Les initiatives menées par l’Algérie pour trouver une plate-forme consensuelle à même d’enrayer la chute des cours de brut se multiplient en direction de pays producteurs de pétrole, y compris ceux non membres de l’Opep.

 

Face au rejet persistant de certains membres de l’Opep de tenir une réunion urgente destinée à redresser les prix du brut, l’Algérie a entamé une démarche visant à organiser une concertation avec les pays membres et non membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pour dégager un consensus pour une maitrise des cours des hydrocarbures.

C’est dans ce sens que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a chargé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, de remettre des lettres à des chefs d’Etat de pays membres de l’Association des producteurs de pétrole africains (APPA) afin de se concerter suite à la forte baisse des prix de pétrole. Il s’agit du Nigéria, du Gabon, de l’Angola, du Congo et de la Guinée-équatoriale.

Par ailleurs, l’Azerbaïdjan, importante puissance pétrolière régionale du Caucase, a été également destinataire d’un autre message adressé par le président de la République. Ainsi, le ministre de l’Energie, Youcef Yousfi, a été reçu, mercredi à Bakou, par le président d’Azerbaïdjan, Ilhem Aliyev, à qui il a remis un message du président Abdelaziz Bouteflika portant notamment sur la situation du marché pétrolier mondial.

« La nécessité d’une concertation »

Le message du président Bouteflika porte également sur « la nécessité d’une concertation » entre les pays producteurs membres de l’Opep et non Opep. M.  Yousfi a aussi rencontré le ministre de l’Industrie et de l’énergie d’Azerbaïdjan, Natig Aliyev, pour échanger les points de vue sur la situation actuelle du marché pétrolier caractérisée par la chute  drastique des prix, et son impact négatif sur les revenus des pays exportateurs, nécessitant un dialogue continu entre tous les pays concernés.

Ancienne République soviétique du Caucase, l’Azerbaïdjan dispose d’importantes réserves pétrolières dans la mer Caspienne, et dont le brut représente 70% de ses exportations et 50% du budget de l’Etat. En parallèle, le ministre de la Justice, garde des sceaux, Tayeb Louh, a, lui aussi, été reçu, à Ryadh, par le prince héritier saoudien, à qui il a été remis un message du président Bouteflika adressé au roi Selman Ben Abdelaziz.

Une autre rencontre a regroupé, mercredi, dans la capitale saoudienne, M. Louh avec le ministre saoudien du pétrole, Ali Ben Ibrahim Nouaimi, au cours de laquelle ont été évoquées, notamment la question de l’effondrement des cours du pétrole.

Coordination avec le Venezuela

De son côté, le Venezuela, qui partage les options de l’Algérie dans ce sens, a mené plusieurs rencontres de concertation avec ses alliés politiques et économiques. A l’occasion de la visite à Alger, en janvier dernier, du président vénézuélien, Nicolas Maduro, les deux pays étaient convenus à une plus grande coordination de leurs efforts face à la forte chute des cours du brut.

Il s’agit de réunir les conditions d’un assainissement de la situation du marché pétrolier mondial et d’une rémunération adéquate des exportations de pétrole.

Les deux pays ont souligné le rôle important dévolu à l’Opep comme force stabilisatrice des prix du pétrole, pour corriger le déséquilibre prévalant sur le marché mondial des hydrocarbures, qui affecte les perspectives de développement des pays du Sud.

Discussions entre le Venezuela et la Russie

En outre, cette même situation était au menu des discussions entretenues à Moscou par M. Maduro et son homologue russe, Vladimir Poutine. En fait, plusieurs pays du Golfe ont rejeté l’option d’une intervention de l’Opep pour corriger le déséquilibre du marché pétrolier mondial, estimant que le marché finirait par se stabiliser tôt ou tard et écartant la tenue d’une réunion d’urgence de l’Opep.

Alors que le plafond de production est le principal outil de l’Opep pour réguler l’offre pétrolière mondiale, l’Arabie saoudite a décidé pour la première fois, en près de 20 ans, de poursuivre la stratégie des parts de marché. Son ministre du Pétrole, Ali Al-Nouaïmi, a même affirmé que l’Opep n’allait pas réduire sa production même si les prix tombent à 20 dollars le baril, réitérant son intransigeance à défendre la part de marché de son pays.

Une baisse du plafond aiderait, pourtant, à réduire le surplus d’approvisionnement sur le marché pétrolier, actuellement en surcapacité du fait du bond de la production pétrolière américaine avec l’extraction du pétrole de schiste, et du ralentissement économique en Europe et en Chine.