Par Abderrezak DOURARI

« Qbayli, chaoui, ‘arbi, targui, mzabi…khawa khawa », proclame le slogan préféré du « hirak » du 22/02/2019 pour assumer explicitement et formellement le pluralisme linguistique, culturel et régional consubstantiel à la formation historique, territoriale et anthropologique du Peuple algérien aujourd’hui ressuscité et réunifié sous la bannière de l’algérianité rassembleuse pour mener un combat pour l‘avènement d’un Etat de droit et de la citoyenneté.

On est loin de cette affirmation de Patrick Kessel, qui disait, désappointé, « C’est le grand drame de toute l’Algérie, cette impossibilité qu’ont aujourd’hui neuf millions d’individus à se qualifier eux-mêmes. S’ils se disent Français, ils sont traitres à ceux qui se battent, s’ils se disent Algériens ils sont traitres à la France et risquent de se voir accusés de «menées séparatistes », selon le jargon de la justice. Et de l’autre côté, il y a les supers- français. » (In Guerre d’Algérie-Ecrits censurés, saisis, refusés1956-1960-1961, L’Harmattan, 2003).

Depuis l’indépendance, et sous le joug du FLN-Parti-Etat, ce drame décrit de manière si fine à l’heure de la colonisation française, se rejoue pour les Algériens. S’ils se disent arabes musulmans, ils sont déclarés traitres à ceux qui mènent le combat pour la reconnaissance de l’algérianité et de l’amazighité, s’ils se disent Algériens Amazighs, ils seront déclarés traitres à l’arabité-islamité et à l’Etat, critères imposées comme seule identification de ce peuple par le pouvoir du parti FLN et son clone du RND. L’Etat algérien a cependant reconstruit ces derniers temps une base de confiance en intégrant l’amazighité et ses symboles (Langues et Yenayer) comme repères officiels nationaux de la société algérienne- repères constitutionnalisés avant que la douteuse affaire de la bannière tricolore (Bleu=mer ; Vert=la région du Tell et des hauts-plateaux ; jaune= Sahara), symbolisant l’histoire anthropologique amazighe de l’Afrique du nord, ne tente de perturber cette unité retrouvée. A notre avis, cet emblème n’est en rien concurrentiel ou antinomique avec le drapeau national vert-blanc-rouge. Bien au contraire, il l’inscrit dans la continuité d’une histoire multimillénaire et d’une géographie que bien des peuples lui envient. En cela, tout comme le drapeau de l’union européenne, ou celui plus proche de l’UMA, il ouvre l’horizon mental sur un champ plus étendu pour dépasser les tentatives de repli sur soi et au séparatisme. Nous espérons que cette triste page sera vite tournée et que le peuple algérien dépassera définitivement son drame identitaire qui lui a collé à la peau depuis la crise du PPA/MTLD de 1949.

Devant cette conjoncture douloureuse, où de jeunes manifestants se sont retrouvés en prison sans jugement à cause de cet emblème, dans l’objectif de donner un aperçu objectif de la formation anthropologique de notre peuple et de notre pays, et dans une perspective d’apaisement des esprits, nous avons repris ici en français l’essentiel du contenu d’un texte publié à l’étranger en 2013, tout en prenant le soin de le mettre à jour et à l’augmenter sensiblement par endroits pour une meilleure compréhension.

Le « Maghreb », ou « l’Afrique du nord » moins l’Egypte, est un espace géographique et historique de transit, d’installation et de contacts de populations, de cultures et de langues de diverses origines. Néanmoins, il serait tendancieux d’oublier qu‘une population autochtone a toujours vécu sur ces territoires et autant que l’on peut remonter dans l’histoire, et même la préhistoire, tous les arrivants dans cet espace avaient dû combattre des populations autochtones pour s’installer à leur tour selon un certain modus vivendi avec les premiers habitants. Cette population première ce sont ce qu’on appelle jusqu’à nos jours les Amazighs. En affirmant cela, nous ne nous installons pas du tout dans la certitude de la seule vision historique verticale[1] (THEBERT Yvon, 1978) qui ne retient que les successions de peuples et de cultures. Nous donnons toute son importance à la vision horizontale qui laisse la place aux métissages, à l’acculturation, à l’alliance entre les peuples et au cosmopolitisme.

C’est Naylor (Naylor, 2009 :21) qui affirme : 

« L’Afrique du Nord ressemble à une ile située entre la mer méditerranée et le Sahara. Des vagues de rencontres et d’interactions humaines ont déferlé sur sa rive et ont configuré sa riche morphologie culturelle et historique. Par conséquent, des peuples et des histoires extraordinaires ont façonné son important héritage transculturel « .

Il va de soi que l’une des plus évidentes composantes de l’identité, à laquelle se réfèrent généralement les ethnologues et les anthropologues, est la langue. Si elle est un critère incontestable pour eux, elle est encore plus irrésistible pour le profane dans les sociétés multilingues. En effet, les identités sont attribuées d’abord selon les langues parlées spontanément. Dans l’Algérie multilingue d’aujourd’hui, un citoyen est dit kabyle, chaoui, mzabi, arbi, tergui, chenoui…(Amazigh) quand il parle l’une de ces variétés de Tamazight (Berbère) et par conséquent, quelqu’un qui parle l’arabe algérien est déclaré Arabe. De plus, les gens pourraient attribuer des identités selon les origines régionales des personnes : Jijeli (de Jijel, Est de l’Algérie), qbayli (de la Kabylie), Stayfi (de Sétif, Est de l’Algérie), Sahraoui (des régions sahariennes), Wahrani (des régions ouest de l’Algérie) et prétendent avoir une idée précise d’eux tant et si bien qu’ils pourraient prévoir leur comportement !

De ce point de vue, les Algériens perçoivent leur identité, aujourd’hui, comme un tissu entrelacé impliquant différentes langues, accents, couleurs et régions, mais ils se reconnaissent tous, néanmoins, comme Algériens. En parallèle, les lois comme les discours officiels ne vont pas au-delà des affirmations générales sur l’amazighité tout en insistant lourdement sur les composantes arabes et islamiques, même si la révision de la Constitution algérienne en 2002 instaure Tamazight comme langue nationale à côté de la langue arabe et que celle révisée de 2016 va plus loin et l’élève, dans ses différentes variétés usitées dans le territoire algérien, au rang de langue officielle[2].

Au Maghreb, les Amazighs sont la continuité anthropologique des populations antérieures depuis les temps préhistoriques.

Les frontières officielles de l’Algérie moderne sont une création de la colonisation française au 19ème siècle, découpées dans l’ancien territoire Amazigh s’étendant de l’Est à l’Ouest de l’Egypte (L’Oasis de Siwa) jusqu’aux Iles Canaris, et du Nord au Sud, de la Méditerranée jusqu’au désert du Sahara (Nigeria, Niger, Mali, Mauritanie). Cependant, ces frontières correspondent approximativement à celles qui existaient durant le règne de l’Aguellid (Roi) Massinissa à la fin du 2ème siècle avant J.C quand cette entité géographique située à l’ouest de l’Egypte, dite le Maghreb au temps de la civilisation arabo-islamique, était divisée en trois royaumes.

L’espace Amazigh était alors divisé en : le royaume Massyle qui s’étendait de Dougga (=Thugga, à l’Est) jusqu’à Oued Cheliff (sa frontière Ouest) ; le royaume Massesyle de Oued Cheliff (sa frontière Est) jusqu’à la Moulouya (sa frontière Ouest) ; et enfin le royaume Maure depuis la Moulouya jusqu’à l’Océan Atlantique (Sa frontière Ouest). Ce, alors que les Gétules ont vécu dans le Sud. Les personnalités les plus marquantes sont incontestablement les aguellids Massinissa pour les Massyles, Syphax pour les Massesyles, et Bocchus pour les Maures.

En gardant à l’esprit ce survol historique, on conclut facilement que la population Amazighe du pays, à travers l’histoire, ne pouvait pas avoir été dispersée pour être remplacée complètement par une nouvelle population arabe venue de l’extérieur. Les vagues d’immigration humaines dans ces territoires, quelle que soit leur nombre, ne pouvaient être si massives qu’elles eussent pu submerger la démographie préexistante des siècles avant.

L’histoire de l’immigration dans ces territoires- des siècles av. J.-C jusqu’à aujourd’hui, en passant par la conquête arabe et les dynasties berbères du Moyen Age, jusqu’à l’histoire moderne avec l’arrivée des Turcs- ne présente aucun indice de l’existence d’un éventuel « tsunami » migratoire d’origine arabe qui aurait pu donner substance à l’hypothèse d’une arabisation ethnique de la population autochtone. Gabriel Camps (2007 : 142) résume cette situation en disant :

«  C’est une étrange et, à vrai dire, assez merveilleuse histoire que cette transformation ethnosociologique de plusieurs millions de Berbères par quelques dizaines de milliers de Bédouins. »

Par conséquent, on est tenu de conclure que, souvent, dans ce Maghreb kaléidoscopique, la langue ne montre pas vraiment la voie pour l’identité historique. En effet, elle manifeste généralement une superstructure linguistique et culturelle résultante qui caractérise la société d’aujourd’hui, mais elle ne peut être une clé précise pour la connaissance de ses origines. Philip C. Naylor (Ibid) constate cela :

« L’étude de l’Afrique du Nord offre …une occasion exceptionnelle pour apprécier le rôle formatif et transformatif des relations historiques transculturelles».

Due aux importantes conjonctions humaines, culturelles et linguistiques, la société résultante souvent construit une représentation floue d’elle-même et produit une identité de perception fantasmatique, reflétant partiellement les traces de celle qui a aura été imposée violement par le discours officiel hégémonique durant plus d’un demi-siècle, et partiellement celle de sa propre histoire complexe et millénaire.1

« L’Algérie » dans les temps préhistoriques  

Un bref exposé du Maghreb central préhistorique2(grossièrement l’Algérie actuelle) montre que les Ancêtres des Algériens ont laissé des traces durant l’ère Paléolithique (2000.000 années avant notre ère). L’Homo habilis a laissé des pierres rondes dans les sites archéologiques d’Ain Hnech près de Sétif et El-Eulma. L’Homo erectus (Atlanthrope : l’homme de l’Atlas) était présent il y a un million d’années près d’Oran, des oasis du Sahara, du Hoggar et du Tassili n’Ajjer incarné par l’Homme de Tighennif près de Mascara. Puis l’Homo Sapiens a laissé des traces entre 100 000 et 40 000 années A.J.-C. dans le Sahel, Tipaza, Mostaganem et Bir al-Ater dans la région des Némemchas (appelé plus tard l’Atérien, un groupe néandertaloïde). Vers 22000 A.J.-C., l’Homme de Mechta Afalou (entre Bejaia et Chelghoum al-Aid) est apparu et était présent aussi près de Maghnia. Cette culture Paléolithique a atteint son apogée vers 10 000 années A.J.-C.

Au début du 8ème millénaire A.J.-C., la culture Capsienne (de Gafsa, Tunisie) est apparue ; les chercheurs pensent que la composition fondamentale de la population Maghrébine actuelle est formée des peuples de Mechta Larbi (Ibéro-Maurusiens ou Oraniens) et des peuples Capsiens (Mésolithiques). Ces derniers seraient venus d’Egypte entre 7000 et 5000 A.J, et se seraient installés à l’est de l’Algérie d’aujourd’hui.

La révolution Néolithique a commencé entre 8000 et 4000 A.J.-C. Les gravures et sculptures rupestres dans l’Atlas Saharien (Djebel Amour, M’zab, Djelfa et Tassili n’Ajjer) sont des témoins de cette ère. Puis l’ère Bovidienne (5000 années A.J.-C.), suivie par l’ère cabalistique (2000 années A.C), et enfin les ères Caméliennes.

Les Gétules, qui ont vécu dans le sud de Constantine actuelle, sont devenus des cavaliers au seuil de l’histoire. Les Garamantes (de Djarma) du Sahara central ont donné naissance aux Touaregs d’aujourd’hui. Les caractères Libo-phéniciens sont apparus vers le 5ème siècle A.J.-C dans le site d’Azib n Ikis et au 2ème siècle A.J.-C à Thugga (v. la Pierre Dougga, gravée dans deux colonnes, une en caractères Libo-phéniciens et la deuxième en caractères Latins. La pierre est exposée actuellement au musée tunisien de Chimtou (Simitthus), près de la ville de Thugga qui est le site archéologique d’un sanctuaire numide apparemment dédié à Massinissa par Micipsa (149-118 A.C)).

Hérodote pense que la population, qui aurait pu donner l’Algérie actuelle, est constituée des Libyens et des nomades qui ont vécu sous la ligne imaginaire constituée par les lacs salés algériens et tunisiens (chotts), et des populations sédentaires qui vivaient au nord de la même ligne.

Beaucoup de légendes rattachent la population de l’Afrique du Nord à des origines orientales. Salluste, compilant les ouvrages puniques attribués au roi Amazigh Hiempsal (2ème Siècle A.J.-C), tire les origines des Amazighs du mythe de Hercules et le peuple Mèdes (translitération erronée de Mazighs, Amazighs ?), le géographe grec Sirabo pense qu’ils sont venus de l’Inde conduits par Hercules. Mais Saint Augustin, un Amazigh Père de l’église né à Thagast, déclare que les ruraux (rustici) affirment qu’ils sont de descendance Cananéenne (qui auraient été chassés par le roi Hébreu Joshua vers le 13ème siècle A.J.-C, avant la construction de Carthage par la reine mythique Elisa en 814 A.C, poursuit une autre légende). Jean Perier rapporte les mots qu’aurait dits Saint Augustin quand il avait interrogé les habitants d’Hippone (Annaba actuelle) sur leurs origines :

« Unde interrogati rustici nestri quid sint, Punicè respondentes Chanani, corruptà scilicet, sicut in lalibus solet, und litterd, quid allud respondent quam chananoei ? »

Al-Bakri, historien Egyptien, Al-Mas’oudi, Irakien, aussi bien qu’Ibn Khaldoun, Maghrébin, prétendent que les Amazighs sont les fils de Mazigh, fils de Canaan, fils de Cham, fils de Noé.

L’origine Yéménite est défendue à ce jour par les idéologues arabistes en Algérie et au Maghreb malgré le fait qu’Ibn Hazm Al-Andalusi, le plus célèbre des généalogistes arabes, affirme sans le moindre doute que la présence des Himyarites dans le Maghreb n’est citée nulle part ailleurs que dans les mensonges des historiens Yéménites (Dourari, 1993).

Les légendes, attribuant l’origine Orientale à toutes les civilisations, sont communes dans cette période. Basées sur des généalogies plus que sur une étude des territoires et des localisations de populations, ces légendes négligent le fait que toutes ces migrations vers le Maghreb n’ont pas trouvé un espace inhabité et vide de populations, mais bien au contraire, elles ont dû affronter ces populations férocement avant de pouvoir s’y installer.

4-Les Dynasties amazighes en Afrique centrale après la conquête arabe jusqu’à l’arrivée des Turcs

Les armées arabes ont pris un demi-siècle pour assoir leur domination sur les Amazighs. Ils sont arrivés pour la première fois en Afrique du nord en 647 où s’est déroulée la bataille de Sufetula (Sbeitla), puis le chef militaire Oqba Bnu Nafi’ a construit Kairouan en 670. Koceila, un Amazigh musulman, suivi, après sa mort par la Reine Dihia, une Juive semble-t-il, ont dirigé la résistance Amazighe contre la conquête arabe et ont échoué, quand bien même ils avaient réussi à tuer Oqba bnu Nafi’.

Dès lors, et jusqu’à l’entrée des Turcs au Maghreb en 1514, quand Baba Aroudj avait pris Djidjelli, puis Alger en 1516, et à l’exception de la dynastie Aghlabide (menée par les Arabes) qui a gouverné l’unique et seule province d’Ifriqiya entre 800-909, une succession de dynasties Amazighes a dominé le Maghreb.

Les Amazighs ne sont expulsés de l’histoire que lorsque les Turcs ont pris le pouvoir au Maghreb au 16ème Siècle.

Cependant, trois évènements importants ont perturbé, dans une certaine mesure, la démographie de l’ancienne Afrique du Nord centrale. D’abord, il y a l’apparition de tribus nomades à dos de chameaux dans le sud-est de l’Afrique Romaine au début du 4ème Siècle. Deuxièmement, la conquête militaire par les Arabes aux 7-8ème siècles. Troisièmement, et c’est certainement l’évènement le plus déterminant, la pénétration massive de plusieurs tribus arabes Hilaliennes nomades qui ne sont pas reparties comme leurs prédécesseurs arabes.

Les amazighs étaient constitués de différents groupes. Le groupe Zénète ne descendrait pas, cependant, des Numides ou des Maures, et leur Tamazight contient des particularités linguistiques. Ils se sont installés dans les endroits où se trouvaient les Gétules qu’ils ont finis par absorber à travers le temps. Il y avait beaucoup de rivalités entre le groupe Sanhadja et le groupe Zenâta qui a été le premier groupe Amazigh à être arabisé. Mais les langues Tamazight, qui sont encore parlées par les nomades Touaregs, appartiendraient au groupe Sanhadja3.

Les armées arabes ont fait de multiples raids militaires contre le Maghreb mais ne voulaient pas, au départ, coloniser la région (apporter des colonies de peuplement). Ils se contentaient du pillage et la prise de butin.

Dix ans après la mort du Prophète Mohammed, l’armée du Calife a occupé l’Egypte et la Cyrénaïque. En 643, ils ont conquis Tripoli. Ibn Saad, le frère adoptif du Calife Othman, a conduit une armée contre l’Ifriqiya dans une période de discordes entre les Byzantins et les Amazighs. La découverte de la richesse du pays ainsi que ses points névralgiques a encouragé la constitution de plusieurs vagues de troupes arabes selon l’historien An-Nuweiry. L’armée a commencé à Médine avec 5000 hommes, mais elle s’est développée pour atteindre 20 000 en Egypte. Elle a affronté Patrice Grégoire, le chef des Byzantins, à Sbeitla (Tunisie) et l’a tué. Recueillant un butin important, l’armée arabe est repartie en 648.

Le Calife Muawiya a envoyé une troupe commandée par Muawiya Ibn Hodeidj en 666. Trois ans plus tard Oqba Ibn Nafi a fondé Kairouan, la première ville arabo-islamique au Maghreb. Après un certain temps il est parti à Tiaret, puis à Tanger où il avait été convaincu de soumettre les Amazighs présentés comme » des sauvages ». Il commit un massacre terrible et avait emmené avec lui un grand nombre de femmes Amazighes reconnues pour être d’une grande  beauté. Cet épisode a été décrit de la même façon par l’historiographe Ibn al-Athir al-Djazari dans son ouvrage al-Kamil fi t-tarikh. Mais quand Oqba était sur le chemin du retour, Koceila l’a affronté, l’a tué dans le village de T’huda près de l’actuelle Biskra puis a pris le pouvoir à Kairouan.

Koceila a été tué en 686, Carthage a été vaincue en 693 et Tunis a été fondée en 698. Par la suite, Dihya, de la tribu Amazighe Djerawa, a résisté aux troupes Arabes entre 695 et 700 avant d’être tuée à son tour suite à sa défaite, ce qui a mis fin à la résistance Amazighe contre les successives tentatives d’invasion arabes. La conversion de ses fils à l’Islam semble avoir accéléré l’extension de la domination arabe.

En 711, le leader Amazigh Tariq Ibn Ziyad, un client de Musa Ibn Nuçayr, a traversé la Méditerranée avec une armée de Maures Amazighs pour conquérir l’Espagne sous l’étendard de l’Islam. Une fois que les Arabes eurent complètement dominé l’Afrique du Nord, beaucoup de tribus ont construit leurs généalogies en s’attribuant des origines arabes. Durant la période Almoravide (11ème siècle), le Maghreb a « développé une forêt d’arbres généalogiques » en se revendiquant d’une noble descendance arabe selon Mohammed Chafiq (voir Chafiq, 1989 et Schatzmiller, 1983).  

Les Amazighs ont adopté le Kharidjisme parce que cette école de l’Islam proclame une certaine doctrine « démocratique » : toute personne, quelle que soit son origine, sa couleur de peau peut atteindre de hauts postes de pouvoir s’il, ou si elle est compétent(e) et honnête. Le Kharidjisme donne une chance aux peuples autochtones d’occuper les hautes fonctions dans la société et est, par conséquent, préféré par les Amazighs. Il a dominé tout le 8ème et 9ème siècle.

Les Amazighs de Botr et Zénète ont, à travers le temps, occupé les Hauts plateaux, alors que l’autre branche, Sanhadja a occupé les territoires montagneux de l’Algérie centrale et orientale. La tribu Ketama a ramené un missionnaire arabe, Abu Abdellah, qui prônait le retour du Mahdi. Il avait constitué une armée Amazighe et était parti libérer Obaid Allah qui était prisonnier dans la lointaine Sidjilmassa en 909. Il a construit une capitale nommée Mahdia en Tunisie en 916 et a envoyé les troupes de Ketama vers la Sicile, puis vers l’Egypte qu’elles ont dominées. Elles ont construit plus tard le Caire en 973. La dynastie d’Obaid Allah, le Fatimide, a dominé tout le Maghreb pour un certain temps. Mais le Kharidjisme était là sous la direction d’Abou Yazid (l’homme à l’âne), qui y sema des troubles.

Les Fatimides avaient laissé les territoires du Maghreb aux bons soins de leur lieutenant Amazigh Bouloghin Ibn Ziri. Mais en 1045, El-Moezz a rejeté le Shiisme et a prêté allégeance au Calife Abbasside provoquant en retour, comme sanction, un flux de population et l’armée Hilalienne (voir ci-dessous).

Quand les royaumes des Zirides et des Hammadides de Sanhadja, dans le Maghreb central, entamaient leur déclin, une autre branche de Sanhadja du Maghreb al-aqsà (ouest) a émergé avec une nouvelle idéologie religieuse : les Almoravides. La tribu nomade Sanhadja des Lemthouna (al-moulathamoun « les voilés » du Sahara Occidentale) a bâti un empire immense qui s’étend de l’Espagne jusqu’au Sénégal et de l’Océan Atlantique jusqu’au méridien d’Alger sous la direction d’Ibn Yacin- un réformateur religieux.

Il a rassemblé ses adeptes dans un ribat- un monastère fortifié- où ils ont été entrainés pour des actions militaires et religieuses par Youcef Ibn Tachfin. Ils ont pris le contrôle sur le Maroc et sur la majorité de l’Algérie et l’Espagne d’aujourd’hui.

Moins de trois générations après, les Almoravides ont été battus par les réformateurs religieux Almohades. Les Almohades sont une tribu Sanhadja- la Masmouda du Haut Atlas. L’initiateur de cette réforme est Ibn Toumert, proclamé Mahdi, de la tribu amazighe Hergha revendiquant une descendance alide. Son successeur était Abdelmoumen de la tribu Amazighe Koumia (Nedroma). Ils ont pris le contrôle sur Fès, Tlemcen et Marrakech en 1147, élargissant le droit coutumier tribal à tout leur empire et ont été aidés en cela par les vizirs andalous. Dans leur cour royale andalouse, ils avaient le soutien du Philosophe Averroès (Ibn Rochd). Ils ont combattu les tribus Hilaliennes (ce n’était pas une guerre ethnique), les ont soumis et les ont adoptés comme auxiliaires à l’instar de de leurs successeurs mérinides de Zenâta…La dynastie d’Abdelmoumen a disparu au 13ème siècle, et Ifriqiya est devenue un royaume indépendant gouverné par l’Almohade Abu Hafç (vers le 13ème siècle).

La longue période de domination Sanhadja (Hammadide, Almoravide, Almohade) est maintenant close et remplacée par Abdelwadid- Zénète arabisé de Tlemcen, et les Beni Merine (autre branche de Zenâta) au Maroc, qui avaient vécu dans une constante compétition, et dans une division tripartite du Maghreb qui continue jusqu’à maintenant mutatis mutandis.

L’idéologie islamique était en déclin au Maghreb ; beaucoup de tentatives de colonisation sont désormais menées par les conquérants portugais et espagnols sous l’étendard des croisades. Les avant-postes espagnoles (Presidios : comme Ceuta et Melilla actuelles), sur la côte méditerranéenne, témoignent de ces tentatives. C’était le tour des Turcs de dominer le Maghreb pour une longue période poussant les Amazighs hors de l’histoire.

Ce bref aperçu nous donne une idée sur le nombre modeste de vagues d’immigration d’origine arabe vers le Maghreb et combien elles étaient peu influentes en terme d’apport de population et subséquemment en terme de langue et de la religion.

Le déni de l’identité et de la langue Tamazight dans un Etat Amazigh Indépendant : une histoire de haine de soi.   

Comme on peut clairement le constater, l’histoire va dans un sens, et les représentations vont dans le sens contraire. En effet, l’histoire procède du rationnel alors que les représentations procèdent de l’émotionnel ; c’est pourquoi ces dernières déterminent plus résolument les attitudes de la personne. La controverse violente à l’intérieur des partis politiques dans les années 1940, le PPA-MTLD4, entre les partisans de « l’Algérie Arabe » et de « l’Algérie algérienne », a dominé les controverses sur l’identité nationale algérienne donnant naissance à un malaise politique et culturel de longue durée. En fait, l’identité est un domaine de la pensée et de représentation où les facteurs linguistiques, culturels, idéologiques et politiques s’enchevêtrent.

Historiquement, l’Algérie a toujours été multilingue. On peut à peine imaginer qu’un pays aussi grand que l’Algérie, avec des groupes humains aussi dispersés sur son immense territoire, et qui continuerait miraculeusement à parler la même langue dans une époque où les moyens de communication étaient rudimentaires !

L’Arabe Classique a pénétré dans cet espace tôt parmi quelques élites citadines, mais aucun autre tissu social plus important. La conquête Arabe sous le couvert de l’Islam a réussi après plusieurs tentatives, pourtant les Arabes n’ont fait aucune colonisation de peuplement et ils ont généralement compté sur leurs clients amazighs pour gérer leurs intérêts locaux.

Les Banu Hilal, les Banu Soleim et les Banu Ma’qil sont venus au Maghreb (en 1051) après leur expulsion d’Egypte par le Calife Fatimide. Après la fondation du Caire en 973, la dynastie Fatimide s’est rappelée de l’aide de Ziri, leader de la tribu Sanhadja, dans leur lutte contre la menace du Kharidjite « l’homme à l’âne », Mahlad Ibn Kaydad (Abu Yazid), ainsi que leur soutien dans la conquête de l’Egypte elle-même. Mais les Zirides venaient de relâcher leurs liens avec les Fatimides, et El-Moezz, leader des Zirides, avait proclamé en 1045 la suprématie du Calife Abbasside Sunnite exaspérant les Fatimides qui avaient envoyé les Hilaliens (les tribus de Djochem, Atbedj, Zoghba, Riyah, Rebia et Adi) pour sanctionner les Zirides5.

Les conflits entre les cousins Amazighs, les Zirides et les Hammadides, ont donné une opportunité aux Hilaliens de faire des alliances avec l’un ou l’autre cousin pour combattre l’autre.

En réalité, il n’y avait pas de guerre systématique entre les Amazighs et les Arabes de Banu Hillal. Ils ont eu des conflits mais aussi des alliances avec les fractions, les tribus et les dynasties amazighes à travers l’histoire. Les princes amazighs les ont sollicités comme une force militaire bédouine prête à l’utilisation et efficace. Ainsi les Zirides, les Hammadides et ensuite les Almohades, l’ont fait.

Les Hilaliens se sont installés en si petits nombres, des dizaines de milliers selon Gabriel Camps (1996), qu’ils ne pouvaient, vraisemblablement, pas changer la démographie des autochtones et la retourner à leur profit. Leur langue s’est propagée depuis le 13ème siècle J.-C. pour des raisons sociolinguistiques6.

Pour Camps :

« Cet arabe maghrébin est issu de la langue bédouine introduite au 11ème Siècle par les tribus hilaliennes, car ce sont elles effectivement qui ont véritablement arabisé une grande partie des Berbères  (Camps, 1996 ; 56)

L’hypothèse de l’origine exclusivement arabe du Maghribi est contestée par le sociolinguiste Abdou ELIMAM (2003), qui pense qu’il est dérivé du Punique. Notre hypothèse est qu’en raison de la diversité des variétés de Tamazight, la communication et les transactions étaient rendues difficiles. Le besoin d’une langue commune de communication aurait fait de l’arabe hilalien- coprésent sur le même territoire, voisin des variétés de tamazight, et membrede la même famille linguistique que le punique et le tamazight-, une lingua franca qui auraitaidé à prévenir les jalousies entre cousins quant aux valeurs symboliques de prestige liées à la position sociale du groupe détenteur de la norme. La langue Hilalienne, mixée au tamazight et au punique, pourrait avoir donné naissance à l’arabe algérien (l’algérien ou le maghribi) qui est parlé et compris aujourd’hui par la majorité des Algériens et même des Maghrébins. Cette langue maternelle a fonctionné et fonctionne toujours comme un marqueur identitaire à travers le temps. L’arabe académique (scolaire) 7 et le Français sont devenus, pour des raisons symboliques et historiques, les langues du domaine formel, alors que les langues maternelles (les variétés de Tamazight et l’arabe algérien) ont dominé les relations interpersonnelles et l’art populaire (théâtre, chansons, contes populaires, slogans de manifestations populaires, publicités privée, etc.). 

Avec le temps, l’arabe maghribi est devenu une sorte de langue véhiculaire et de communication transfrontalière dans les principaux états du Grand Maghreb où les variétés de Tamazight étaient antérieurement des langues majeures.

Marcel Cohen (1977 : 44) soutient cette idée et dessine une sorte d’aphorisme :

« Dans l’histoire، on peut sans doute observer des cas d’une langue recouvrant une autre، mais de la même origine cependant…La langue arabe s‘est étendue sur le terrain d’autres langues sémitiques (le sud arabique، l’araméen) ou sur celui d’autres langues chamito-sémitiques (le copte égyptien، le berbère« (retraduit de l’anglais)

Gabriel Camps, surpris apparemment par cette identité et cette situation linguistique paradoxale dans le Maghreb, remarque :

« En effet, il n’existe aujourd’hui ni une langue berbère, dans le sens où celle-ci serait le reflet d’une communauté consciente de son unité, ni un peuple Berbère et encore moins une race Berbère…et pourtant les Berbères existent » (Camps, 1996 : 57).

La quête de Tamazight dans le contexte de la lutte anticoloniale

Tamazight, et tout ce qui est en lien avec elle, est une question si controversée dans les Etats et les sociétés du Maghreb que nous pouvons affirmer, sans risque, qu’elle est l’une des questions les plus débattues avec acharnement. Un aperçu sur les nouveaux contextes historiques dans lesquels ce débat controversé a évolué pourrait rendre plus claire l’idée de son évolution future, notamment en Algérie.

La première revendication explicite des Algériens berbérophones de reconnaissance du peuple algérien- avec une identité, une histoire, une culture et un territoire autonomes-, s’est faite en 1949 dans le PPA-MTLD révolutionnaire et indépendantiste algérien. Le MTLD devait préparer un document sur l’histoire et la culture authentiques du peuple algérien pour être présenté à l’ONU comme preuve convaincante de l’existence du peuple algérien (distinct des Européens français). Le MTLD a envoyé un mémorandum officiel dans lequel l’Algérie est proclaméee « arabe, » auquel des berbérophones frustrés de la tournure prise dans le rapport officiel, avaient répondu par un autre document intitulé « Idir al-Watani« , écrit par cinq intellectuels exposant une argumentation historique et culturelle.

Le MTLD était un parti radical qui visait l’indépendance de « la République Algérienne ». L’Algérie était définie par le MTLD officiel comme une « Algérie arabe », pour faire le contraste avec « Algérie française », défendue par les partisans de l’assimilation et les colonialistes. Dans cette confrontation entre les plans coloniaux et ceux des révolutionnaires, l’identité amazighe devait être sacrifiée, pensait-on, au nom d’une unité ne tenant aucun compte de la conposante ethno-culturelle et linguistique de la nation réelle. Dans le même geste, les révolutionnaires voulaient opposer à l’identité prêtée aux colonialistes (Française et Christianisme), une équation identitaire qui serait à leurs yeux autant opposée qu’égale en prestige (Arabe Classique et Islam).

Le mémorandum envoyé à l’ONU à la fin de 1948 par le PPA-MTLD commençait par cette déclaration :

“La nation algérienne, arabe et musulmane, existe depuis le 7ème siècle”

Par conséquent, il n’y avait pas de nation ni de peuple avant le septième siècle ! et surtout pas de trace des Amazighs ! L’implicature d’une telle affirmation lapidaire est que c’est l’intervention des armées arabes en Afrique du nord au 7 et 8ème siècles, qui aurait donné naissance à ce pays et à ce peuple. Alors que tout le monde sait par quels moyens sanglants était constitué le butin de guerre, ne faisant l’économie d’aucun procédé inhumain, y compris l’esclavage et les humiliations inouies, les armées arabes étaient parvenues à soumettre les amazighes ayant opposé une résistence farouche à la tentative d’occupation (toutes les sources historiques et historiographiques crédibles et même les ouvrages de fiqh le montrent avec éclat, en soulignant par exemple la résistence du chef amazigh Maysara). Le fait que l’idéologie de domination islamique ait présenté cette tentative de soumission sous le seul angle du combat entre “kafir” et “mu’min” n’en n’est pas moins une transgression et un travestissement de la vérité portant atteinte à la dignité des ancêtres amazighs.

La question était ainsi très claire dans les esprits des révolutionaires amazighophones. Ils ont sentis que leur identité était complètement et illégalement déniée. Par conséquent, une tendance du PPA-MTLD a défendu le solgan de « l’Algérie algérienne » et a rédigé un manifeste intitulé Idir al-Wataniy avec un sous-titre, « l’Algérie libre vivra ». Dans l’objectif, selon l’un de ses auteurs (Yahia Hemmine, avocat), de contrer l’interrogation de Léon Blum : « L’Algérie vivra-t-elle ? ». Ce document a été rédigé par Ali Yahia Said, Belhocine Mabrouk, Henine Yahia, Hadjeres Sadek et Si Said Oubouzar et devait être envoyé au Comité Central du PPA-MTLD par Ould Hammouda Amar.

La première conséquence immédiate était qu’en Avril 1949, la Féderation de France avait été secouée par une tempête opposant les partisans de « l’Algérie Arabe » à ceux de « l’Algérie algérienne »

Le document-pamphlet « Idir al-Wataniy«  8  voulait répondre à cette question angoissante. Ayant pris sa forme finale en juin 1949, après la mort d’Ould Hammouda (qui a été empoisonné), les discussions sur les questions de langue et d’identité étaient devenues impossibles au sein du parti. Aussi, le document avait été imprimé et édité en cachette de l’autorité coloniale et de la direction du MTLD à la fois. Les promoteurs de cette brochure ont tous rejoint le FLN en 19559 .

Voici les principaux fondements de la longue lutte des locuteurs de Tamazight pour la reconnaissance de l’identité Amazighe de l’Algérie, une identité fondée sur des faits historiques, linguistiques et culturels et non pas sur les bases idéologiques de l’Arabisme et de l’Islamisme mystificatrices.

Ce document, rejeté par le dirigent charismatique du Nationalisme algérien à l’époque, Messali Hadj, ainsi que par la direction du Parti, a déclenché ce qui sera appellé plus tard « la crise Berbériste », malgrè le fait que le terme « berbère » n’avait jamais été mentionné dans la brochure.

Durant la crise de 1949, les partisants de « l’Algérie Algérienne », et ceux de « l’Algérie Arabe » en sont venus à l’affrontement. La brochure « Idir al-Watani« , produite au coeur du Nationalisme algérien, exprime par conséquent le socle algérianiste :

« Le facteur linguistique a aussi contribué à notre prise de conscience nationale; la langue orale; de même que la langue classique… L’Algérien, arabophone ou berbèrophone, utilise aujourd’hui sa propre langue maternelle avec fièrté et ressent moins le désir de parler autrement, en français par exemple. Il cherche, au contraire, à étudier l’arabe classique pour connaitre l’Islam et la culture islamique à laquelle notre peuple a contribuée« . (Belhocine 2001 :17). (Retraduit de l’anglais)

L’accusation de Berbèrisme et de séparatisme a franchi un autre pas et a fabriqué un supposé parti Kabyle (PPK). Ferhat Ali ( trésorier du PPA-MTLD) avait déclaré au journal Alger Républicain du 21-22 aout 1949 :

« Le Parti du Peuple Kabyle n’a jamais existé, pour la simple raison qu’il n’y a qu’un seul peuple algérien, dont les composantes sont néanmoins différentes en termes d’origine et de langue, qui vit fraternellement uni et animé par la même volonté de libération nationale…Quant à moi, j’ai toujours pensé que l’Algérie n’est ni arabe, ni berbère, et ne pourrait être autre chose qu’algérienne et que dans notre patrie, toutes les cultures ainsi que toutes les composantes de notre héritage commun méritent le respect et le développement libre« .(retraduit de l’anglais)

Cependant, cette brochure a fourni, consciemment ou non, la base doctrinale et le cadre politique pour la revendication de Tamazight tout au long de l’histoire récente de l’Algérie (la crise de 1980, l’ouverture de 1989 à 1991, et le mouvement citoyen de Kabylie en 2001-2003).

Les Amazighs ressentaient une injustice insondable, accentuée après l’indépendance par une politique linguistique et culturelle exclusivement arabo-islamiste menée sans ménagement par les gouvernements algériens successifs.

La politique linguistique algérienne postindépendance

La politique linguistique de l’Algérie indépendante a été complètement déterminée par les controverses idéologiques et politiques de la période coloniale qui ont mis face à face les partisans de « l’Algérie arabe » et les partisans de « l’Algérie algérienne ». Les élites du parti du Front de Libération Nationale (PFLN), au pouvoir depuis l’indépendance, mentalement imprégnés dans ce terreau idéologique et politique, ont impitoyablement imposé une politique monolingue à une société historiquement multilingue10

La politique linguistique d’arabisation visait, tacitement, à déraciner la langue Tamazight, d’un côté, et, d’un autre côté, à favoriser l’expansion de l’idéologie islamiste conservatrice pour contenir l’influence de la pensée de gauche. La propagation par l’idéologie islamiste de l’idée de sacralité de l’arabe classique, était destinée à édulcorer l’impitoyable oppression des variétés de la langue tamazight. Des déclarations du genre, « Je suis un Amazigh arabisé par l’islam » sont récurrentes dans cette tendance de discours idéologique : le refus de l’arabité impliquerait le refus de l’islamité ! Mais que dire des Turcs, des Bulgares, des Malaisiens, des Indonésiens… ?

Mais si cette attitude négative des élites révolutionnaires envers les langues et les cultures maternelles, particulièrement les variétés de tamazight, pouvait être tolérée jusqu’à un certain degré par les locuteurs de tamazight, dans le contexte de la résistance au colonialisme, comment pouvait-t-elle se justifier après l’Indépendance ? Comment les Kabyles pouvaient-ils accepter l’interdiction d’une simple conférence, par Mouloud Mammeri- célèbre intellectuel institutionnel kabyle, sur les « Poèmes Kabyles anciens » à l’Université de Tizi-Ouzou le 20 avril 1980 ?

L’interdiction a entrainé de violentes émeutes (appelées par la suite « Tafsut n Imazighen »= Printemps berbère). Cette contestation revendiquait essentiellement la démocratie, la liberté d’expression et d’opinion, des libertés individuelles et collectives, la liberté d’organisation politique, la reconnaissance de Tamazight comme langue nationale aux côtés de la langue arabe classique et l’arabe algérien, au sein de l’Etat Algérien Uni.

Ouverture politique après 1989 : manque de constance

L’imposition de l’idéologie panarabiste, conjointe à la perception conservatrice de l’Islam, comme les seules références culturelles, a provoqué des cristallisations politiques et idéologiques qui ont transformé la question linguistique en une confrontation vitale où les politiques éducatives et culturelles sont devenues les champs de bataille favoris perpétuant les lignes de clivage fondamentales de la crise de 1949.

Après 1989, le multipartisme superficiel a été altéré par le maintien d’un monolinguisme désincarné. L’ordonnance présidentielle de 1976, affirmant la nécessité d’une arabisation totale, a été renforcée par celle de 1996 imposant une arabisation immédiate et totale sous la menace de sanctions pénales si une autre langue venait à être utilisée.

Néanmoins, la nouveauté consistait en la reconnaissance institutionnelle de la langue maternelle d’une importante partie du peuple algérien par l’ouverture de deux départements de langue et culture Amazighes, l’un à l’Université de Tizi-Ouzou en 1990, l’autre à l’Université de Bejaia en 1992. Le slogan populaire «tamazight di lakul »(=Tamazight à l’école) a connu un début d’application en 1995 suite à la création du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA) – lui-même conséquence de « la grève du cartable » qui avait ébranlé la Kabylie en 1994.

Cependant, l’introduction de Tamazight dans le système éducatif était précipitée. Elle s’est faite sans standardisation, sans dictionnaire, sans programme pédagogique, sans manuel scolaire et sans enseignants compétents. C’était bien une gageure.

La contestation dite « tafsut taberkant » ( = le printemps noir) en Avril 2001, menée par l’organisation citoyenne dite des Arouchs11– qui a duré trois ans pour des raisons de crimes impunis commis par la gendarmerie contre les jeunes manifestants, perçue comme un couronnement du désarroi culturel, social, et économique, compliqué par l’absence de démocratie et la généralisation de la corruption – cette contestation donc, avait conduit à la promotion de Tamazight comme langue nationale par l’amendement Constitutionnel de 2002. Notons que les deux partis basés en Kabylie- le Front des Forces Socialistes et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (le FFS et le RCD)- avaient boycotté ce vote.

Grace à cet amendement, tamazight, en sa qualité de langue polynomique, acquiert de jure, après 23 ans de luttes acharnées, ce qu’elle devait posséder de facto grâce à l’histoire et au territoire. Mais l’obsession d’une totale unité cultivée par les dirigeants de l’Etat n’est pas encore enterrée.

Les institutions de tamazight

Tamazight est maintenant dans la Constitution, à l’école, dans les medias, et dans le discours politique. Quatre instituts universitaires sont consacrés à l’enseignement et la recherche, et le Ministère de l’Education Nationale a créé le Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight (CNPLET) 12   après le Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA). Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique publie les appels d’offres d’un Programme National de Recherche[3] dans le domaine de Tamazight.

Ces Institutions souffrent de divers handicaps comme le manque de chercheurs, comme au CNPLET et au HCA, qui fonctionne sans président depuis la mort du regretté Mohand Idir Ait-Amrane en 2004.

Tamazight fait face, aujourd’hui, après son extension à quelques aspects du domaine formel, à des demandes qualitatives. C’est une langue polynomique et elle est toujours enseignée avec une méthodologie erronée fondée sur le présupposé d’une langue standard unifiée. Les enseignants de « Tamazight », qui sont des diplômés des départements de Tamazight, n’ont pas de formation dans le domaine de la pédagogie. La langue n’est pas standardisée, et chaque enseignant opère intuitivement à partir de son stock de connaissances de sa variété maternelle faisant appel à beaucoup de néologismes rébarbatifs. Par-dessus tout, il n’y a pas de consensus sur la question du choix des caractères d’écriture entre les partisans du caractère arabe, français adapté et ceux qui optent pour les caractères tifinaghs. Les intellectuels arabisants sous-estiment tamazight, mais préfèreraient qu’elle soit écrite en caractères arabes ; les francisants, qui ont soutenu tamazight depuis les années soixante-dix, voudraient garder les caractères français, rejetant viscéralement l’alphabet arabe ; les locuteurs kabyles sont les précurseurs de la revendication de la reconnaissance de tamazight et de son élaboration symbolique, refusent que leur langue soit écrite en caractères arabes ; les locuteurs Chaouias[4] et les Mozabites préfèrent, d’une certaine manière, le caractère arabe, et les Touaregs optent pour le caractère tifinagh ancestral !

Sur quels critères cette question peut-elle être tranchée afin de gagner l’assentiment de tous les utilisateurs et celle de la société en général ?

Habib Allah Mansouri 1[5] déclare dans ce contexte :

« Ils sont surpris (les locuteurs de l’arabe algérien d’Oran) que les locuteurs de tamazight utilisent le caractère français pour écrire leur langue ; ces caractères ôtent à cette langue toute légitimité historique et la relieraient à une sphère civilisationnelle étrangère« .

Un autre souci crucial : doit-t-on enseigner tamazight pour les locuteurs de l’arabe algérien ainsi que pour les locuteurs de tamazight ? Quelle variété va-t-on enseigner et pour qui ? Sera-t-elle obligatoire ou bien facultative et pour qui ?

Toutes ces questions endocentriques impensées rendent difficultueux l’aménagement du corpus linguistique (codification) sur des bases scientifiques et rendent floue la présence de tamazight dans le paysage sociétal.

Sous la pression de l’urgence, les manuels de tamazight sont en réalité chargés de textes non authentiques, généralement des textes français traduits (mal) en kabyle pour le seul intérêt de se conformer à une typologie textuelle (argumentation, narration, description). Les traductions sont pleines de néologismes frustrants dus aux différences en terme de contenus encyclopédiques de la langue source et la langue cible14.

Autrement, le recours s’est généralement opéré en faveur des contes populaires kabyles, dont la sémantique rurale et pastorale est incompatible avec le contexte culturel actuel de vie des apprenants qui sont, en plus, confrontés à des méthodologies et des contenus pédagogiques modernes pour le français et l’anglais tôt dans leur cursus scolaire !

Dans une étude menée par le CNPLET en 2009, la question est présentée de cette manière :

L’enseignement de tamazight a été introduit dans les programmes du système éducatif depuis 1995. Le manuel de l’enseignant a été remis aux enseignants et aux étudiants en 1997/1998. Depuis cette date, trois types de manuel ont été édités. Le dernier type en usage était celui élaboré par les membres de GSD (inspecteurs et enseignants) du MEN (Ministère de l’Education Nationale). Jusqu’à maintenant, tous les paliers de la 4ème année primaire à la 3ème année secondaire avaient des manuels de ce type (…). Dans les programmes, les objectifs de l’enseignement de Tamazight aussi bien que les compétences et les contenus d’apprentissage sont spécifiés. Le document d’accompagnement contient des détails sur la façon dont les manuels doivent être utilisés et comment faire une leçon. (…)

En plus du livre de grammaire de tamazight et d’initiation à l’écriture, il est loisible de remarquer l’usage des documents authentiques comme les contes populaires, les textes ethnographiques, les chansons, la littérature orale ancienne et moderne, les traductions… Le MEN a proposé dans les années (1995-1996) un livret du programme de 7 pages contenant des orientations méthodologiques intitulé : « une proposition de méthodologie pour l’enseignement de tamazight, troisième palier, objectifs, contenus, orientations« . Mais peu importe, ce livret n’était pas accompagné par des outils pour l’enseignant (…). L’enseignement de tamazight a fait encore une avancée en 2003. Les enseignants ont reçu préalablement, pour la première fois, un programme officiel et un manuel. Les programmes du MEN étaient basés sur l’approche par compétence

En outre, la contestation liée à tamazight avait causé des dommages psychologiques collatéraux en raison de la propagande agressive du gouvernement qui la présentait comme « un complot colonialiste visant à désintégrer la nation » et comme « une langue et une culture arriérées ».

Othman Saadi, militant du parti FLN, et l’un des plus résolus dénigreurs idéologiques de tamazight, proclame explicitement que les Amazighs n’existent même pas, parce qu’ils seraient dans les faits des Arabes purs (‘arabunariba) à l’origine15, quand tout le monde sait que même le hachémite prophète Mohamed n’est pas considéré comme un Arabe pur 16.

Othman Saadi fait dériver le lexique de tamazight de la langue arabe par moult acrobaties lexicales ! « tamettuth » (=femme en tamazight)17 est dit être dérivé de « tamath » (« menstrues en arabe classique). Il a sauté par-dessus des questions logiques élémentaires : les Amazighs n’avaient-t-ils pas un nom pour désigner leurs femmes avant l’arrivée des Arabes en Afrique du Nord ? Pourquoi les Arabes n’ont-t-ils pas appelé leurs femmes partant de cette racine ? N’était-t-il pas plus facile d’emprunter le mot arabe plutôt que de créer un mot nouveau à partir d’une racine arabe différente ?

C’est ainsi que s’est officiellement cultivée la haine de soi qui a atteint le nihilisme. Si l’estime de soi devait avoir survécu à toutes ces haines et problèmes objectifs, l’introduction de tamazight dans le système éducatif l’aura beaucoup amoindri à ses débuts en raison de son émergence désordonnée dans le paysage sociétal provocant un grand désenchantement.

Un faible encadrement institutionnel

L’arabe scolaire retient comparativement plus l’attention du gouvernement qui déploie tous les efforts pour lui mettre de gros budgets à sa disposition, une académie, un Conseil Supérieur et beaucoup de centres de recherche sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Tamazight- la deuxième langue nationale et officielle- reçoit des miettes. Le projet de l’Académie avait été abandonné[6] après avoir été accepté par le Conseil de gouvernement en 2008, mais repris dans la constitution de 2016 avec une loi organique problématique ; le Haut-commissariat à l’Amazighité n’a pas de haut-commissaire depuis 2004 ; il existe un seul centre de recherche sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur à Bejaia, encore en formation, malgré le fait que cette langue a extrêmement besoin d’institutions de normalisation18.

L’enseignement de tamazight a commencé en Algérie durant la période coloniale au niveau universitaire au 19ème siècle. Initié par un locuteur arabophone, Belkacem Bensedira19, ce cours a été poursuivi par son étudiant kabyle, Said Boulifa. L’enseignement de tamazight avait continué jusqu’à la fin des années soixante comme chaire de tamazight à l’Université d’Alger, tenue plus tard par Mouloud Mammeri. Hormis dans les associations civiles dédiées à tamazight, l’enseignement de cette langue au sein des institutions algériennes n’a été repris qu’en 1995. Cela a suscité un grand enthousiasme au départ, avant qu’il ne suscite une certaine déception, initialisant par conséquent le rétrécissement de l’espace où elle était enseignée.

Quoique je n’accorde personnellement pas beaucoup d’intérêt aux chiffres, il serait, du fait que la plupart des réponses de l’administration recourent à la manipulation du quantitatif plutôt que du qualitatif dans une recherche du CNPLET20, une baisse du nombre des enseignants a pu être observée jusqu’en 2007 dans beaucoup de régions.

On remarque aussi la faible augmentation du nombre de l’effectif des élèves et des enseignants au niveau des écoles primaires, des collèges et des lycées. Les rapports de l’Inspection générale du MEN ne mentionne pas de telles données21.

En mars 1990, dans un colloque organisé par l’Université d’Oran sur les dialectes en Algérie, l’auteur de ces lignes avait défendu l’idée d’enseigner chaque variété de Tamazight séparément. Il avait suggéré qu’une académie coordonnerait l’aménagement linguistique de cette langue polynomique, et que les contenus pédagogiques, les manuels, les dictionnaires scolaires …devraient être rendus disponibles progressivement. Aussi, de grands efforts de toute la nation étaient nécessaires afin de recouvrir son identité historique tout en évitant un repli sur soi morbide22.

La régression de Tamazight dans « le marché linguistique », (terme de Bourdieu 1982) et dans « la bourse des langues » (de CALVET 2002), est exacerbée par le fait que la nécessité de moderniser l’Etat algérien exige objectivement le recours au français, en raison de son avancement dans le domaine des sciences modernes universelles et de sa diffusion et de son ancrage historique dans le tissu national. D’autre part, la politique d’arabisation, dont les contenus sémantiques et les références sont bien enracinées dans le conservatisme,23 a complètement échouéeà cause de son inadéquation fonctionnelle avec la modernité et avec les besoins d’expression de la population. Dominée par le conservatisme le plus fermé, l’arabe scolaire est étouffé dans l’atmosphère cognitive des siècles passés.

Le modèle d’Etat-nation du vingtième siècle a aussi relativement échoué comme système politique capable de prendre en charge les exigences du siècle et la complexité de la société. Le seul principe politique incontorunable pour la construction d’un Etat démocratique moderne, qui assure l’adhésion de tous les citoyens, demeure le respect de la citoyenneté, de la démocratie, et le respect des libertés individuelles et collectives, qui doivent être aux fondements de cet Etat pour faire face aux différences culturelles, régionnales, linguistiques et politiques kaléidoscopiques de la société et de la nation algériennes.

Conclusion

Les populations amazighes algériennes, majoritaires avant l’arrivée de tous les autres peuples, langues et cultures, y compris, plus tard, les Arabes, ont continué à pratiquer leur langue régionnalement différencée, mais en tant que minorité linguistique, en raison de la forte influence de l’arabe algérien, de l’arabe scolaire puis, plus tard, du français. Ces populations amazighes ont alors adopté l’arabe algérien, qu’elles utilisent comme langue véhiculaire, devenue maintenant langue maternelle de la majorité des Algériens et des autres Maghrébins.

Aujourd’hui, ni le particularisme berbériste, ni encore moins le mythe du transnationalisme arabo-islamique ne peuvent vraiment rendre justice à l’identité l’Algérie, en embrassant la richesse et la diversité de la réalité anthropologique, sociale, culturelle et linguistique. La Constitution algérienne, influencée par le point de vue généalogiste classique commun à la pensée arabe dominante, présente les composantes d’une identité algérienne (amazighité, islamité, et puis arabité) à la manière de strates géologiques qu’on pourrait retrouver telles qu’elles dans une fouille du sol algérien.

Mais, en réalité, l’identité des Algériens peut-être définie plus justement et consensuellement sur la base de la citoyenneté et du territoire : l’algérianité. Ceci en laissant tout autre dimension à leurs libertés individuelles et collectives et leurs représentations individuelles. Pour cela, nous appellons à une réforme fondamentale de l’organisation juridique et institutiinnelle de l’Etat et à la mise en place d’un référent intellectuel, juridique et institutionnel général s’inscrivant dans le multiculturalisme cosmopolite citoyen tel que soutenu par le chercheur Will Kimlicka. C’est la condition primordiale, selon nous, et sine qua non de la possibilité du vivre ensemble en paix

Notes

Ce mode d’organisation et de financement de la recherche scientifique a été abandonné au MESRS

[1] En fait les positions peuvent avoir évolué depuis notre constat notamment chez les chaouias où une partie semble accepter plus facilement le caractère latin aujourd’hui

1nous entendons par cela la violence symbolique comme le dit Pierre Bourdieu (1982), mais surement aussi la violence physique.

2CAMPS G, Op,cit ; MEYNIER G, L’Algérie des origines, de la préhistoire à l’avènement de l’Islam, Alger, 2007.

3Voir Dida Badi Ag Khammadine, Les Touaregs de Tassili n Ajjer, Mémoire collective et organisation sociale, Mémoire du CNRPH, Nouvelle série N17, 2012.

4PPA-MTLD : Parti du Peuple Algérien, Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, à l’époque c’était le parti nationaliste Algérien. La crise a eu lieu en 1949.

[1] L’académie de la langue amazighe fut créée finalement en septembre 2018 avec un texte et une composante très discutables

5Camps G, Op, Cit, p140-141.

6Voir G.Camps, cited surpra ; W. Marçais, «Comment l’Afrique du Nord a été arabisée ? ». in Annales de l’Institut d’Etudes Orientales d’Alger, (Tome 4, 1938 et tome 14, 1956).

7L’arabe académique est une derivation moderne de l’arabe classique formellement utilisée dans le domaine de la religion, le droit, la grammaire et la poésie…

8Idir est un nom propre, qui signifie en kabyle « qu’il vive » et il est généralement utilisé par des familles qui ont perdu beaucoup de nouveaux-nés garçons.

9C’est presque le point de vue de Belhocine Mebrouk, l’un des auteurs de la brochure Idir Al-Watani.

10Abderrezak DOURARI, «Politique linguistique en Algérie : entre le monolinguisme de l’Etat et le plurilinguisme de la société », in Synergies pays germanophones, Coordonné par Peter Cichon et al, Les politiques linguistiques implicites et explicites en domaine francophone, Revue de Gerflint, Berlin, 2012, p 75 sq.

11Voir le terme fallacieux de « Aarch » ou bien tribu A. Dourari, « Réponse à Camille Lacoste-Dujardin », Site Internet Interface-Algérie : Les malaises de la société algérienne, crise de langues, crise d’identité, Casbah Ed, 2003, p125 sq ; « pratiques langagières effectives et pratiques langagières postulées en Kabylie, à la lumière des événements du « printemps noir » 2001″, in Insaniyat, Oran, N0 17-18 Mai-Décembre 2002.

12CNPLET, crée en 2005, voir le site web <cnplet.dz >

13Habiballah Mansouri est actuellement inspecteur de Tamazight au sein du Ministère de l’Education Nationale ; il a mené une étude sur la population d’Oran concernant les caractères d’écriture de Tamazight.

14Voir Timsal n Tamazight, NO1-3, Sept-Oct 2011 ; Septembre 2012, Revue dirigée par A. Dourari et éditée par le CNPLET/MEN, Algérie.

15Othman Saadi, al-amazigh ‘arabun ‘ariba…C’est un Amazigh chaoui de l’Est de l’Algérie, un membre très connu du parti du FLN. Il fut aussi ambassadeur d’Algérie en Syrie : « ‘arab ‘ariba », s’oppose à « ‘arab musta’riba », (=Arabes d’origine/Arabes arabisés).  

16Cheikh Ahmed Al-‘Iskandari et Cheikh Mustafa Annani, 1927, Al-Wassit fi l-‘adab al-‘arabi wa tarikhih,. Ed. Matba’at al-ma’arif, 6ème édition, p6-8.

17 « Tamettuth » est dérivé du verbe amazigh « Tedh » (racine TD= »téter »), dans la forme passive du sens « une personne qui est tétée ». Le processus d’assimilation phonétique rend le lien entre la racine et le terme moins clair.

18Voir A. Dourari, interview pour le quotidien national : La dépêche de Kabylie, du 21/03/2009, version électronique sur (http://www.depechedekabylie.com/propread.php?id=68156&ed=2069) 

19Belkacem Bensedira est l’auteur de Cours de langue Kabyle, grammaire et version, A. Jourdain, 1887, CCXIII. Voir plus, Ould-Braham O, Belkacem Bensedira et son cours de langue kabyle 1887, in Etudes et Documents Berbères, 21, 2003, pp 149-190.

20Akbal-Ibri Saliha, Imarazen Moussa, Sabri Malika, Berdous Nadia et Chzmakh Said, (=Une étude du profil des enseignants de Tamazight des régions de Bejaia, Bouira, Boumerdès, et Tizi-Ouzou).

21voir le document intitulé « l’Enseignement de Tamazight, Etat des lieux« , 2007, p14, (=L’enseignement de Tamazight, inventaire des supports).

22. Voir. A. Dourari (S/d), in Actes du colloque international du CNPLET : Tamazight langue nationale en Algérie : Etat des lieux et problématique d’aménagement, Sidi Fredj, 05-07/12/2006 ; et le colloque international en collaboration avec le Laboratoire Paragraphe de l’Université Paris 8 : Tamazight dans le système éducatif algérien, problématique d’aménagement, 2007 ; Atelier sur la normalisation, la numérisation et l’apprentissage électronique, 2008 ; Tamazight, les TICE et les méthodes d’enseignement/apprentissage des langues, 2009 ; la dictionnairique des langues de moindre diffusion, le cas de Tamazight, 2010…).

23 voir pour plus informé A. DOURARI: « l’impéritie de la lexicographie/lexicologie arabe », in Revue langues et langages, Décembre 2013.

Références 

Belhocine, M. (2001), Idir al-Watani, l’Algérie libre vivra, Alger : le combat algérien.

Belkacem, B. (1887), Cours de langue Kabyle, grammaire et version, Alger : A. Jourdain, 1887

Bourdieu, P. (1982), Ce que Parler Veut Dire, Paris : Fayard.

Calvet, L-J. (2002), Le marché des langues. Les effets linguistiques de la mondialisation, Paris : Plon.

Camps, G. (2007), Les berbères Mémoire et identité, Alger : Actes Sud-Barzakh.

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[1] Thébert Yvon, Romanisation et déromanisation en Afrique: histoire décolonisée ou histoire inversée, 1978Méditerranée