« Le principe d’intangibilité des frontières issu du colonisateur est arrivé à terme et les décisions sur le développement de l’Afrique doivent être prises en Afrique et entre les africains, et non pas édictées depuis Paris. Le Fond d’investissement africain doit aussi avoir son siège en Afrique et non pas à Paris ».

 

Le continent Africain comptera deux milliards d’habitants en 2050, soit le quart de la population de la planète. Si l’Afrique avait enregistré une croissance globale de plus de 4.5 % en 2015, son développement économique tributaire de la fluctuation des prix des matières premières et les nombreux défis climatiques et environnementaux, n’assure pas une ascendance crescendo du PIB dans les prochaines années. C’est le point de vue partagé par les experts qui ont animé une table ronde consacré aux transformations structurelles de l’Afrique, dans le cadre de la manifestation (Land Of Africain Business),  organisée vendredi à l’Hôtel de l’Industrie à Paris, en marge des travaux de la COP21.

L’Afrique regorge certes de richesses en matières premières, cependant, elle fait face à deux impératifs. Le premier est relatif à l’accès et l’exploitation de ses richesses et le deuxième, est lié aux risques climatiques, souligne M. Cellou Dalein Diallo, homme politique guinéen, battu au second tour des élections guinéenne de 2009. Mais, l’ancien ministre togolais des perspectives M. Mkako Nubukpo, trouve que le problème va au-delà de ces questions si inquiétantes, car « les politiques africaines n’ont pas de visions économiques à long terme, ni de capacité d’anticipation des risques, ce qui laisse place à une dictature de l’urgence ». Toutefois, le plus grand frein pour le développement économique de l’Afrique, qui se fait d’une manière  « néo mercantiliste », reste, selon lui,  « la confiance entre les dirigeants et les dirigés, et même entre les populations elles-mêmes, ce qui mènerait toute tentative de changements et de transformations à l’échec ».

 L’Afrique des Transitions

Le continent noir traverse trois grandes transitions, selon les explications de M. Dalein Diallo. « Nous sommes en train de vivre une transition économique, une transition démographique et une transition énergétique », a-t-il dit. Et d’ajouter : « La population africaine va atteindre deux milliards d’habitants dans un demi siècle, ceci engendrera de grands mouvements de déplacement des populations des compagnes pauvres vers les compagnes riches et des compagnes riches vers les  villes. Ces déplacements ne seront pas motivés uniquement par des raisons économiques, mais aussi  par des raisons de changements climatiques : Disparitions des Eco-systèmes, des ressources, érosions de certaines territoires etc. Il est nécessaire donc de créer de la croissance au niveau même des petites compagnes, et cela, ne passerait, selon M. Diallo, que par l’orientation des secteurs à forte croissance (qui est actuellement à forte intensité capitalistique), vers une industrie de mains d’ouvres. Aussi, faudrait-il pouvoir établir une économie distributive. L’ancien ministre togolais de la perspective soulève à ce propos, les trois insécurités que connait l’Afrique de l’Ouest que sont l’insécurité physique (changement climatique, terrorisme, etc.), l’insécurité alimentaire, et le chômage des jeunes. Ce dernier favorise l’émergence des économies parallèles, des réseaux de trafics transfrontaliers et même d’intégration des groupes terroristes activant dans la région : « Boko Haram recrute facilement des jeunes de tous les pays entourant le Nigeria », a-t-il illustré.

 Dépasser le principe de l’intangibilité des frontières

Pour développer l’économie du continent, M. Diallo prône  une intégration économique, qui passerait par le dépassement des principes des frontières à fin d’assurer une meilleure circulation des biens et des personnes. « Le principe d’intangibilité des frontières issu du colonisateur est arrivé à terme », a-t-il estimé, en appelant à une révision de la question des dettes des pays africains et en dénonçant la prise de toutes les décisions économiques africaines depuis Paris. «  Les décisions relatives au développement de notre continent doivent  être prises en Afrique et entre les africains, et le Fond d’investissement africain doit avoir son siège en Afrique et non pas à Paris comme est le cas actuellement », a-t-il conclu.