Ph. Liberté

Ph. Liberté

 Chers amis de Maghreb Emergent,
Sans contester, nullement, la narration fidèle que vous faites de mon passage au Forum de « Liberté » ce lundi 14 avril 2014, j’aimerais, cependant, apporter deux rectifications plus par souci d’éclaircissement.

  La première rectification se rapporte au jugement que j’ai apporté concernant la candidature à l’élection présidentielle de M. Ali Benflis. Vous mettez dans ma bouche le mot « saugrenue »qui est très péjoratif car il voudrait dire « extravagant et ridicule ».Nonobstant les règles de correction que je m’impose, les rapports d’amitié qui me lient à M.Ali Benflis ne m’autoriseraient jamais à recourir à un terme aussi déplacé. J’ai utilisé le mot « incongru »au sens d’inapproprié. Admettez qu’entre les deux termes, il existe plus qu’une nuance.
  Vous rapportez, par ailleurs, que j’aurais dénié au Général Mediene Mohamed la capacité de jouer, en Algérie, le rôle que l’ancien responsable du KGB, Youri Andropov, avait joué,dans le processus de réformes engagé pour éviter l’implosion du système soviétique.
   Il y a près d’une année de cela, l’envoyé spécial de l’agence de presse américaine, United Press, m’avait interrogé sur le rôle que les services de renseignement algériens avec leur Chef, pouvaient jouer dans la nouvelle phase qui s’ouvrait en Algérie. J’avais, alors, exprimé, effectivement, le vœu que le Général Mediene Mohamed puisse, à l’image du responsable du KGB que nous avons évoqué, pousser à la transformation pacifique du système politique en Algérie. C’était juste un vœu.
   En réalité, dans mon intervention au Forum de « Liberté »j’avais plus insisté sur la similitude qui pouvait exister entre le Général Mediene Mohamed et le Mayor Melo Antunes, coordinateur du Mouvement des Forces Armées qui avait renversé le système dictatorial au Portugal. L’un et l’autre, dans des postures différentes, ont eu à être l’interface de l’armée avec la société politique. Il faut retenir que Le Mayor Melo Antunes a réussi à établir cette jonction salutaire avec les forces vives politiques au Portugal contraignant même l’aile radicale du Mouvement portugais des Forces Armées à tempérer ses ardeurs et à se plier aux règles du système démocratique.
   Toujours sur le mode pédagogique, j’avais évoqué, au cours du Forum de »Liberté », l’appel à une sortie de crise que M. Mouloud Hamouche avait lancé du même endroit. Sans vouloir être malveillant, de quelque manière, vis-à-vis de l’ancien Premier Ministre, pour lequel je nourris amitié et considération, je me suis demandé s’il pouvait se tromper d’appréciation jusqu’à imaginer que les trois personnalités qu’il avait cité-Le Président Abdelaziz Bouteflika et les Généraux Gaid Salah et Mediene Mohamed-devaient être comparées , respectivement, au Roi d’Espagne Juan Carlos -qui a su sauver la démocratie en son royaume- , au Général Ramalho Eanes, chef d’Etat-major de l’armée portugaise pendant la « Révolution des œillets »- qui a su rétablir la discipline dans les rangs et placer l’institution au service de la transition démocratique – et au Mayor Melo Antunes , enfin, précédemment évoqué.
  J’avais, alors, souligné-et pour cause-que M. Mouloud Hamouche aurait dû faire l’impasse sur les personnes en elles-mêmes et interpeller les institutions proprement dites. Ce qui est loin d’être une clause de style. Enfin, je ne crois pas, en ce temps de grands changements ou la volonté populaire s’impose comme un protagoniste incontournable dans la vie des nations, il puisse être envisagé une solution de sortie de crise qui ne s’appuie pas, d’abord, sur le concours actif de la société.
Mohamed Chafik Mesbah