et sur les produits eux-mêmes et sur la santé publique.

Il est à rappeler, qu’avant leur mise sur le marché national, les produits phytosanitaires (pesticides) sont soumis à une homologation délivrée par le ministère de l’Agriculture. La demande d’homologation comprend, entre autres,  un certificat attestant que le produit  concerné est homologué dans le pays d’origine avec une fiche descriptive de la matière active et mentionnant les caractéristiques physico-chimiques de la matière active et du produit. Avant leur mise sur le marché, les produits sont expérimentés sur terrain pour une période de deux ans.

Le problème ne réside pas donc dans les produits utilisés, mais dans l’utilisation de ces produits par le non respect des doses préconisées ainsi que les périodes d’utilisation, l’agriculteur par ignorance peut penser qu’en traitant plus, il protège mieux sa culture ! Toutefois on ne peut pas écarter la possibilité d’existence  sur le marché de produits contrefaits ou fabriqués frauduleusement et qui peuvent être écoulés en proposant des prix qui défient   toute concurrence.

 

Un inspecteur de l’inspection phytosanitaire d’une wilaya de l’est du pays a affirmé a la chaine 1 de la radio nationale  en 2016 que l’Algérie est classée parmi les pays qui utilisent le plus de pesticides en consommant  6000 à 10 000 flacons de divers produits annuellement. Il est important de signaler que tous ces produits sont utilisés sans aucun contrôle sur le terrain, l’agriculteur acquiert les produits auprès des ‘’grainetier ‘’ qui est en même temps son conseiller qui peut lui proposer de nouveaux produits! En ignorant les conséquences fâcheuses que peuvent engendrer ces produits sur sa santé et celle de sa culture, l’agriculteur ignore complètement les précautions d’usage inscrites sur l’étiquetage des produits concernant la dose et de période d’utilisation ainsi que le port d’habit spécial pour certains produits

Un autre aspect technique à ne pas sous-estimer, c’est l’utilisation de matériels et d’équipements adéquats pour la pulvérisation des pesticides. Ces derniers, s’ils ne sont pas bien réglés et bien étalonnés, peuvent fausser amplement la donne. Dans plusieurs pays développés, ces derniers subissent un contrôle technique annuellement et peuvent être reformés en cas de défaillance.

Personne ne peut ignorer les conséquences de ces produits sur la santé humaine  s’ils sont utilisés abusivement et sans contrôle. Pour essayer de rassurer que les pesticides sont utilisés correctement et sans risque pour les consommateurs, un responsable du ministère de l’Agriculture a affirmé qu’ aucun cas d’empoisonnement causé par des pesticides n’a été enregistré jusqu’à maintenant. Je dirais a ce responsable que l’empoisonnement par les pesticides ne peut paraitre dans l’immédiat, ces poisons s’accumulent dans le corps humain des années durant et ne se manifestent qu’âpres des décennies ! Environ 50.000 nouveaux cas de cancer sont recensés chaque année en Algérie, celui du colo-rectum ayant connu une évolution ‘‘explosive’’, en raison de l’alimentation malsaine affirment les spécialistes

L’Etat doit prendre au sérieux la commercialisation et l’utilisation des pesticides et autres produits chimiques à usage agricole, et cela ne peut se faire qu’en mobilisant tous les intervenants. Il est nécessaire, en premier lieu, de sensibiliser les agriculteurs sur le danger de ces produits si on ne les utilise pas selon les normes requises, comme il est également impératif de contrôler la commercialisation de ces produits en agréant les spécialistes du secteur pour s’occuper du diagnostic des maladies, de la vente des produits et du traitement  des cultures,  cela peut se réaliser en encourageant  les ingénieurs agronomes spécialisés en protection de végétaux et en phytopharmacie de créer des entreprises ou des coopératives de prestation de service. On oublie souvent que l’agriculture est une science et qu’on doit la considérer en tant que telle. 

*  Expert consultant en agriculture