Le Premier ministre Ahmed Ouyahia, a, à la veille des marches contre le cinquième mandat, agité le spectre de la sanglante « décennie noire » de guerre civile (1992-2002) en Algérie et du chaos syrien.

Benjamin Stora Historien et spécialiste du Maghreb, apporte ses éclairages à ce propos et livre son analyse de la marche populaire disant halt au cinquième mandat. Stora était ce matin l’Invité de la l’émission Bourdin Direct. Il semble répondre à Ouyahia. En sortant dans la rue, les algériens ont conscience des risques de dérapage potentiels et ont à l’esprit bien des traumatismes comme les séquelles de la décennie noire qui a fait plus de cent mille morts. Ils ne veulent surtout pas rééditer les expériences de types chaotiques, hasardeuses et compliquées charriées par le printemps arabe a expliqué Stora qui a ensuite ajouté qu’en dépit des craintes de déstabilisation, les algériens aspirent à des changements. A davantage de liberté et de pluralisme politiques. « Il y a à la fois l’espoir d’un changement et les craintes possibles d’un déstabilisation » A-t-il dit en évoquant un décalage entre une jeunesse en mal de vivre et une classe politique toute tendances confondues vieillissante .« C’est une jeunesse qui est au diapason de la modernité et est à l’écoute des bruits du monde. Elle veut rester, vivre, et travailler en Algérie. »

Interpellé sur la possible résurgence de l’islamisme à la faveur de cette dynamique inédite de la société algérienne, Stora, rétorque que le contexte géopolitique mondial a profondément changé et que l’islamise politique n’est plus en position de force. « Le contexte n’est plus le même, notamment le contexte afghan d e l’époque (1989) et la montée en puissance de l’islam politique comme une sorte d’espoir n’est plus d’actualité. » A-t-il déclaré. « Bouteflika s’il est candidat pourra remporter les élections compte tenu du rôle que joue la presse publique et compte tenu des appareils politiques, mais du point de vue de la profondeur de la société algérienne il y a une aspiration manifeste au renouvellement et au changement. » A révélé l’invité du direct. Stora a ajouté que les algériens qui sont très nationalistes ont surtout le souci de l’image qu’ils donnent de leur pays au monde. Et de rappeler que la jeunesse algérienne est impatiente d’affronter les défis de l’avenir avec une autre classe politique. « Les jeunes ont manifesté pacifiquement et réclament de la transparence dans la politique. La société aspire à la paix mais avec davantage de démocratie. » A-t-il conclu.