La bourse d’Alger, création administrative en 1996 est en léthargie, les  plus grandes sociétés algériennes comme Sonatach  et Sonelgaz et plusieurs grands groupes privés ne sont pas  cotées en bourse. Sa dynamisation aurait permis d’éviter le financement non conventionnel.

 

L’important pour une bourse fiable est le nombre d’acteurs fiables au niveau de ce marché pour l’instant limité. Imaginez-vous un très beau stade de football pouvant accueillir plus de 50.000/100.000 spectateurs sans équipes pour disputer la partie. Les autorités algériennes se sont donc contentés de construire le stade mais sans joueurs.

1.- La léthargie de la bourse d’Alger renvoie principalement à un environnement des affaires contraignant  lui-même lié au mode de gouvernance.  L’obstacle principal est donc un environnement des affaires bureaucratisé expliquant le peu d’entreprises) productives (cotées en bourse et donc cette léthargie. Que l’on se réfère à tous les rapports internationaux, donnant des résultats mitigés,  sur le climat des affaires en Algérie où le pouvoir bureaucratique décourage les véritables investisseurs.

L’Algérie qui a un cadre macro-économique stabilisé artificiellement par la rente des hydrocarbures,  n’arrive pas à dynamiser la sphère réelle et risque à terme de se vider de ses cerveaux, la substance essentielle du développement du XXIème siècle. Comme le montrent certaines  enquêtes  de l’ONS, l’économie algérienne est une économie rentière exportant 98% d’hydrocarbures à l’état brut ou semi brut et important 70/75% des besoins des entreprises (dont le taux d’intégration, privé et public ne dépasse pas 15%). Environ 83% du tissu économique étant représenté par le commerce et les services de très faibles dimensions, le taux de croissance officiel hors hydrocarbures étant artificiel, 80% du PIB via la dépense publique l’étant grâce aux hydrocarbures.  Force est de constater que selon les données officielles, plus de  90% des entreprises privées algériennes sont de type familial sans aucun management stratégique, et que 85% d’entreprises publiques et privées ne maitrisent pas les nouvelles technologies d’information.

La majorité des segments privés et publics vivent grâce aux marchés publics octroyés par l’Etat  et l’économie est dominée par la sphère informelle notamment marchande elle-même liée à la logique rentière. Car pour avoir une cotation significative, l’ensemble des titres de capital de la bourse d’Alger doit représenter une part significative du produit intérieur brut, les volumes de transactions observés étant actuellement  insuffisants. Les opérateurs privés susceptibles de se lancer dans cette activité ne pourront le faire que lorsque le nombre de sociétés et le volume traité seront suffisants pour seulement couvrir leurs frais. Cette activité est déficitaire dans les services des banques publiques là où elle est exercée. Sur le plan technique, en l’état actuel de leurs comptes très peu d’entreprises  connaissent exactement l’évaluation de leurs actifs selon les normes du marché.

  Il se trouve que les comptes des entreprises publiques algériennes de la plus importante à la plus simple sont dans un état qui ne passerait pas la diligence des audits les plus élémentaires. Sonatrach a besoin d’un nouveau management stratégique à l’instar de la majorité des entreprises algériennes, avec des comptes clairs afin de déterminer les couts par sections. L’opacité de la gestion de  la majorité des entreprises  qui se limitent à livrer des comptes globaux consolidés voile l’essentiel.

Pour Sonatrach par exemple, il s’agit de distinguer si le surplus engrangé par Sonatrach est du essentiellement à des facteurs exogènes, donc à l’évolution du prix au niveau international ou à une bonne gestion interne. Aussi, il ne faut pas chercher cette défaillance dans l’appareil technique et réglementaire (Cosob SGVB Algerie Clearing) mais dans le cadre macro économique et macro social  dans la mesure où  son efficacité doit s’inscrire au sein d’une vison stratégique claire du développement indissociable des nouvelles mutations mondiales.

 2.-Dès lors, comment dynamiser la Bourse d’Alger? Je recense  cinq axes directeurs.

 Premièrement, la levée des contraintes d’environnement dont les entraves la bureaucratiques impliquant la refonte de l’Etat dans de nouvelles missions devient urgent. Il ne peut y avoir de bourse sans la concurrence, évitant les instabilités juridiques et donc un Etat de droit. Cela n’est pas facile comme le démontre d’ailleurs les scandales financiers au niveau mondial supposant de la transparence.

Deuxièmement, une bourse doit se fonder sur un système bancaire rénové et j’insisterai sur ce facteur fondamental car le système financier algérien depuis des décennies est le lieu par excellence de la distribution de la rente des hydrocarbures et donc un enjeu énorme du pouvoir.

Troisièmement, il ne peut y avoir de bourse sans la résolution de titres de propriété qui doivent circuler librement segmentés en actions ou obligations renvoyant d‘ailleurs à l’urgence de l’intégration de la sphère informelle par la délivrance de titres de propriété. 

Quatrièmement, il ne peut y avoir de bourse sans des comptabilités claires et transparentes calquées sur les normes internationales par la généralisation des audits et de la comptabilité analytique afin de déterminer clairement les centres de couts pour les actionnaires. Cela pose la problématique de l’adaptation du système socio-éducatif, n’existant pas d’engineering financier. 

Cinquièmement, transitoirement comme amorce, nous proposons une privatisation partielle de quelques champions nationaux pour amorcer le mouvement et la création de fonds de private P/P pour sélectionner quelques entreprises privées en vue de leur introduction ultérieure en bourse. On pourrait mette en bourse : 10% de Sonatrach ; 10 à 15% de BEA; 15% de Cosider et 15% de CPA. Cela permettrait de constituer un indice boursier consistant en volume et en qualité amorçant le cercle vertueux et attirer des opérateurs privés. Ces fonds agiraient comme incubateurs de sociétés éligibles à la Bourse. Dans ce cadre, une aide au développement des acteurs privés du secteur de l’investissement (Conseillers IOB, gestionnaires d’actifs) est nécessaire. Mais là n’est pas l’essentiel. 

3.-En résumé, évitons toute sinistrose, si ces conditions sont remplies, adaptation  aux nouvelles mutations mondiales,  bonne gouvernance, valorisation du savoir, l’Algérie, fortes de ses importantes potentialités pour une  économie diversifiée,   peut devenir un pays pivot et facteur  de stabilité de la région méditerranéenne et africaine. Toute déstabilisation de l’Algérie, comme  je le soulignais  dans deux  interviews  récents (2016/2017), l’une aux USA,  à l’American Herald Tribune et l’autre en France à la Tribune.FR,  aurait des répercussions géostratégiques sur toute la région. Aussi,   l’Algérie sera avant tout ce que les Algériennes et les Algériens voudront qu’elle soit. Mais force est de reconnaitre qu’en ce mois de mai 2018, le nombre d’opérateurs privés, dont la majorité vivent grâce à al dépense publique via  la rente des  hydrocarbures.

  L’Algérie a  une économie de nature publique avec une gestion administrée centralisée, du fait que les  réformes structurelles de fond tardent à se concrétiser sur le terrain. Il  y a lieu d’éviter de vivre éternellement sur l’illusion de la  rente permanente. Aucun pays  à travers l’histoire ne s’est développé grâce uniquement aux matières premières. Il n’y a de richesses que d’hommes.  De grandes  mutations géostratégiques s’annoncent inéluctables.

Le XXIème siècle sera dominé par l’émergence de  réseaux décentralisés, qui remplaceront les relations personnalisées d’Etat à Etat dans le domaine des relations économiques et  de l’intelligence artificielle (le primat de la connaissance)  qui révolutionnera tout le système économique  mondial. Les responsables algériens s’adapteront-ils à un nouveau monde dynamique en perpétuel mouvement ou vivront-ils  toujours sur des schémas mécaniques  dépassés des années 1970 /1980 conduisant le pays à l’impasse ?