Nous avons eu un discours de vérité du président de la république lors du conseil des ministres en date du 06 octobre 2015 et le premier ministre ayant tenu le même discours récemment lors de la rencontre avec les experts. Le grand problème sera l’application sur le terrain de ces orientations face à un personnel politique et certains grands dirigeants d’entreprises publiques habitués à dépenser sans compter.

 

Le président Abdelaziz Bouteflika a souligné la chute de près de 50% des revenus tirés des hydrocarbures, 98% avec les dérivés des recettes en devises provenant des hydrocarbures, et 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% provenant de l’extérieur. Le secteur industriel représente moins de 5% du PIB, dont 95% de PMI/PME non concurrentielles, et 83% de la superficie économique étant constituée de petits commerce/services. Et pour la première fois, le conseil des ministres donne à l’opinion publique des informations importantes sur les réserves d’hydrocarbures.
Les réserves d’hydrocarbures s’élèvent à 4533 millions de TEP (soit 44% des réserves récupérables initiales), dont 1387 millions de tonnes de pétrole et 2745 milliards de mètres cubes de gaz naturel, et non pas comme affirmé souvent par certains experts et la presse nationale 4500 milliards de mètres cubes gazeux qui sont des données de BP de 1999.
Actuellement la consommation est d’environ 35 milliards de mètres cubes gazeux mais compte tenu du doublement de la production d’électricité à partir des turbines de gaz, des unités que lancent le ministère de l’industrie fortes consommatrices de gaz, avec bon nombre de conflits avec les partenaires étrangers sur le prix de cession, dont la sidérurgie, le volume risque de dépasser 50 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2017/2018, presque le même volume que les exportations actuelles qui peinent à dépasser 50 milliards de mètres cubes gazeux. Selon l’ex ministre de l’Energie(2014), la consommation intérieure risque de dépasser 60/70 milliards de mètres cubes gazeux horizon 2030. A ce rythme total exportation et importation, à moins de découvertes de réserves rentables substantielles, l’Algérie sera sans pétrole et gaz traditionnel entre 2025/2030 où la population approchera 50 millions. C’est ainsi que le président de la république a demandé au Gouvernement d’agir par toutes les voies appropriées pour contenir la croissance excessive de la consommation intérieure des produits énergétiques qui, à son rythme actuel, réduirait fortement les capacités disponibles à l’exportation et alourdirait la facture des carburants importés. Le président de la république a donné également comme instruction d’aller vers un MIX énergétique, devant nécessairement en de dynamisant les énergies renouvelables dont l’Algérie a d’importants avantages comparatifs, le cout au niveau international ayant baissé de plus de 50% ces dernières années. En effet,

il ya urgence d’un nouveau modèle de consommation énergétique dont les énergies renouvelables. La preuve a été apportée par l’Agence spatiale allemande (ASA), qui a procédé à une évaluation par satellites. Les résultats donnent un potentiel estimé à 169,440 téra-watts heure/an (TWH/an) pour le solaire thermique, et de 13,9 TWH/an pour le solaire photovoltaïque, ce qui équivaut à environ 60 fois la consommation de l’Europe des 15 (estimée à 3 000 TWh par an).
L’Algérie qui exporte d’importantes quantités de pétrole et de gaz vers l’Europe, recèle de grandes ressources d’énergie solaire à même de satisfaire la totalité des besoins de l’Europe en électricité, l’énergie solaire journalière dans le désert équivalent pétrole étant estimée à 1,5 baril par km².

Il a été dressé un constant sans complaisance de la situation budgétaire 2016 avec le risque d’épuisement du fonds de régulation des recettes fin 2017 et des réserves de change horizon 2018/2019, où les recettes seront globalement en baisse de 4%, se situant ainsi à 4952 milliards DA du fait de l’impact de la dégradation du marché mondial des hydrocarbures sur la fiscalité pétrolière locale. Les dépenses budgétaires diminueront de 9%, avec 4807 milliards DA pour le volet fonctionnement, et 3176 milliards DA pour celui de l’équipement donnant un total de 7983 milliards de dinars donc un déficit budgétaire de 3031 milliards de dollars soit au cours moyen retenu par la loi de fiances de 99 dinars un dollar de 30,61 milliards de dollars. Dès lors le solde global du Trésor sera déficitaire de 24,7652 milliards de dollars, alors que le Fonds de régulation des recettes devrait clôturer fin 2016 à 18,15 milliards de dollars, en rappelant que ce fonds est gonflé artificiellement par la dévaluation du dinar par rapport au dollar, et à un cours de 75 dinars un dollar il ne dépasserait pas 14 milliards de dollars. Et ce malgré que le projet de loi de finances comporte des revalorisations de taxes, notamment sur les carburants, la téléphonie mobile et des produits de luxe importés, mais également des mesures en faveur de la production nationale, notamment dans les industries sidérurgiques et informatiques. Et se pose donc les prévisions 2016 qui table sur une croissance de 4,6%, avec quelles entreprises, et une inflation à 4% avec le dérapage du dinar de plus de 30%, les taxes au port s’appliquant au dinar dévalué, tant par rapport au dollar qu’à l’euro renforçant l’inflation importée.
Mais paradoxe et difficile équilibre entre l’efficacité économique et une profonde justice sociale, qu’il s ‘agit de ne pas confondre avec égalitarisme, le gouvernement durant cette phase intermédiaire a décidé de continuer à subventionner afin maintenir la cohésion, sociale où les tensions financières, les transferts sociaux connaîtront une hausse de 7,5%, pour atteindre 23% du budget de l’Etat. Cependant à l’avenir si les cours se maintiennent à un niveau bas, cette situation serait intenable. Ainsi, il est prévu 4,81 milliards de dollars pour l’habitat, 4,50 milliards de dollars pour le soutien aux familles, dont 2,24 milliards de dollars pour les subventions des prix des produits de base (céréales, lait, sucre et huile), 3,19 milliards de dollars pour le soutien à la santé publique. Selon le communiqué du conseil des ministres, outre ces différents soutiens budgétisés, les citoyens et les entreprises continueront de bénéficier de plusieurs subventions indirectes dont le coût total s’élèvera à 15,15 milliards de dollars, dont 6,27 milliards de dollars de différentiel entre les prix réels des carburants y compris les quantités importées, et le prix ce leur cession,7,57 milliard de dollars de différentiel entre le prix réel du gaz naturel et son prix aux consommateurs et enfin 1,55 milliards de dollars de subvention d’équilibre à la société SONELGAZ

 

Ces orientations seront-elles appliquées ?Je rappelle que ce n’est pas une question de textes ou de loi , parfois les plus belles au monde, rarement appliquées sur le terrain ( le pouvoir de la bureaucratie lié à la rente, qui n’est pas un mythe, mais d’une réelle volonté politique de changement par de profondes réformes structurelles qui dépasse l’Economique. Les pays les plus prospères qui attirent l’investissement n’ont pas de codes, mais une vision cohérente s’insérant dans le cadre d’une planification stratégique de leur devenir
à moyen et long terme, facteur essentiel de la mobilisation de leur population. Aussi, face à cette situation préoccupante, l’Algérie a les parentalités de la surmonter sous réserve d’une nouvelle gouvernance et d’une nouvelle réorientation de la politique socio-économique. Bien que cela n’est pas seulement une question de capital argent et c’est une erreur stratégique de se focaliser sur des objectifs seulement budgétaires, à la différence de 1986, la dette extérieure est inférieure à 4 milliards de dollars, les réserves de change devant clôturer entre 135/140 milliards de dollars. Un partenariat gagnant /gagnant tant entre l’Etat et le privé national et international est à encourager. A ce titre, il est proposé l’abrogation de certaines dispositions en vigueur, dont celle relative à l’exigence de bilans excédentaires en devises pour les investisseurs étrangers, de sorte à encourager les partenariats devant concourir à la réduction des importations, celle soumettant les investissements étrangers réalisés avant 2009, à la règle de la majorité nationale (51/49%) en cas de changement du registre de commerce, l’obligation de financement local de l’apport de l’investisseur étranger et un assouplissement dans l’exercice par l’Etat, de son droit de préemption en cas de cession à l’étranger, par un investisseur, de ses actions dans un projet localisé en Algérie.
Mais il y a d’éviter la généralisation de cette règle qui repose sur une vision idéologique et non économique ( elle n’existe même pas en Chine), d’être pragmatique , l’Algérie supportant tous les surcoûts Elle peut s’appliquer aux secteurs stratégiques qu’il s‘agit de définir avec précision mais non au secteurs non stratégiques notamment les PMI/PME dont on peut imaginer pour un partenariat gagnant/gagnant, la minorité de blocage de 30% , l’essentiel pour l’Algérie étant un balance devises excédentaire, le transfert technologique et managérial. C’est dans ce contexte qu’il a été décidé du fait de la crise du marché des hydrocarbures, l’ évaluation de l’Accord d’association où la partie européenne a officiellement notifié son accord à la demande algérienne, ouvrant ainsi la voie aux discussions pour adapter les échanges économiques et commerciaux entre les deux parties, aux termes de l’Accord d’association qui est basé sur la réciprocité des intérêts et sur des avantages mutuellement partagés. D’une manière générale, il s’agira d’assainir l’environnement des affaires, réduire le poids de la bureaucratie et de la concurrence déloyale des activités parasitaires à rationaliser persévérer les dépenses publiques, par la lutte contre les surcoûts exorbitants, la lutte contre le gaspillage et contre toute forme d’atteinte aux richesses nationales, y compris la corruption.

Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des Universités, expert international

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