Le secteur public industriel en Algérie compte 30 groupes contrôlant 185 filiales et 102 mono- entreprises (illustration publiée sur le site de l’APS).

Selon le communiqué du conseil des participations de l’Etat du 1er septembre 2014, une nième organisation des capitaux marchands de l’Etat a « té adoptée ». Elle prévoit la création de groupes industriels d’une manière progressive, étendue à l’ensemble du tissu économique public, 18 sociétés de participation de l’Etat et cinq entreprises publiques étant concernées à court terme .Qu’en sera-t-il de l’impact de cette nouvelle organisation qui engendrera un coût.

 

1.-Nous assistons entre 1963 et 2014 à une instabilité juridique perpétuelle qui limite les secteurs dynamiques, décourage les entrepreneurs publics et privés dans le cadre de l’allocation sectorielle d’investissement, les oriente vers les activités spéculatives. Du point de vue organisationnel, après la période courte d’autogestion 1963/1965, nous avons eu entre 1965/1980 de grandes sociétés nationales. Entre 1980/1988, nous avons eu une nouvelle organisation découpant les sociétés nationales, qui selon les initiateurs seraient trop grandes, afin de maitriser la gestion. En 1988, l’Etat crée 8 fonds de participation qui étaient chargés de gérer les portefeuilles de l’Etat. En 1996, nous avons eu 11 holdings en plus des 5 régionaux avec un Conseil national des privatisations. En 2000, nous assistons à leur fusion en 5 méga holdings et la suppression du Conseil national des privatisations. En 2001, l’Etat algérien dissout les holdings et met en place des sociétés de gestion des participations (SGP) chargées à la fois de la privatisation et les capitaux marchands de l’Etat, dont 11 établissements financiers relativement autonomes. Lors de différents Conseils de gouvernements tenus durant toute l’année 2007, une nouvelle organisation est proposée par le ministère de la Promotion de l’Investissement ( les deux grandes sociétés hydrocarbures Sonatrach et Sonelgaz, régies par des lois spécifiques n’étant pas concernées), articulée autour de quatre grands segments : des sociétés de développement économique qui relèvent de la gestion exclusive de l’Etat gestionnaire ; des sociétés de promotion et de développement en favorisant le partenariat avec le secteur privé international et national des sociétés de participation de l’Etat appelées à être privatisées à terme ; et enfin, une société chargée de la liquidation des entreprises structurellement déficitaires. Courant février 2008, cette proposition d’organisation, qui n’a pas fait l’unanimité au sein du gouvernement et certainement au niveau de différentes sphères du pouvoir, est abandonnée. Aussi, après la feuille de route que s’était tracée l’ex- ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements (MIPI), n’ayant pas recueilli le consentement, on annonce officiellement fin 2009, la dissolution prochaine des SGP devant revenir à l’ancienne tutelle des Ministères. Et entre 2010/2013, on propose de revenir à de grands groupes industriels, décision avalisée partiellement pour quelques SGP en ce mois de septembre 2014.

 

2.-Cette évolution organisationnelle des capitaux marchands de l’Etat, ne peut être séparée  des différentes politiques économiques entre 1963/2014 où existe un lien dialectique entre l’évolution de la rente et son partage (lutte de pouvoir) et ces différentes organisations des capitaux marchands de l’Etat. La question qui se pose : cette nouvelle organisation permettra-t-elle aujourd’hui (avec 98% d’exportation provenant des hydrocarbures avec un secteur industriel en déclin moins de 5% du PIB) de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales ? permettra-t-elle de relancer l’outil de production, des entreprises publiques compétitives en termes de cout/qualité et répondre aux défis de la mondialisation où selon l‘Accord d’Association avec l’Europe le tarif douanier sera zéro en 2020 et qu’en sera- il en cas d’adhésion à l’OMC ? Permettra- t-elle de concrétiser le programme de développement national 2015/2019 de 262 milliards de dollars dont plus de 40% de reste à réaliser du programme2010/2014 sachant que celui de 2010/2014 de 286 milliards de dollars était à 43 % des restes à réaliser du programme 2004/2009? Doit-on continuer toujours d’assainir les entreprises publiques (plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2013) ou n’est-il pas préférable de projeter des investissements nouveaux afin de s’adapter aux nouvelles mutations et à la concurrence internationale notamment dans les segments à valeur ajoutée et le Savoir ? Les entreprises locales profiteront-elles de cette situation de rente pour pousser à une meilleure intégration et combien d’entreprises publiques et privées locales ont-elles des laboratoires de recherche appliquée digne de ce nom y compris Sonatrach ? Le pouvoir d’Etat peut-il tout régenter, limiter l’autonomie des entreprises publiques, soumettre le secteur privé local à sa propre logique et également limiter le secteur privé international avec une logique essentiellement administrative ? Ne doit-on pas comme le recommande de nombreux experts qu’au lieu de cette vision juridique peu opérante des 49/51% lui soient substitués la balance devises excédentaire et l’apport technologique et manageriel pour tout investissement étranger pour les segments non stratégiques qu’il s ‘agira de définir avec précision et pouvant également prévoir une minorité de blocage dans le capital ? C’est que la gestion bureaucratique actuelle est contreproductive comme en témoigne le gel de l’autonomie des entreprises publiques, les gestionnaires publics attendant les ordres d’en haut et de surcroît sans planification stratégique des autorités de tutelle. Ce retour au dirigisme inquiète les gestionnaires du secteur public. Selon nos enquêtes auprès des gestionnaires publics, les réponses fréquentes sont les suivantes : « nos clients sont nos chefs. Ils nous donnent du travail et des ordres. On ne peut pas les contredire, contester une décision, ou refuser un projet parce qu’il n’est pas rentable. On ne peut pas traiter avec eux sur une base économique ». Le dirigisme bureaucratique signifie que le politique va primer sur l’économique. Cette politique fait peur aux gestionnaires publics qui prennent le moins possible d’initiatives pour éviter de se retrouver en prison. Or la définition de l’entreprise et du manager c’est la prise de risque. Sans cela, il est impossible d’innover et conquérir des marchés où la concurrence internationale est vivace. Et dans ces conditions, outre la diabolisation du secteur privé local et international par les tenants de la rente, est-il possible de préparer l’après hydrocarbures au sein des espaces euro-méditerranéens et africains espace naturel de l’Algérie, avec cet épuisement inéluctable qui menace nos réserves à l’horizon 2030 au moment où la population algérienne sera d’environ 50 millions ?

 

3.-Toute cette situation est liée à la nécessaire cohérence et visibilité qui sont les principes cardinaux du monde des affaires. Faute de quoi, ces mesures auront un impact très mitigé sur le développement futur du pays. En effet, l’Algérie est toujours en transition depuis 1986 vers l’économie de marché, qui doit se fonder sur des mécanismes concurrentiels dans tous les domaines cohabitant une gestion administrée toujours dominante avec des embryons de libéralisation et le risque de passage d’un monopole public à un monopole privé spéculatif du fait de la non mise en place d’une manière cohérente face au processus de mondialisation irréversible de mécanismes de régulation nouveaux de marché avec un rôle stratégique de l’Etat régulateur, comme en témoigne le poids de la bureaucratie, la corruption (renvoyant à la refonte de l’Etat), la léthargie du système financier, l’épineux problème du foncier et enfin, l’inadaptation du système socio-éducatif avec la dévalorisation du savoir et la dominance des emplois et salaires rente. Cela montre clairement l’absence d’une véritable politique salariale fondée sur le travail et l’intelligence malgré des discours que contredisent les pratiques sociales. Une nouvelle organisation institutionnelle s’insérant au sein d’objectifs stratégiques précis comme j’ai eu à le préciser dans plusieurs contributions parues entre 2006/20014, devient urgente pour des raisons d’économies de gestion et d’efficience gouvernementale. Car l’Etat doit réduire son train de vie, donner l’exemple de rigueur, éviter en cette période de crise des dépenses inutiles de prestige sans impacts véritables sur le devenir économique du pays et donc sur l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. Il s’agira d’éviter les graves dérives et dangers de l’économie prédatrice et mafieuse afin qu’entre 2015/2020 l’Algérie puisse doubler le produit intérieur brut, soit 400 milliards de dollars à prix constants 2014, avec une diminution des sections/ rente si elle veut éviter de graves dérives sociales et politiques. On ne relance pas l’activité industrielle par décret ou par le volontarisme étatique, vision de la mentalité bureaucratique rentière. C’est le marché tant local que mondial qui détermine la nature du projet. C’est l’entreprise et son fondement, le savoir à travers le management stratégique maitrisé , au sein d’une économie de plus en plus mondialisée à travers des stratégies de segments de filières internationalisées que l’Algérie pourra créer une économie productive à forte valeur ajoutée, ne devant pas, en ce XXIe siècle du fait des nouvelles technologies, avoir une vision matérielle, l’industrie se combinant avec les services. La recherche tant théorique qu’appliquée avec un équilibre entre les sciences exactes et les sciences humaines, est fondamentale pour impulser de nouvelles filières industrielles.

En résumé, la région euro-méditerranéenne et africaine est appelée à d’importants enjeux géostratégiques qui interpellent l’Algérie tant dans le domaine politique, militaire qu’économique, ce dernier étant déterminant, étant à l’ère de la mondialisation avec des mutations technologiques perpétuelles. Pour éviter les expériences négatives du passé, la bonne gouvernance à tous les niveaux, central, local, d’entreprises et le savoir de qualité seront déterminants. Les réformes impliqueront une société où domine un Etat de droit, où c’est la norme du droit qui devrait reprendre sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté. Le passage de l’Etat de ” soutien ” à l’Etat de droit est de mon point de vue un pari politique majeur car il implique tout simplement un nouveau contrat social et politique entre la Nation et l’Etat. Il s’agira de parer au manque de visibilité et de cohérence et éviter ce paradoxe, une aisance financière, du moins à court terme, grâce à des facteurs exogènes et non d’une bonne gouvernance et des inquiétudes pour l’avenir de l’Algérie, du fait d’une concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière.

(*)Dr Abderrahmane MEBTOUL :  Professeur des Universités, Expert International