Il fallait s’y attendre : l’inauguration de l’usine Renault à Oran est passée à la moulinette du talk-show Café Presse Politique (CPP) de Radio M. Ce projet n’obéit à aucune logique économique ou industrielle, c’est un « deal entre bureaucrates » à Alger et à Paris.

La sortie du premier modèle Symbol de la nouvelle usine Renault en Algérie n’a pas enthousiasmé le tour de table de la cuisine du CPP de Radio M, la web radio libre de Maghreb Emergent. A contrario de l’euphorie gouvernementale relayée par des medias « embeded » où les Unes de certains grands journaux ont été habillées aux couleurs de la campagne « Symbol made in Algeria ». «Cette usine est la dot de Bouteflika pour le 4e mandat (…) on voulait un joujou, on l’a eu, » s’est exclamé le journaliste Abed Charef, qui qualifie cette façon de procéder de « catastrophique ». « Cette usine ne va pas plus loin qu’assembler un moteur dans une carcasse, (…) c’est une catastrophe car cela empêche l’Algérie d’entrer sérieusement dans l’industrie automobile,» explique-t-il.
Une fois n’est pas coutume, El Kadi Ihsane abonde dans le même sens. Il estime que le gouvernement algérien « n’est pas assez compétent » pour négocier un bon accord qui aurait permis un plus fort taux d’intégration. « Avec cette usine, on importera la Symbol en plusieurs pièces au lieu de l’importer en entier, » ironise le chroniqueur économique. Et la comparaison avec le voisin marocain était inévitable : taille de marché plus importante en Algérie (400 000 véhicules/an contre 100 000 v/an pour le Maroc) alors que le site de Renault à Tanger Med produit 10 fois plus que celui d’Oran. Mais on conclut avec une note optimiste : la Corée du Sud a commencé comme cela et l’Algérie a besoin d’une puissance économique comme la France pour construire une industrie, tout comme la France a besoin d’un algérien pour se soulager de la crise qui frappe son économie.
Statu quo politique et crise de la presse
Sur le plan politique, rien de nouveau sous le ciel d’El Mouradia. Bouteflika a délocalisé la présidence à Zeralda pour cause de maladie, le patron du DRS est toujours à son poste et le général Gaid Salah « est plus fort que jamais ». «On est en plein dans le 4e mandat et cela ne pouvait être que ça », résume Abed Charef. La dérive de l’économie, les menaces aux frontières, la mutinerie des policiers, la guéguerre entre le patron de la DGSN et le ministre de l’Intérieur, ne semblent aucunement influer sur le régime. « Tout le monde peut faire ce qu’il veut pourvu que cela ne perturbe pas la présidence de Bouteflika (…), le reste n’a aucune espèce d’importance, » ajoute-t-il.  
La crise au sommet du régime s’est déplacée dans le secteur de la presse. El Khabar a censuré un article, « pour des considérations stratégiques », d’un de ses journalistes sur les largesses dont on bénéficié des ministres en poste auprès de Khalifa. La posture du journal arabophone, connu pour son ton critique vis-à-vis du pouvoir a choqué, autant que la Une enveloppée dans une publicité sur la Renault Symbol « algérienne ». La pression publicitaire exercée sur les annonceurs privés a fait que des brulôts, publiables il y a seulement quelques mois sur certains titres de la presse privée, ne le sont plus aujourd’hui. Qui exerce cette pression sur les médias ? « C’est Said Bouteflika ! » répond spontanément El Kadi Ihsane.

Extraits vidéo : http://bit.ly/1ui3WN4

 

Pour écouter l’intégralité de l’émission, cliquez sur la play-list suivante :