En l’absence de vaccin, seule façon de prévenir le retour de la pandémie, quelles sont les solutions qui permettront un déconfinement sans risques majeurs ?

ans le monde entier, y compris dans les pays qui continuent d’enregistrer quotidiennement des centaines de morts, des stratégies de déconfinement commencent à être pensées et leurs conséquences évaluées. Qu’en est-il en Algérie ?

Abdelmadjid Tebboune, lors de sa sortie dans la wilaya d’Alger du 13/04, a laissé entendre que la maîtrise de la pandémie en Algérie pourrait avoir lieu d’ici la fin du mois en cours. Le délai parait trop court pour « sortir du tunnel », selon son expression. On parle de deux semaines. Ce qui laisse supposer que la période de confinement partiel qui arrive à terme le 19 Avril serait prolongé au moins une fois.

Des voix se sont élevées pour mettre en garde contre un déconfinement durant le ramadan qui pourrait débuter le 24 Avril et finirait vers le 25 Mai avec une des fêtes religieuses les plus importantes. Cette fête, si la pandémie n’est pas complétement maîtrisée, comporte le risque du départ d’une nouvelle vague de contamination plus large et plus grave.

Quand le confinement est efficace, il permet de limiter les contacts, et de réduire par conséquent le nombre de contaminations. Le confinement, partiel, en Algérie n’a pas permis cela. Pendant une grande partie de la journée les rues des villes concernées n’ont pas désempli et les gestes barrières assez souvent non respectés.

Si le nombre de morts enregistré laisse penser que l’Algérie ne connaitra pas la même évolution catastrophique de la pandémie que certains pays dans le monde, le nombre des personnes contaminées et en raison du nombre très faible des tests effectués est une variable complétement inconnue.  C’est pourtant une donnée fondamentale pour évaluer la possibilité de lever les mesures destinées à éviter la propagation du virus.

C’est à partir de ces données, que seuls des tests de grande ampleur permettent, que l’on pourra éventuellement parler de stabilisation ou non.

Dans l’hypothèse d’une stabilisation et d’une baisse du nombre des malades – qui pourrait signifier une baisse du nombre des personnes contaminées -, on aura franchi le « pic épidémique ».

Cette perspective de bon augure nous mettra devant un nouveau défi. Comment va-t-on lever les mesures de confinement ? Dans des pays ou la pandémie continue à tuer des centaines de personnes mais malgré la stabilisation du cas de contaminations, des stratégies de déconfinement progressif commencent à voir le jour. Car une sortie brutale et mal préparée du confinement, même partiel, pourrait bien relancer l’épidémie.

Des confinés affectés n’ayant aucun symptôme pourraient être contagieux.  Ils pourraient relancer la propagation du virus.  Les écoles sont connues pour être un facteur important dans l’évolution saisonnière des épidémies virales. C’est ce que les spécialistes appellent « la deuxième vague ».  Ce nouvel épisode pourrait aussi bien survenir immédiatement après le déconfinement que longtemps après.

Les différentes variantes du déconfinement

En l’absence de vaccin, seule façon de prévenir le retour de la pandémie, quelles sont les solutions qui permettront un déconfinement sans risques majeurs ?

Le traitement des malades

La première solution serait de traiter les malades, en supposant qu’un traitement efficace serait validé parmi les protocoles en cours d’essai à travers le monde, et que des quantités suffisantes seraient disponibles dans notre pays. Le traitement permettrait de réduire le nombre de cas graves et mortels, de réduire la durée d’hospitalisation et répondre aux capacités limitées de nos structures hospitalières.

Mais en attendant ce remède miracle, la seule façon d’éviter que la courbe du nombre de personnes contaminées n’aille à la hausse est le maintien des mesures de confinement, même partiel, avec toutes les mesures barrières. Mais on ne peut pas maintenir éternellement des populations confinées.

Le confinement par région

Les autorités sanitaires pourraient procéder à la levée du confinement dans les régions qui voient baisser le nombre de malades hospitalisés et qui ne subissent plus de pression sur leurs capacités d’hospitalisation.

Le cas de Blida et d’Alger.

Le risque avec cette solution serait la difficulté de la gestion du mouvement des populations entre les wilayas. Pour être efficace, ce type de déconfinement devrait maintenir les mesures qui limitent le transport ferroviaire, aérien et terrestre pour décourager les déplacements.

Le confinement ciblé

Dans cet autre cas de figure, le déconfinement ne concernera pas les catégories suivantes de la population,

  1. Les malades, pour éviter qu’ils ne transmettent le virus ;
  2. Les personnes les plus vulnérables : personnes âgées et fragiles, patients souffrant de problèmes respiratoires, femmes enceintes, etc.

On ne « déconfinerait » que les personnes immunisées, qui ne sont plus contagieuses et celles susceptibles de ne pas développer des formes sévères de la maladie. L’objectif recherché est l’obtention d’une « immunité de groupe » en limitant le nombre de morts.

Cette stratégie, séduisante théoriquement, peut se révéler compliquée dans la pratique. Cette stratégie est difficile à imposer à une partie de la population sur le long terme et elle n’est pas infaillible, en raison de la prise en charge des personnes malades par le personnel soignant. Sans compter que les personnes asymptomatiques continueront de circuler et constituer ainsi un vecteur potentiel majeur de propagation du virus.

Le dépistage à large échelle avec traçage et isolement

Basé sur le modèle Sud-Coréen, un dépistage massif permet l’isolement des personnes infectées accompagné d’un suivi rigoureux de tous leurs contacts, de connaître ceux qui sont immunisés et surtout ceux qui risquent de tomber malades. Mais cette solution est hors de portée de notre pays car elle implique la réalisation de millions de tests, y compris les tests sérologiques qui permettront l’identification des personnes qui ont développé une immunité. Sans compter la nécessité de la disponibilité d’une application qui permettrait la traçabilité des malades et la connaissance des personnes qu’elles auraient pu contaminer.

Le maintien de la « distanciation sociale »

Le maintien des mesures de distanciation sociale devrait être envisagé. Mais ce maintien implique l’interdiction stricte de tous les grands rassemblements. Cela laisse supposer que le déconfinement en Algérie ne pourra être programmé qu’après le mois de Ramadhan et donc la suspension des prières nocturnes (Taraouih) et de la grande prière de l’Aid El Fitr devra être maintenue.  Le mouvement important de population que connaît cette fête religieuse retardera certainement le déconfinement. Il ne faut pas oublier que l’Arabie Saoudite a annulé le pèlerinage 2020 alors qu’il n’est attendu qu’au début du mois d’Août.

Raouf Makhloufi