A quand la vérité sur le sort des disparus marocains de l’ère Hassan II ?

Les poursuites engagées à l’encontre de Me Maurice Buttin pour   »violation du secret professionnel » ont été précédées, en 2011, par des poursuites disciplinaires pour « insuffisances professionnelles » lancées contre le juge Patrick Ramaël. Ce magistrat avait délivré, en 2007, cinq mandats d’arrêt internationaux contre des responsables marocains soupçonnés d’implication dans l’enlèvement de l’opposant marocain à Paris, le 29 octobre 1965.

 

 

La famille de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, enlevé le 29 octobre 1965 au cœur de Paris et disparu depuis, des ONG de défense des droits de l’homme pour luttant pour la vérité sur cette disparition ont lancé vendredi une pétition condamnant les poursuites judiciaires à l’encontre de l’avocat Maurice Buttin, qui suit le dossier depuis 50 ans.

Maurice Buttin est accusé par la justice française de divulgation du secret de l’instruction concernant des responsables de la sécurité marocaine faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par la justice française en 2007 dans le cadre de l’enquête sur cette disparition.

Citons parmi les premiers signataires de ce texte l’Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire Vivante, l’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM), le Forum marocain pour la vérité et la justice/section française, l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), le parti de gauche Ennahdj Eddimocrati, le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste ainsi que, parmi les familles de disparus marocains, celle d’El Manouzi, un des opposants disparus durant les années de plomb au Maroc (1959-2000):  »Nous, associations et organisations signataires, sommes scandalisées d’apprendre que l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, sera jugé le 18 février à Lille pour  violation du secret professionnel. Force est de constater qu’au lieu d’agir dans le sens de la levée des blocages pour favoriser la manifestation de la vérité sur le sort de la disparition de Mehdi Ben Barka, les autorités judiciaires françaises n’ont mieux trouvé que de poursuivre en justice le plus ancien avocat de la famille Ben Barka. »

 

Une si difficile enquête

 

Ces poursuites judiciaires interviennent après celle de Miloud Tounsi (qui aurait mis Ben Barka dans l’avion qui l’aurait ramené dans un camp de concentration au Maroc), contre le journaliste Joseph Tual, spécialiste de l’affaire, du reste signataire de cette pétition.

Miloud Tounsi, un des responsables marocains concernés par les mandats d’arrêt internationaux, avait été débouté.

En 2011, des poursuites disciplinaires avaient été engagées contre le juge Patrick Ramaël, chargé par le tribunal de Paris en 2005 d’enquêter sur l’affaire Ben Barka. La procédure avait été lancée par l’ancien Garde des sceaux, Michel Mercier, qui lui reprochait des « insuffisances professionnelles ». Ce magistrat, rappelons-le, avait délivré en 2007, dans le cadre de l’enquête, cinq mandats d’arrêt internationaux contre des responsables marocains, et ce, au moment même où M. Sarkozy entamait une visite au Maroc. 

L’affaire Ben Barka, oubliée pendant plus de 20 ans, est revenue au-devant de l’actualité lorsqu’en 2004, l’ex-ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, avait déclassifié ce dossier, auparavant classé  »secret-défense ».