Le tribunal de commerce de Nanterre doit trancher sous peu sur l’offre de Cevital-Anchorage et celles de ses concurrents (DR)

Le groupe privé algérien Cevital s’est associé avec le fonds d’investissement américain Anchorage pour la reprise du leader français des aciers spéciaux en faillite Ascométal, avec une offre évaluée à 620 millions de dollars.

 

Après l’échec de l’association avec le sidérurgiste brésilien Gerdau pour le rachat d’Ascométal, c’est vers le fonds américain Anchorage que le groupe de Issad Rebrab s’est tourné pour finaliser une offre de rachat à 620 millions de dollars, ont rapporté jeudi des médias en France. L’offre Cevital-Anchorage propose de « conserver l’ensemble des sites, de maintenir 1.800 emplois et d’en créer 512 autres, ajoutent les mêmes sources.
Ascométal, leader français des aciers spéciaux pour l’automobile et l’industrie pétrolière (1900 salariés) a été placée en redressement judiciaire le 7 mars dernier, avec une dette de 360 millions d’euros. Selon des média français, quatre offres de reprise ont été examinées hier par le tribunal de commerce de Nanterre. Elles émanent du groupe brésilien Gerdau, du fonds américain Apollo, actuel propriétaire d’Ascométal et Anchorage, et enfin de Franck Supplisson, homme d’affaire français et ancien directeur de cabinet de l’ex-ministre française de l’économie Christine Lagarde.

Les fonds d’investissements rejetés

Face aux attentes des travailleurs, qui souhaitaient être fixés dès mercredi sur le sort de leur entreprise, le tribunal de commerce de Nanterre a décidé d’ajourner son jugement au 22 mai prochain. Lors de l’audience, mercredi, le fonds Anchorage, soutenu par les banques créancières d’Ascométal, Morgan Stanley et Bank of America, a présenté une « proposition commune » avec l’industriel algérien Cevital, selon l’AFP.
Cette offre améliorée propose de « conserver l’ensemble des sites, de maintenir 1.800 emplois et d’en créer 512 », a expliqué à l’AFP, Issaad Rebrab à la sortie de l’audience. Une offre commune qui prévoit désormais 620 millions d’investissements (au lieu des 540 initialement prévus), dont 550 millions sur le site de Fos-sur-Mer. La veille, le groupe d’Issaad Rebrab et Anchorage avaient proposé une offre à 540 millions d’euros et une reprise partielle des emplois. Mais les employés ne veulent pas entendre parler d’un fonds d’investissement, d’autant que l’actuel propriétaire, Apollon est largement décrié. D’après le journal La voix du Nord, les organisations syndicales estiment qu’une telle hypothèse n’est pas envisageable. « Si nous devions nous positionner, ce ne sera surtout pas pour soutenir les offres d’Apollo et d’Anchorage », insiste un porte-parole de la CGT, syndicat majoritaire à Ascométal.

Chances minimes pour Cevital

Alors que l’offre du brésilien Gerdau est considérée par les employés comme « socialement inacceptable », l’administrateur de l’usine a soutenu le brésilien, qui promet d’investir 150 millions d’euros sur 5 ans et d’avancer 230 millions d’euros en lignes de crédit. Il offre également de garder 1586 employés sur les 1900.
Mais c’est Franck Supplisson qui semble bien parti pour gagner la bataille, d’autant qu’il bénéficie du soutien du gouvernement français. L’homme d’affaires français propose de reprendre l’ensemble des sites et la quasi-totalité des salariés. L’homme d’affaires assure même avoir levé 230 millions d’euros de financement et bénéfice d’un large soutien au sein de l’establishment politique français.
Autant dire que les chances de l’industriel algérien Issaad Rebrab demeurent minimes pour racheter Ascométal. Farid Bourenani, négociateur en chef chez Cevital, a concédé que « la partie sera extrêmement difficile » face à des « prestigieux » concurrents, soulignant « que tout repose sur la force de persuasion d’Issaad Rebrab ». « Contrairement au cas de FagorBrandt où il n’y avait pas de repreneurs, la donne est totalement différente pour Ascométal, d’autant qu’il s’agit de métaux nobles », a-t-il précisé pour Maghreb Emergent.
Blocages en Algérie
L’intérêt de Rebrab pour Ascométal s’explique par les deux échecs concédés en Algérie, à l’instar de ses deux tentatives d’installer un complexe sidérurgique à Bellara, bien avant les Qataris, mais aussi l’usine Arcelor Mittal de Annaba. « Si ces deux opérations avaient fonctionné, on n’en serait pas à aller chercher des aciers spéciaux en France », avouait M. Bourenani. « Cela fait une dizaine d’années que M. Issaad Rebrab souhaitait investir dans la sidérurgie, un secteur stratégique pour l’Algérie. Mais les autorités publiques algériennes en ont finalement décidé autrement », admet ce responsable.
Selon lui, l’intérêt du groupe agro industriel algérien pour Ascométal est « réel » du fait que c’est un actif « très peu cher et l’Algérie produit les aciers spéciaux en très petites quantités ». Interrogé sur la possibilité pour Issaad Rebrab de lever des fonds à travers ses actions dans Vimpelcom, le géant russe de la téléphonie mobile et coactionnaire (49%) avec l’Etat algérien de Djezzy, Farid Bourenani estime que la monétisation de Vimpelcom pourra prendre plusieurs mois et que le besoin de sauver Ascométal est, lui, des plus urgents.