Ils étaient des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, à manifester, ce 7ème vendredi de la colère, dans les rues de Béjaïa. Et toujours dans la bonne humeur et dans la joie, comme cela a été le cas depuis plus d’un mois et demi. On est venu des quatre coins de la wilaya de Béjaïa : de la vallée de la Soummam, des régions Est à savoir le Sahel, d’Oued des daïras d’Amizour et de Barbacha, et bien évidement de tous les quartiers et villages du chef-lieu de wilaya.

Les femmes sont toujours aussi nombreuses à y prendre part. Mais aussi les enfants, qui attendent le vendredi, pour marcher avec leurs parents, leurs grands-parents, les membres de leurs familles ou leurs voisins. On a même vu beaucoup de gens marcher avec des béquilles ou sur des chaises roulantes.

Pour dire que ce mouvement de contestation populaire est trans-générationnel car porté, véritablement, par toutes les catégories sociales, par toutes les générations et des deux sexes, c’est d’ailleurs ce que l’on a observé depuis le 1er mars dernier. La nouveauté, c’est que l’on a vu de vielles femmes exhiber fièrement des drapeaux algériens géants et se mettre à la tête de carrés et faire tout l’itinéraire. D’autres sont entourées affectueusement de leurs petits-enfants, qui sont assurément très engagés dans ce mouvement de protestation. Ils portent indifféremment des drapeaux algériens ou amazighs.

Autre implication, significative, qui témoigne de l’adhésion massive à ce mouvement des jeunes d’une manière générale : les adolescent(e)s. Si le pouvoir politique a tout fait pour éloigner les Algériens de la politique, le mouvement de contestation populaire a réussi l’exploit d’amener les Algériens à s’intéresser de très près à la chose politique et à préparer la nouvelle génération à militer pacifiquement, à formuler des revendications et à les exposer intelligemment soit sous forme de dessins, de photos, de slogans ou de jeux de mot.

Les habitants du quartier d’Ihaddaden, qui poursuivent le mouvement au niveau de la cité où sont accrochées les banderoles, qui exhibent les vendredis, il y en a une qui ne laisse pas indifférent : « Main dans la main pour construire la nouvelle Algérie. » Et la banderole, géante, a été portée par plusieurs générations pour dire la pédagogie politique dont ils font n’est pas seulement un slogan mais un objectif à atteindre.

D’autres carrés ont rendu hommage à leur manière à Matoub Lounès en reprenant ses chansons ainsi que celles d’Oulahlou : « Ulac smah, ulac » (Pas de pardon) ; « On n’a pas peur de vos prisons ni de vos balles » reprend en chœur les manifestants. On a scandé aussi et sans relâche : « Iaazighen » et « Yyaw Yyaw au atmaten » (Allons y mes frères). Quant aux messages, transmit par la rue : « Les trois B, dégagez » ; « Bedoui, Bensalah et Belaïz, dégagez » ; « Bedoui et son gouvernement, dégagez » ; « Saïd à boulahnek, ladjayer machi yemak » (Saïd, l’Algérie ne t’appartient pas) ; « La vache à lait – du pétrole – dit : Stop »

A signaler que le Dr Saïd Sadi a été contraint de dégager de la marche par les manifestants, qui craignaient sans doute une récupération de l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Une bonne partie des manifestants, qui a l’habitude de marcher, a dû s’absenter aujourd’hui en raison de l’enterrement du militant de toutes les causes justes : Idir Achour, le porte-parole du CLA (le Conseil des lycées d’Algérie), enterré dans sa ville natale : Tichy. C’était véritablement un militant infatigable. Au lycée, à l’université, au sein du SETE Béjaïa, au sein du Comité populaire de Béjaïa durant les tragiques événements de Kabylie. Avant d’adhérer au CLA, fondé par son ami, Redouane Osmane, qu’il va rejoindre après l’avoir dignement remplacé. Il nous quitte avec le sentiment, sans doute, que son combat, pour toutes les causes justes, n’a pas été vain. Adieu Achour.

Nabil Zenache