Algérie CPP
Le pouvoir fait «une analyse policière des évènements sociaux»

Algérie CPP

 

Le CPP a eu droit à un étonnant cocktail jeudi 22 janvier : un mélange de gaz de schiste, de mauvaise gestion et de marches salafistes. Cela donne un résultat au goût particulier. A consommer avec modération, de préférence au second degré.

Les marches salafistes de vendredi 17 janvier, pilotées par le pouvoir ? Le CPP a osé. Au cours du Café Presse Politique de Radio M, jeudi, Saïd Djaafar a affirmé qu’en appelant à des marches contre les atteintes au prophète de l’Islam, Echorouk « a pris en charge une campagne au profit du pouvoir, pour éviter qu’elle ne soit prise en charge » par les salafistes.

La marche a débordé, et rappelé, par certains côtés, les années 1990. Les contestataires sont allés jusqu’à bruler le drapeau français. Ce qui a poussé Khaled Drareni à dire que « puisque nous sommes dans une conjoncture où l’Algérie ne refuse rien à la France, l’Algérie va peut-être s’excuser ».

Abed Charef estime quant à lui que le pouvoir algérien va tirer profit de cette marche. Les dirigeants algériens peuvent rappeler aux Français que le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a participé à la marche républicaine de Paris alors que l’opinion algérienne y était hostile. Une opinion qui, pour Saïd Djaafar, « sans être djihadiste ni intégriste, n’accepte pas que son prophète soit ainsi traité ainsi».

Curieusement, le ministre des affaires religieuses Mohamed Aïssa a été très apprécié au CPP. « C’est le seul ministre qui fait de la politique », a déclaré Saïd Djaafar, en relevant que Mohamed Aïssa dénonce l’islamophobie en Europe et fait face aux salafistes en Algérie. Abed Charef a relevé que Mohamed Aïssa affiche sa vision personnelle, non celle du gouvernement. Il se félicite qu’il soit le seul à se prononcer, « car je me demande ce que ça donnerait si Abdelmalek Sellal se mettait à parler de religion ».

L’ombre de Khelil sur le gaz de schiste

Mais pour Abed Charef, cette affaire révèle aussi « la terrible fragilité d’un pays comme l’Algérie et de nombreux autres pays, ébranlés par une caricature. On est complètement dans le faux. La dérive est telle qu’on ne se rend plus compte de ce qui est important, ce qui essentiel, et ce qui futile ». Il rappelé que les marches de protestation ont fait dix morts au Niger.

El-Kadi Ihsane a choisi l’économie et la contestation sur le gaz de schiste pour dire que « tout le monde savait que (l’ancien ministre de l’Energie) Chakib Khelil tapait dans la caisse », mais qu’il remplissait son rôle : ramener de l’argent dans les caisses de l’Etat. Son successeur, Youcef Yousfi, serait sur la sellette parce qu’il n’arrive pas à assumer ce rôle. C’est vrai que ce n’est pas complètement de sa faute : il y a une conjoncture défavorable, il y a eu Tiguentourine, et une « une déplétion plus rapide que prévu du gisement de Hassi R’Mel », à cause de la gestion de Chakib Khelil précisément. Mais non seulement M. Yousfi ne joue pas ce rôle de financier de l’Etat, mais il a réussi à soulever une contestation dans le sud contre le gaz de schiste. Hacène Ouali note qu’il n’y a pas de consensus contre l’exploitation du gaz de schiste, mais Saïd Djaafar souligne qu’il y a « un consensus médiatique » contre elle. « Comment vendre l’exploitation du gaz de schiste à la population, c’est perdu », constate El Kadi Ihsane.

Hamel à In Salah

Saïd Djaafar a est revenu sur les déclarations de M. Abdelmalek Sellal sur la question. « Ce n’est pas un moratoire, mais ça y ressemble ». Saïd Djaafar a toutefois souligné que « ça risque de ne pas satisfaire les protestataires », car il y a toujours « un problème de confiance ». Pour lui, M. Sellal a « tenté de dénouer le problème sans renoncer à la décision stratégique d’exploiter gaz de schiste ». Question confiance, Abed Charef a suggéré au gouvernement de dénoncer l’exploitation du gaz de schiste. Par défiance vis-à-vis du gouvernement, les Algériens vont demander que le gaz de schiste soit exploité », a-t-il dit.

Et le patron de la police, le général Abdelghani Hamel, comme émissaire auprès des contestataires ? Hacène Ouali relève que le pouvoir fait « une analyse policière des évènements sociaux ». El Kadi Ihsane note que Hamel se présente comme médiateur « fort de son succès à Ghardaïa et Touggourt ».

Abed Charef observe que le général Hamel est légitimé à In-Salah. D’abord parce que le président Bouteflika ne croit qu’aux appareils militaire et sécuritaire. Ensuite parce que « les autres ayant échoué ou allant au-devant de l’échec, il a le droit de dire : puisque c’est moi qui serai appelé à bastonner plus tard, je veux tenter quelque chose maintenant ».

Extraits vidéo : http://bit.ly/15m6Y8Y